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Niagara, Toronto et les bisons d'Oméga

L'hiver à Montréal23 février 202012 min de lecture
Niagara, Toronto et les bisons d'Oméga
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14 février

Les parents de Cassandre ont passé 4 jours à Québec et sa région et ils reviennent aujourd’hui de leur petit séjour. Mais nous ne prévoyons pas de rester sur Montréal ce week-end, nous voulons profiter de leur présence au Canada pour nous rendre dans l’un de ses lieux emblématiques : les chutes du Niagara. Situées près de Toronto, elles façonnent l’imaginaire mondial depuis plus d’un siècle. Johann et Evelyne nous récupèrent au travail, d’où nous sortons exceptionnellement à quinze heures et nous sommes rapidement sur la 401 West. Après une heure de route, nous sortons du Québec et nous voilà en Ontario. Déjà, les panneaux sont en anglais et l’essence bien moins chère (1.20$ le litre au Québec contre 1$ le litre en Ontario). On s’arrête d’ailleurs à une station pour faire le plein et pour échanger les conducteurs. Stéphane prend le volant pour que Johann se repose et il finit le trajet dans la lancée. Un gros accident a congestionné la route et nous arrivons au Airbnb plus tard que prévu, légèrement avant 22h. Comme les Canadiens en ont l’habitude, nos hôtes ont entièrement aménagé leur sous-sol pour en faire un grand appartement avec deux chambres, cuisine, salon et salle de bain.

Le monsieur qui nous accueille s’appelle Dominic, un asiatique aux traits chinois mais n’ayant en fait aucun lien avec la Chine : il est né en Inde à Calcutta où il a grandi, avant d’émigrer au Canada. Une fois l’installation faite, il vient nous chercher pour nous proposer de boire un verre et il nous présente sa femme, Suzanna. Elle est chinoise, originaire de Wuhan, la province à l’épicentre du Coronavirus qui occupe toutes les manchettes de journaux ces temps-ci. Nous partageons une agréable discussion avec eux et Dominic nous offre même une bouteille de vin ! Il a le cœur sur la main et c’est exactement pour ça que nous allons en Airbnb plutôt qu’en hôtel. Il est rapidement 22h30 et nous n’avons toujours pas diné donc nous prenons congé avec regret pour aller nous préparer à manger. Au menu, des pâtes à la carbonara que nous accompagnons donc de la bouteille qui nous a été gracieusement offerte. Nous refaisons le monde jusqu’à minuit autour de ce festin avant d’être rattrapés par la raison et d’aller nous coucher. Il nous faudra être en forme pour profiter des chutes et de Toronto !

15 février

Le réveil sonne vers 8h30 et on se prépare doucement mais sûrement. Nous sommes à une heure trente de distance et nous visons une arrivée pour 11h. Nous nous mettons en route à 9h30 et on s’engage sur le réseau labyrinthique des routes de Toronto. Il y a des autoroutes partout, des échangeurs démesurés à chaque sortie et bon nombre de voitures sur le bitume car c’est un long week-end de jour férié (le Family Day) dans tout le Canada sauf au Québec qui n’a décidément pas envie de faire les choses comme le reste du pays. Nous suivons la direction de Niagara, patientons dans les ralentissements qui se présentent à nous et on aperçoit finalement la ville de Niagara Falls. C’est une commune bien urbanisée, avec son lot de buildings, de fast-food et d’avenues larges, quelque chose de banal en Amérique du Nord. Mais au détour d’un feu tricolore, quand nous tournons à gauche, on aperçoit en bas de la pente un torrent d’eau qui dévale.

On ne s’attendait pas à voir les chutes du Niagara comme ça, si soudainement et l’ambiance dans la voiture se transforme instantanément. On dirait des enfants à qui on n’a pas dit qu’on faisait une surprise et qui aperçoivent le panneau Disneyland quand la voiture prend la sortie. On se gare au parking repéré par Cassandre, le moins cher évidemment, et on emprunte le sentier piéton. On se rend compte aussi que Johann et Evelyne sont très émus d’apercevoir cette merveille mondiale de leurs propres yeux. Dans le sens du courant, nous avançons vers la plus impressionnante et la plus iconique des trois chutes : les Horseshoe Falls qui tiennent leur nom de leur forme en fer à cheval. Le bruit n’est finalement pas si assourdissant que ça mais la vue n’a vraiment pas d’égale. Nous restons très longtemps à contempler le paysage enneigé et à prendre des photos. Mais bien que les gens restent agglutinés à l’endroit le plus facile d’accès, le chemin fait plus d’un kilomètre et offre de multiples panoramas sur l’attraction et sur les American Falls qui se trouvent littéralement en face de nous de l’autre côté de la rivière, sur les terres américaines de Trump.

