← Récit précédentCalgary, puis les premiers sentiers de BanffDimanche 16 août
Pour les trente ans de Cassandre, nous louons deux vélos et partons pédaler sur la superbe route goudronnée de la vallée de la Bow, fermée aux voitures tout l’été. Le Canada ne nous a pas habitués à tant d’égards pour les cyclistes, et nous savourons l’aubaine avec un plaisir non dissimulé. Nous nous arrêtons à chaque point de vue et profitons du réseau pour appeler nos familles, d’abord pour les remercier des messages reçus par Cass, ensuite pour leur montrer le fabuleux panorama qui s’offre à nous. Vingt-cinq kilomètres de montées et de descentes nous mènent au point d’arrivée, le départ de la marche du jour le long du canyon Johnston. Les mots commencent à se répéter et ne rendent plus vraiment justice à la beauté de ces lieux majestueux.




Nous engrangeons des souvenirs pour des années, et le soir, nous voulons fêter l’anniversaire de Cassandre au restaurant, à Banff. Pas de chance : tous ferment très tôt, et ceux qui restent ouverts annoncent une longue attente, la ville étant bondée en ce week-end de la mi-août. Tant pis : un passage au supermarché, une bouteille et quelques bonnes choses, et nous trinquons sur le patio de notre chambre d’hôtes, les yeux dans les montagnes. Malgré la déception du restaurant manqué, la soirée est excellente, légèrement enivrée et pleine de rires.
Lundi 17 août
Nous avons fait une petite folie en réservant trois nuits d’hôtel, mais les trente ans de Cass valaient bien ce luxe. Avec des chambres à 150 dollars minimum, impossible pourtant d’y passer tout notre séjour dans les Rocheuses : une dizaine de jours à la dure nous attendent. Alors ce matin, nous traînons au lit avant de rendre la chambre à 11 heures, et en disant au revoir à notre hôtesse, nous savons que nous disons aussi adieu au confort pour un bon moment. Après deux journées éprouvantes pour les muscles, nous prévoyons un programme plus « détente » : trois heures de marche aller-retour jusqu’au sommet du mont Sulphur, à cinq minutes en voiture, puis farniente au soleil.
Dans nos tenues de marcheurs invétérés, nous attaquons une heure et demie de montée, avec de beaux points de vue sur la vallée, pour aboutir… à la gare d’arrivée du téléphérique. Il est un peu frustrant d’arriver en nage au sommet quand les cabines y déversent des touristes en tongs toutes les cinq minutes. Cette cime est une aberration : le bâtiment des télécabines abrite un énorme complexe, restaurants et Starbucks compris. Les Canadiens ont une approche très capitaliste de la nature et n’hésitent pas à la faire fructifier : l’aller-retour coûte soixante dollars à ceux qui en ont les moyens, et la paresse de grimper à pied. Tous les arbres de la crête ont été rasés pour aménager une passerelle de planches parfaitement lisses menant en dix minutes au sommet voisin. L’endroit tient un peu de Disneyland, et nous ne nous sentons pas à notre place parmi ces touristes en sandales, gobelet Starbucks à la main, qui se photographient à tout bout de champ. Passablement écœurés par ce massacre écologique, nous ne nous attardons pas et redescendons à pied. Nous croisons quelques marcheurs, bien peu comparés à la foule que dépose la télécabine.
Pour nous laver, nous pensons aller au lac, mais tous les parkings sont pleins, et l’administration du parc interdit formellement de se garer au bord de la route. Si le stationnement est complet, il ne reste qu’à faire demi-tour. Nous repérons une petite rivière aux eaux limpides, avec une bande de terre à côté. Nous nous y garons et descendons vers la berge à travers les hautes herbes. Le soleil tape fort, et heureusement, car l’eau, qui descend tout droit du glacier, n’atteint pas dix degrés. C’est dans cette eau glacée que nous nous lavons, non sans mal. L’endroit est agréable, à l’abri des regards, et nous y passons quelques heures avant de rentrer en ville. Cette fois, nous réservons une table dès l’ouverture du restaurant que nous voulions essayer, et nous pouvons vraiment fêter l’anniversaire de Cassandre. Sur une jolie terrasse, nous savourons des plats délicatement cuisinés, avant de trouver un coin discret en ville pour la nuit.



Mardi 18 août
Pas de précipitation ce matin : la randonnée prévue n’attire pas les foules. À l’écart de la ville, le sentier du col Healy est trop exigeant pour les citadins qui hantent Banff, et nous y arrivons vers 9 h 30. Dix-sept kilomètres et près de mille mètres de dénivelé : de quoi s’occuper. Nous partons, comme toujours, avec de la musique pour prévenir les ours de notre présence. Les six premiers kilomètres grimpent en sous-bois, puis nous débouchons sur des prairies d’altitude constellées de fleurs plus colorées les unes que les autres. Le sentier s’achève sur un col d’où l’on embrasse l’étendue des Rocheuses et des lacs à perte de vue. Le paradis des marmottes, se dit-on, et de fait, nous en apercevons quelques-unes pendant le déjeuner.
La descente, évidemment plus rapide, nous paraît pourtant longue. Il fait plus chaud que ce matin, les insectes sont sortis de leurs cachettes, et la marche est moins plaisante. Au parking, surprise : des chèvres de montagne paissent non loin de la voiture. La nature nous a déjà gâtés aujourd’hui, écureuils, marmottes, mais le meilleur reste à venir. Sur la route de montagne qui rejoint la Transcanadienne, nous tombons nez à nez avec un ours ! Il traverse tranquillement la chaussée à quelques mètres de la voiture. Nous nous arrêtons pour l’observer ; il descend sur le bas-côté, où il a repéré des baies sauvages, et se met à manger, à moins de cinq mètres de nous. Émerveillés, sans un bruit pour ne pas l’effrayer, nous le regardons de longues minutes. Notre expérience du Canada commence à être vraiment complète !




Encore tout excités, nous retournons à Banff faire des courses pour plusieurs jours, car nous ne sommes pas sûrs de retrouver des supermarchés abordables. Puis une heure de route jusqu’à Lake Louise. Cette petite bourgade, ou plutôt cette enfilade d’hôtels pour touristes, possède l’un des plus beaux lacs du monde, et nous comptons bien être aux premières loges demain matin, car on nous a prévenus : les immenses parkings sont pleins dès 8 heures. Nous nous garons dans l’une des rares ruelles disponibles et dormons d’un sommeil bien mérité.
