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Passer entre les gouttes sur les plages de l'Ontario

Été canadien : Ontario et Rocheuses18 juillet 20204 min de lecture
Passer entre les gouttes sur les plages de l'Ontario
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Dimanche 19 juillet

Ce matin, le téléphone de Stéphane croule sous les alertes de l’application météo canadienne : une grosse tempête arrive sur la région, ne sortez surtout pas de chez vous. De peur de rester coincés par les inondations, fréquentes sur les routes de cette partie de l’Ontario, nous décidons de partir avant que le gros de l’orage n’atteigne Midland. Peine perdue : il arrive plus vite que prévu, et nous voilà en plein dedans. Les nuages déversent des torrents d’eau sur la chaussée et le pare-brise, on n’y voit pas à cinquante mètres, et Cassandre avance prudemment. Vingt bonnes minutes ainsi, jusqu’à ce qu’une notification « Attention à la foudre » nous parvienne… deux minutes après que nous avons vu un éclair s’abattre à moins d’un kilomètre de notre route. Nous poussons un grand ouf de soulagement en sortant du déluge, une cinquantaine de kilomètres plus loin, aux portes de Collingwood. Nous voulions passer la journée sur la plage de Wasaga, la plus longue plage d’eau douce du monde, quatorze kilomètres de sable, mais la pluie ne cesse pas, et nous voilà réduits à rester dans la voiture.

Sous l'orage, sur la route de Collingwood.

Une heure plus tard, la pluie s’arrête enfin, et nous pouvons sortir explorer les environs. Collingwood est une petite station balnéaire sans grand charme au bord de la baie Georgienne. Beaucoup de touristes indiens s’y promènent, sans que nous sachions pourquoi. La ville ne dégage pas d’atmosphère particulière, elle n’est pas très jolie et vit surtout de son emplacement privilégié. À quinze minutes de route se trouve la petite station de ski de Blue Mountain. On est loin des Alpes ou des Andes, mais elle permet aux Ontariens de skier sans trop s’éloigner des grandes villes du sud de la province, Toronto en tête. Le ciel s’est bien dégagé, et du haut de la station, la vue s’ouvre joliment sur les rives du lac et les collines alentour.

L’Ontario est désormais tout entier en phase 3 de déconfinement, et commerces comme lieux publics ont le droit de rouvrir ; dans les faits, tout reste fermé. Le cinéma n’a pas rouvert, la bibliothèque non plus. Dans tous les pays traversés, nous passions les journées maussades à l’abri : un musée, un film, une séance de lecture. Ces temps-ci, il n’y a rien à faire, alors nous profitons du Wi-Fi depuis le parking du McDonald’s. On peut critiquer le célèbre fast-food autant qu’on veut ; c’est quand on voyage longtemps sur la route qu’on mesure son utilité, et tous les voyageurs au long cours vous diront qu’il est parfois salutaire. Toilettes, lavabo pour se brosser les dents, Wi-Fi : vous savez d’avance que vous trouverez tout ça dans ces temples du capitalisme, sans même être obligé de consommer. Les employés voient passer tant de monde qu’ils ne remarquent même pas votre entrée. Bien pratique en ces temps de Covid, où presque tous les bâtiments publics offrant toilettes, prises électriques ou fontaines sont fermés.

En observant la clientèle, nous refaisons le même constat étonnant que dans les autres pays anglo-saxons : le public de McDonald’s n’a rien à voir avec celui de France. Chez nous, la cible est plutôt jeune ; ici, beaucoup de personnes âgées viennent y manger. Cela nous avait frappés en Australie, puis en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis, et le Canada ne fait pas exception. Peut-être parce que la chaîne y est implantée depuis bien plus longtemps, et que ses premiers clients sont aujourd’hui grands-parents ? Ou par une différence culturelle plus profonde ? Ce n’est en tout cas pas une question de niveau de vie, car la région est riche : les maisons immenses, les cottages et parfois même les manoirs que nous croisons en témoignent.

Lundi 20 juillet

En ces temps de Covid, on ne peut s’empêcher de déceler une pointe d’hypocrisie dans les mesures prises par les municipalités canadiennes. Les services publics sont fermés, mais les agents municipaux sont bien là quand il s’agit de faire payer les touristes… Le soleil brille aujourd’hui, et nous rebroussons chemin vers Wasaga Beach, la fameuse plus longue plage d’eau douce du monde. Un sentier la longe, et nous comptons y courir pour profiter du paysage. Deux mauvaises surprises nous attendent au parking : il est payant, et il coûte dix-huit dollars la journée ! Récapitulons : tous les lieux publics gratuits sont fermés, mais la ville trouve le moyen de poster un agent à l’entrée des services payants. Nous expliquons au jeune employé que nous ne resterons que deux heures et demandons s’il est possible de payer à l’heure. Réponse négative : dix-huit dollars ou rien. Ce jeune homme connaît visiblement mal les Français : nous faisons demi-tour. Hors de question de payer dix-huit dollars pour ça. À peine un kilomètre plus loin, une rue nous offre un stationnement gratuit.

Le sentier partagé entre cyclistes et piétons est mal balisé, et nous nous perdons plusieurs fois au fil des dix kilomètres. Les indications disparaissent parfois, et nous voilà à courir sur des parkings ou au bord de la route. À dix-huit dollars le stationnement, il serait judicieux d’investir un peu dans la signalétique… Après la course, nous voudrions nous reposer sur la plage, mais un vent très frais balaie la baie et nous en chasse vite. Pas de baignade. Après le déjeuner, une petite balade dans les collines voisines, puis nous arrivons vers 16 heures à notre Airbnb, une très jolie maison décorée avec goût, avec un jardin splendide, dans la petite ville de Thornbury, mignonne mais un peu déserte. Nous comptons bien en profiter au maximum, car nous ne retrouverons pas le confort d’un lit et d’une salle de bain avant plusieurs jours. La nuit sera calme et très réparatrice, et nous en avions bien besoin !

Le jardin fleuri du Airbnb.