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Algonquin, des crêtes et des moustiques

Été canadien : Ontario et Rocheuses15 juillet 20205 min de lecture
Algonquin, des crêtes et des moustiques
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Mardi 14 juillet

En ce jour de fête nationale française, nous prenons la route à 9 heures pour avaler les 270 kilomètres qui nous séparent du parc Algonquin. Mauvaise surprise à l’arrivée : le téléphone de Stéphane ne capte plus, et sa carte SIM est notre seul lien avec la France et avec nos recherches pour le road-trip. Tant pis, ce n’est que pour quelques jours. Sandwichs avalés, baskets lacées, nous attaquons un premier sentier. Deux cent trente mètres de dénivelé positif, qui suffisent à nous faire suer tout du long. Le tracé file le plus souvent en sous-bois et s’ouvre çà et là sur quelques points de vue. Nous longeons plusieurs lacs marécageux, enjambons une rivière et sa petite chute, puis gravissons une longue série d’escaliers qui rappellent à nos cœurs qu’il ne faut pas traîner, pour gagner une très jolie vue sur les collines alentour, toutes de vert vêtues. Peu de courageux sur le chemin, mais des insectes en pagaille : malgré l’anti-moustique, nous sommes piqués une dizaine de fois chacun. Deux heures et demie plus tard, nous retrouvons le parking, pas mécontents d’en finir.

Les collines d'Algonquin
Les collines d'Algonquin.
La petite chute du sentier
La petite chute du sentier.

Direction ensuite le camping du lac Canisbay pour nous enregistrer. Emplacement 59 : nous y plantons la tente et gonflons le matelas pour être tranquilles ce soir. L’endroit est sommaire, une petite clairière entre les arbres avec une table en bois, un foyer pour le feu et une place pour la voiture. Cela nous semblait inconcevable avant de le voir de nos yeux, mais Covid oblige, les douches sont fermées. Interdiction, en plus, de se laver dans le lac ou d’apporter sa propre douche de camping. Nous avons donc payé la modique somme de 52 dollars la nuit pour un emplacement rustique, sans eau ni électricité, et sans la moindre possibilité d’être propres. Heureusement, nous avions anticipé : nous profitons de la jolie plage pour bronzer quelques heures et nous laver au savon naturel quand le soleil commence à baisser. Les autres vacanciers font visiblement de même, car il est impensable de passer plusieurs jours sans se laver avec une étendue d’eau à portée de main.

De retour à notre emplacement, nous étrennons notre matériel de cuisine. Le réchaud est un peu étrange, mais nous suivons les instructions à la lettre et nous préparons du riz instantané avec un concombre. Ce n’est pas la panacée, mais ça nourrit son homme et sa femme ! Le père de Stéphane est à l’hôpital, et il s’inquiète de ne pas pouvoir prendre de nouvelles. Nous reprenons donc la voiture jusqu’au seul magasin du parc, en espérant y capter du Wi-Fi. Nos téléphones détectent bien le réseau, mais la caissière nous prévient qu’il ne fonctionne pas. Bizarre… Nous achetons quelques articles, dont des moustiquaires de tête pour ne plus être importunés pendant les randonnées, et rentrons au campement sans avoir pu nous connecter. Demain matin, nous irons prendre le petit-déjeuner au centre d’accueil, à l’entrée du parc, pour profiter de son Wi-Fi.

Avant de dormir, un passage aux toilettes nous laisse pantois : elles sont dans un état déplorable. Où passe tout l’argent des locations ? On se le demande. Un groupe d’Indiens, nombreux et fort bruyants, nous oblige à ressortir les bouchons d’oreille. Le comble, c’est que nous avions choisi cet emplacement exprès, dans une zone « radio-free » du camping, censée être exempte de toute nuisance sonore, télévision, musique, etc. Force est de constater que pour ce groupe, rire à gorge déployée en s’interpellant à tue-tête n’entre pas dans la catégorie des nuisances.