Les Horseshoe Falls
Les Horseshoe Falls.
Les American Falls, sur l'autre rive
Les American Falls, sur l'autre rive.
Les chutes du Niagara sous la neige
Les chutes du Niagara sous la neige.

Après avoir enregistré ce souvenir profondément au fond de nos cerveaux, nous reprenons la route de Toronto. Il est toujours aussi facile de conduire dans ces pays où les lignes droites forment la norme absolue et, après presque deux heures à rouler, nous atteignons la ville. Nous nous garons dans le quartier de Queen Street West, la rue la plus branchée de Toronto, et faisons un court arrêt pour nous restaurer dans un fast-food de pierogis. Plat typique de la cuisine polonaise, les pierogis ressemblent à une sorte de raviole et sont traditionnellement farcis de pommes de terre, viandes, légumes ou fromages, en fonction de vos goûts. Après cette excellente expérience culinaire, nous attaquons enfin la plus grande ville du Canada. Capitale de l’état de l’Ontario et peuplée de presque trois millions de personnes, elle représente le centre d’influence du pays. Ses grandes avenues sont traversées de part et d’autres par onze lignes de tramway que nous n’utiliserons pas car nous préférons découvrir à pied. Nous traversons le quartier d’Alexandra Park avant de bifurquer vers Graffiti Alley, une rue glauque recouverte, comme son nom l’indique, de street-art. Nos pas nous déposent ensuite sur le Nathan Philips Square avec sa patinoire et son iconique signe TORONTO en lettres rouge et blanche.

Toronto est souvent surnommée la petite New-York et elle pousse le vice jusqu’à avoir son petit (mais vraiment très petit) Times Square. Crée en 1998 pour réhabiliter un quartier en décrépitude, le Yonge-Dundas Square est aujourd’hui le centre névralgique de la ville et le passage piéton géant qui permet de traverser l’avenue est le plus emprunté du Canada avec plus de cent mille marcheurs par jour. Non loin se trouve une boutique qu’on ne trouve assurément pas à NYC : le Hall of Fame du Hockey canadien, que les québécois appelleraient Temple de la Renommée. Les meilleurs joueurs de tous les temps y sont mis à l’honneur mais nous n’en connaissons malheureusement pas un seul comme beaucoup de français. Cela ne nous empêche pas de flâner et d’admirer l’imposante statue d’un gardien du sport de glace qui bloque démesurément l’entrée. On en ressort pour admirer une autre sculpture, celle de Glenn Gould, le mondialement célèbre pianiste canadien assis sur un simple banc au détour d’une rue.

Le signe TORONTO de Nathan Phillips Square
Le signe TORONTO de Nathan Phillips Square.
Le Hall of Fame du hockey
Le Hall of Fame du hockey.
Glenn Gould sur son banc
Glenn Gould sur son banc.

Encore plus loin, la CN Tower commence à se dévoiler entre les bâtiments. Haute de 553 mètres, elle était la tour la plus haute du monde jusqu’à la construction de Burj Khalifa. Dans les années 70, l’urbanisation de Toronto et le boom démographique obligèrent la ville à construire des buildings de plus en plus hauts avec une conséquence néfaste sur les ondes radio qui n’atteignaient plus tous les quartiers. Pour pallier à cette situation et pour prouver la puissance industrielle canadienne, la compagnie ferroviaire Canadian National décida d’édifier le plus haut monument du monde. Prévue donc originellement comme une gigantesque antenne radio et télé, la tour CN est depuis devenue l’une des principales attractions touristiques du pays et son architecture en forme d’aiguille est reconnaissable au premier coup d’œil.

La CN Tower
La CN Tower.

Déjà, le soleil commence à tomber. Nous qui avions déjà froid, cela ne s’arrange pas avec l’arrivée de la nuit et après 3 heures de visite pédestre, nous retournons à la voiture pour rejoindre un point de vue à un endroit différent. Depuis le port, la Skyline illuminée se dévoile dans la nuit noire mais le vent est devenu glacial et il souffle si fort que nous avons peine à tenir debout. Stéphane s’aventure avec précaution sur les lattes en bois glacées du port pour prendre quelques photos. Aucune rambarde ne sépare le promeneur de l’eau agitée du lac, un manque de sécurité effarant pour la capitale économique du pays. Cette fois-ci, nous rentrons vraiment à la maison. On se lave et se réchauffe avant de se restaurer au Remezzo Italian Bistro, une petite échoppe proche de notre logement. La nourriture n’y est pas mauvaise, sans être excellente mais nous passons un agréable moment en famille.

