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Muskoka et les Trente Mille Îles

Été canadien : Ontario et Rocheuses17 juillet 20207 min de lecture
Muskoka et les Trente Mille Îles
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Jeudi 16 juillet

Nous avions prévu une longue journée de canoë, mais le ciel ne se présente pas sous son meilleur jour. Tout est gris, et rien n’indique que cela va passer. Nous renonçons au kayak et le repoussons à plus tard : après tout, avec tous ces lacs et ces rivières, les occasions ne manqueront pas. Nous levons le camp et quittons le parc Algonquin. Sitôt franchies ses limites, miracle : le téléphone de Stéphane retrouve réseau et 4G. Nous débarquons dans la charmante petite ville de Huntsville et nous arrêtons pour un café. À peine installés en terrasse, une pluie fine se met à tomber ; supportable, et vite passée, nous prenons notre temps. Un rapide tour du centre à pied, un petit point de vue en hauteur, et la pluie reprend de plus belle. Nous mettons les voiles trente kilomètres plus au sud, vers Bracebridge. Elle aussi possède le charme typique des petites villes ontariennes, nées pour la plupart autour d’une gare et d’une ligne de chemin de fer salvatrice qui apportait plusieurs fois par semaine les miracles de la civilisation.

Les chutes de Bracebridge
Les chutes de Bracebridge.

Des panneaux annoncent les chutes de la ville, les Bracebridge Falls, l’attraction de la région. Déception : elles ne sont que la conséquence d’un barrage construit en amont et ressemblent davantage à des rapides qu’à une véritable cascade. Nous poursuivons notre promenade dans le centre, plutôt plaisant. Quand le ciel se fait menaçant, nous voulons nous réfugier dans un café, oubliant qu’à cause du Covid, il est encore impossible de s’installer à l’intérieur. Nous commandons tout de même deux chocolats chauds et nous garons juste devant pour profiter du Wi-Fi de l’établissement. Les prévisions ne sont pas réjouissantes : un gros orage arrive sur la région, pile pour notre première nuit prévue dans la voiture, et il durera jusqu’au petit matin. Sur Airbnb, Stéphane repère une chambre dans nos moyens ; il est presque 16 heures quand nous écrivons à l’hôte, sans grand espoir. À notre surprise, il répond presque aussitôt : nous sommes les bienvenus, et voici les instructions pour entrer en son absence.

Nous nous dépêchons pour échapper à la pluie, et cinq minutes plus tard nous prenons possession des lieux. Notre chambre est aménagée dans une véranda : petite, mais très confortable, et surtout, elle nous évitera une nuit dehors. Comme souvent au Canada, la maison s’étend sur deux étages aux pièces spacieuses. Andrew, notre hôte d’un soir, rentre peu après, et nous bavardons avec ce personnage à la chaleur humaine communicative. Il nous met tout de suite à l’aise et nous invite à faire comme chez nous. Il nous conseille quelques restaurants, mais sous la pluie, et sans pouvoir manger à l’intérieur, nous préférons acheter de quoi cuisiner.

Cela nous frappe à chaque fois : les anglo-saxons cuisinent très peu, et le mot n’a pas le même sens pour eux que pour nous. Ici, cuisiner, c’est griller des saucisses au barbecue ou préparer un sandwich. Nous préparons une énorme casserole de pâtes bolognaises dont la moitié finit dans nos boîtes : ce sera le déjeuner de demain. Deux repas pour le prix d’un : quand on voyage avec un petit budget, il faut être malin !

Vendredi 17 juillet

Port Carling
Port Carling.
Les pontons de Port Carling
Les pontons de Port Carling.
La plage de MacTier
La plage de MacTier.

Nous avons eu le nez creux de réserver cet Airbnb : une pluie torrentielle est tombée presque sans interruption toute la nuit. Ce matin, heureusement, le temps est radieux. Nous prenons notre temps pour nous préparer, déjeuner et plier bagage, puis filons vers la petite bourgade portuaire de Port Carling, où la richesse s’étale au point qu’on craint de devoir payer pour respirer. Les maisons sont immenses, toutes tournées vers les lacs et les bras de rivière. Plusieurs fois, nous voyons des gens arriver en bateau, l’amarrer et entrer dans l’un des restaurants cossus de la ville. Nous bronzons sur les planches d’un ponton avec la sensation de faire chuter les prix de l’immobilier par notre seule présence. À midi, la chaleur est écrasante : nous gagnons la plage de MacTier, au bord d’un lac elle aussi. Nous nous attendions à la foule ; surprise, l’endroit est presque désert. Oh, il y a bien deux ou trois personnes, mais c’est le vide comparé à ce que nous avons connu au Québec, et ni l’entrée ni le parking ne sont payants.