Mercredi 15 juillet

Nous nous réveillons au chant des oiseaux et au va-et-vient des écureuils qui gambadent dans les sous-bois. Nous émergeons tranquillement et, après un brin de toilette, filons vers le centre d’accueil, vingt kilomètres plus à l’est. Brioche et Nutella au petit-déjeuner, et enfin, Internet ! Les nouvelles sont rassurantes : le papa de Stéphane va mieux. Le cœur léger, nous attaquons la randonnée des Centennial Ridges, les « crêtes du centenaire », la plus difficile et la plus appréciée du parc : une boucle de dix kilomètres pour 460 mètres de dénivelé positif. Il fait plus frais ce matin, le vent s’est levé, et nous avançons d’un pied plus leste que la veille. Le tracé est rude par endroits, mais il revient sans cesse sur ces fameuses crêtes, avec des vues imprenables sur les collines du parc, un lac ici, deux là. Comme hier, nous croisons peu de monde et avançons à bon rythme, si bien que la boucle est bouclée en moins de trois heures.

Sur les Centennial Ridges
Sur les Centennial Ridges.
Un lac, puis deux, depuis les crêtes
Un lac, puis deux, depuis les crêtes.

Nous allons nous préparer à manger sur les tables de pique-nique autour du magasin de la veille, et Stéphane retourne demander si le Wi-Fi fonctionne aujourd’hui. Surprise : la vieille dame à la caisse lui répond qu’il fonctionne très bien, mais qu’il n’est pas partagé. Après tout, pourquoi offrir du Wi-Fi aux touristes dans une zone touristique ? À côté, un petit fast-food de burgers et autre malbouffe est pris d’assaut. Décidément, nous n’avons pas la même vision du camping : pour nous, c’est l’occasion de se retrouver, soi-même et la nature, de manger à la bonne franquette, pas de s’enfiler burger-frites à midi… Après le repas, nous repartons pour une randonnée plus courte. Le parc grouille toujours de moustiques et nous marchons la moustiquaire sur la tête, sans crainte du ridicule : plutôt cela que des piqûres qui démangent. Une heure et demie plus tard, nous en avons fini, et sans regret : mine de rien, nous avons avalé dix-sept kilomètres depuis ce matin.

Nous mettons ensuite le cap à l’ouest jusqu’à un loueur de canoës. La jeune fille qui nous reçoit n’est pas très aimable, annonce des tarifs proches du double de ceux de la concurrence et semble incapable de nous renseigner sur les sorties à la journée. Impossible, par ailleurs, de réserver un kayak à l’avance pour une seule journée ; pour plus de deux jours, en revanche, oui. Si nous voulons un kayak demain, il faudra se présenter le matin même : premier arrivé, premier servi. La logique nous échappe, mais nous l’acceptons. L’heure est venue de profiter de la plage et de notre sublime petit lac. Il fait si bon sur la berge que nous y prolongeons le plaisir jusqu’au dîner. Nous nous approprions une petite table en bois et sortons nos ustensiles. Il est 19 heures, le soleil descend et la lumière sur l’eau se teinte d’un or éblouissant. Le paradis ?

Le soir sur le lac Canisbay
Le soir sur le lac Canisbay.

Presque, si le réchaud ne commençait pas à dégager une étrange odeur de plastique brûlé. En le touchant, nous découvrons que ses bords sont brûlants, et nous l’éteignons pour l’examiner. Verdict : la plaque chauffante est montée à l’envers, ce que la notice ne précise nulle part. Il faut la retourner pour que l’air chaud s’échappe normalement. Nous ne sommes pas passés loin de la catastrophe, mais nous pouvons enfin savourer nos pâtes à la sauce tomate et au thon en regardant la brise caresser le lac. Nous restons jusqu’au coucher du soleil, puis regagnons notre tente, où le silence est parfait depuis le départ des trouble-fête de la veille.