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Edmonton, deux chiens et un vrai lit

Été canadien : Ontario et Rocheuses30 août 20205 min de lecture
Edmonton, deux chiens et un vrai lit
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Mercredi 26 août

Cette nuit encore, le froid est venu déposer sa fine pellicule sournoise sur Jasper, et nous n’en menions pas large dans la voiture. Heureusement, nous avions empilé les couches de vêtements et avons pu dormir sans trop en souffrir. Mais c’est une erreur de débutants : en plein mois d’août, nous n’avions même pas envisagé qu’il puisse faire froid dans les Rocheuses. C’est pourtant une évidence : en montagne, à deux mille mètres, le temps est imprévisible. On apprend de ses erreurs, et celle-ci, nous ne la referons pas !

Il fait encore frais quand nous nous levons vers 8 heures pour aller aux toilettes du parc voisin. À la sortie, un vieil homme engage la conversation sur la pluie et le beau temps. Nous l’avons remarqué au fil des semaines : derrière la bonhomie, beaucoup de personnes âgées se sentent seules et sautent sur la moindre occasion de parler à quelqu’un. Ce n’est pas la première fois, et nous prenons toujours un peu de temps pour en apprendre plus sur la personne. Ce monsieur vit à Jasper depuis de longues années, seul, et nous paraît socialement isolé. Au bout d’une dizaine de minutes, il s’est lancé dans un monologue interminable où les sujets s’enchaînent sans lien apparent, et nous cherchons désespérément une respiration pour lui dire que nous devons partir. À un autre moment de la journée, nous lui aurions proposé d’aller boire un verre, mais il fait froid ce matin, et nous sommes encore fatigués de la nuit.

Nous nous posons au petit café en bordure de la ville et bavardons avec une serveuse française installée ici depuis un an. L’immense majorité de nos compatriotes s’installe à Montréal, et rares sont ceux qui tentent l’aventure en terre anglophone. La vie montréalaise est si facile pour un Français qu’on peut à peine parler d’expatriation, tant elle ressemble à celle d’une ville française. Notre serveuse nous raconte qu’elle est d’abord arrivée à Montréal, mais qu’elle craignait d’y trouver trop vite ses marques et de ne plus jamais bouger, alors que son rêve, en venant au Canada, était de voir les Rocheuses. Quand l’occasion de travailler ici s’est présentée, elle n’a pas hésité. On ne peut pas lui donner tort : Montréal a tous les atouts d’une ville dynamique où il fait bon vivre, et sans le Covid, nous y aurions sûrement passé nos deux années de visa… Il y a beaucoup de clients ce matin, et la conversation en reste là. Tant pis : nous partons marcher sur un sentier qui longe un chapelet de lacs miroirs, mais la pluie nous cueille un peu à froid.

Un lac miroir près de Jasper
Un lac miroir près de Jasper.

Il est de toute façon temps de prendre la route d’Edmonton. Ce n’est pas la ville la plus attrayante du pays, et les quelques Canadiens rencontrés qui y vivent s’accordent à la dire laide et ennuyeuse. Pendant cinq jours, nous allons y faire du « house-sitting », ce concept anglo-saxon qui consiste à séjourner chez des gens pour garder leur maison, et souvent leurs animaux, pendant leur absence. Nous avions déjà utilisé ce site pour aller à New York à l’œil à Noël, et nous sommes ravis de profiter du confort d’une maison plusieurs jours d’affilée. Un vrai lit, de vraies douches !

Nous arrivons à 18 heures chez Kalpana et James, qui nous invitent à dîner avant leur départ le lendemain matin. Ce sont deux Anglais installés au Canada depuis 2006, et nous faisons connaissance avec les deux chiens dont nous aurons la garde : Kenya, une lévrière de six ans, et Max, un vieux berger croisé de quatorze ans. Max est avec eux depuis sa naissance ; Kenya, elle, vient d’un refuge. Comme beaucoup de lévriers, elle a été championne de course. Formidable, pensez-vous ? Eh bien non : ces chiens, qui rapportent beaucoup d’argent à leurs propriétaires, sont souvent euthanasiés à la fin de leur carrière, vers cinq ans à peine. Une association les récupère pour leur éviter ce triste sort et les propose à l’adoption. La soirée est excellente et bien arrosée, et nous allons nous coucher vers minuit, savourant le plaisir de s’allonger sur un matelas confortable.

Du jeudi 27 au dimanche 30 août

Edmonton n’a pas grand-chose pour elle. Ceinturée de gigantesques boulevards, elle offre peu de points d’intérêt. Son centre-ville n’est guère attrayant, et nous faisons le tour des bâtiments historiques en quelques heures. Demandez à un habitant où passer du temps : la réponse est invariablement la même, le centre commercial. Allez savoir pourquoi, on a décidé en 1981 de construire ici ce qui fut longtemps le plus grand centre commercial du monde : un demi-million de mètres carrés et plus de huit cents boutiques, avec en prime un parc aquatique, un parc d’attractions et un aquarium. Nous n’y restons qu’une heure, dépassés par la démesure du lieu et peu attirés par ce temple de la consommation.

Le palais législatif de l'Alberta, à Edmonton
Le palais législatif de l'Alberta, à Edmonton.

Ces quelques jours d’immobilité, au milieu d’un voyage au mouvement frénétique, nous servent à courir, à aller au cinéma pour la première fois en six mois et à bichonner la voiture : changement de pneus, niveau d’huile, rangement et nettoyage de fond en comble… et surtout, beaucoup de repos ! Nos journées frôlent la paresse : à part promener les chiens, nous ne faisons pas grand-chose. Mais quel bonheur ! Kalpana et James sont partis camper à huit heures de route à l’ouest, en Colombie-Britannique, mais leur escapade ne se passe pas comme prévu. Vendredi, Kalpana nous écrit qu’ils rentreront plus tôt : le bruit les empêche de dormir. Comme nous vous l’avons souvent raconté, les campings sont fréquemment installés près des autoroutes ou des voies ferrées, et le leur ne fait pas exception. Au lieu de revenir mardi, ils rentreront dimanche soir, en espérant que cela ne nous dérange pas.

Max et Kenya au parc
Max et Kenya au parc.
Edmonton au crépuscule
Edmonton au crépuscule.

Cela nous va très bien, pour deux raisons : partager un nouveau repas avec eux, et gagner une journée de route. Nous nous sommes beaucoup attachés à Max et Kenya, mais quatre jours à Edmonton nous ont suffi, et nous ne sommes pas mécontents d’écourter un peu. Ils rentrent dimanche vers 20 heures ; nous leur avons préparé des crêpes et un dhal indien, et la soirée, une fois encore, file à bavarder de tout et de rien.