Nous y déjeunons, bavardons avec une famille de Colombiens qui ont pris Stéphane, et sa casquette aux couleurs de leur pays, pour l’un des leurs, puis passons l’après-midi entre bronzette et baignade. Pendant que nous jouons au frisbee dans l’eau, un petit bonhomme très drôle d’une dizaine d’années vient nous demander s’il peut jouer avec nous ; son papa nous prévient qu’il est très sociable. Il nous raconte sa vie comme un petit adulte et nous fait découvrir un jeu amusant : sous l’eau, un long rocher couvert de mousse permet, debout, de glisser sur une petite dizaine de mètres. C’est effectivement très drôle, et nous retrouvons notre âme d’enfant avec ce garçon et son père. Quand ils s’en vont, nous en profitons pour nous laver une fois de plus dans le lac, car nous n’aurons pas de douche ce soir : les campings étant hors de prix, nous dormirons dans la voiture.

Coucher de soleil sur la baie Georgienne
Coucher de soleil sur la baie Georgienne.
Le soleil plonge dans le lac Huron.

Une fois propres, nous prenons la route de Parry Sound, une autre ville cossue de l’Ontario, posée au bord du gigantesque lac Huron, d’où nous embarquerons demain pour une croisière dans les Trente Mille Îles de la baie Georgienne. Les restaurants ne nous tentent pas ce soir : nous achetons de quoi grignoter sur la plage, deux bières, et nous installons à une petite table en bois, un peu de musique en fond, pour regarder le soleil descendre sur le lac. Il n’y a pas à dire, le Canada est un beau pays, et nous ne sommes qu’au tout début de ses merveilles ! Nous avons même la chance d’assister à un vrai coucher de soleil sur l’horizon de la baie, preuve de l’immensité du lac. La nuit tombée, nous préparons la voiture, fixons les moustiquaires aux fenêtres et nous garons dans un coin du parking de la plage.

La température est agréable, autour de vingt degrés, et l’air circule bien grâce aux deux vitres arrière entrouvertes. C’est la première fois du voyage que nous dormons sur un aussi grand parking ; d’ordinaire, nous préférons les petites rues, moins passantes, où nous sommes moins visibles. Nous dormons pourtant bien, malgré les quelques voitures qui passent dans la nuit.

Samedi 18 juillet

Comme les Australiens, les Canadiens sont très matinaux : vers 7 heures, le va-et-vient des voitures qui rejoignent la plage ou la mise à l’eau des bateaux nous réveille. Petit-déjeuner au bord de l’eau, puis nous décidons d’aller courir avant d’embarquer à 12 h 30. Sur une petite piste cyclable bordée d’étangs et peuplée de papillons, nous nous dégourdissons les jambes un peu moins d’une heure et finissons en nage : une excellente raison de plonger dans le lac sitôt la course terminée. Un déjeuner sur le pouce, et direction le port pour l’embarquement.

À bord de l’immense bateau, nous voilà de nouveau témoins de l’individualisme canadien, pour ne pas dire nord-américain. Le navire compte trois ponts : le premier, au ras de l’eau, offre une vue limitée ; le deuxième est le meilleur, avec un panorama complet ; le troisième, à ciel ouvert sur le pont supérieur, a lui aussi une vue restreinte. Au deuxième, des passagers visiblement habitués se sont rués sur les places, y ont posé leurs sacs pour les réserver, puis sont sortis sur les coursives. Ils ont donc à la fois les meilleures places assises et les meilleures places debout : drôle d’idée du partage.

Nous l’avions déjà remarqué dans d’autres pays anglo-saxons : sur l’eau, la visite touristique n’a pas du tout le même sens pour eux. C’est un moment de loisir plus qu’une sortie culturelle, et les groupes de jeunes ne se privent pas de se ravitailler en bières. Nous restons sur le pont supérieur pendant la première demi-heure ; nos voisins de derrière en sont déjà à leur cinquième tournée quand nous allons découvrir les autres points de vue. Le circuit nous promène entre une multitude d’îles aux reliefs sublimes, couronnées de demeures somptueuses. Le guide, qui raconte l’histoire des îlots dans les haut-parleurs, nous prévient que la faune est abondante et qu’un jour de chance, on peut apercevoir des caribous, et même des ours ! Nous ouvrons grand nos mirettes, mais la chance ne sera pas avec nous aujourd’hui. Il explique aussi que les ours ont plus peur des humains que l’inverse et se cachent au moindre bruit suspect. Conclusion : au Canada, dans la nature, vous ne voyez pas ces gros animaux poilus, mais eux vous ont sûrement entendus de loin.

On a du mal à se rappeler que l’on navigue sur un lac, tant cet archipel de rochers jaillissant de l’eau détonne dans l’imaginaire canadien. Le Canada est si grand, si varié, qu’on y trouve toutes sortes de paysages, parfois surprenants. Après trois heures à serpenter sur l’eau, le capitaine nous ramène au port, et nous reprenons la voiture jusqu’à Midland, où nous attend un Airbnb pour la nuit : un sous-sol superbement aménagé et spacieux, un changement bienvenu après la nuit précédente. Nous prenons nos aises, puis sortons dîner dans un restaurant italien de la ville.