La skyline de Toronto, depuis le port
La skyline de Toronto, depuis le port.

Le lendemain, nous décidons de profiter au maximum de la journée en nous levant tôt. Nous prenons des chemins différents pour visiter exhaustivement la ville. Nos pieds nous mènent dans l’impressionnant campus de l’université de Toronto qui abrite des bâtiments victoriens d’un jaune crème somptueux et tout en discutant, on forme une grande boucle pour atterrir dans le très chic quartier de Yorkville. Là, nous avons repéré un dinner, ces restaurants typiques des USA, car nous savons que Johann a très envie d’en voir un de ses propres yeux. A cause de son emplacement, les prix sont bien plus élevés que normalement mais nous mangeons à notre faim et nous sommes parés pour faire la route dans le sens inverse, six heures de quasi ligne droite pour arriver à Montréal autour de 20h.

Le campus de l'université de Toronto
Le campus de l'université de Toronto.
Dans les rues de Toronto.

22 février

Le parc Oméga est un sanctuaire animalier qui se situe à environ 100 km de Montréal, dans la région de l'Outaouais, et qui permet de découvrir de nombreuses espèces d'animaux sauvages de la faune nord-américaine en liberté : bisons, cerfs, wapitis, loups, daims, ours… La visite du parc s'effectue en voiture sur un trajet d'une quinzaine de kilomètres mais une partie peut se parcourir à pied. Nous n’avions pas spécialement prévu de le visiter à la base mais comme les parents de Cassandre sont là et que ce n’est pas vraiment tous les jours qu’on a l’occasion de voir des cerfs et des bisons en liberté, on se dit que ça fera quand même une expérience animalière sympathique. A peine avons-nous parcouru 200 mètres dans l’enceinte du parc que nous expérimentons notre premier embouteillage de voitures. Des dizaines sont entassées devant nous, bloquées par les troupeaux de daims et de cerfs qui s’amassent autour d’elles pour récupérer à manger. Car oui, bien que généralement dans ce genre d’espaces où les animaux sont en liberté, on interdit aux visiteurs de nourrir les animaux, ici c’est totalement toléré et même encouragé ! Vous pouvez acheter des carottes pour la modique somme de 2.5$ au chalet d’accueil pour les distribuer aux animaux. C’est une pratique que l’on ne cautionne pas du tout mais nous laissons notre esprit critique de français de côté pour apprécier l’instant présent.

Evidemment, les animaux pullulent dans le parc et s’agglutiner à l’entrée n’avait aucun sens. En roulant, nous croisons des cerfs, des daims et même des sangliers, complètement accoutumés à la présence bruyante des véhicules. Ils nous regardent d’un air à peine curieux et les cervidés se désintéressent totalement de vous quand ils comprennent que vous n’allez pas leur donner à manger. C’est encore une des conséquences néfastes du tourisme de masse, ces animaux sont en liberté mais ils sont quand même dépendants des humains. Les bisons, eux, imposent leur impressionnante carrure et leur pas lent. Malgré leur aspect trapu, les traits de leur visage sont très fins et très harmonieux. Nous les observons respectueusement et personne ne s’aventure à tenter de les nourrir. Quand ils se mettent devant votre voiture, vous priez qu'ils ne soient pas pris d’un coup de folie car ils ne feraient qu’une miette de la carrosserie.

Les cerfs du parc Oméga
Les cerfs du parc Oméga.
Un bison
Un bison.
Au parc Oméga.

A la ferme d’antan, nous pouvons enfin nous garer et nous dégourdir les jambes. Quelques boutiques, des toilettes et une aire de pique-nique permettent aux visiteurs de profiter un peu du grand air. Après un rapide repas, nous nous dirigeons à pied vers l’enclos de présentation des loups. Et alors que nous nous attendions à les trouver dans un immense emplacement, c’est en fait d’une grande cage dont il s’agit. Le guide qui a le visage complètement maquillé, sans qu’on comprenne trop pourquoi, explique à l’aide d’un micro les dynamiques sociales de cette meute de loups. Nous trouvons injuste et cruel de retenir des animaux si habitués au plein air ainsi. Ça nous semble d’autant plus absurde que l’animateur finit par expliquer que cette meute communique avec les autres présentes en liberté dans les environs. Un peu dépités, nous retournons vers la voiture pour finir le tour du parc mais nous faisons le même constat quand nous tombons sur l’enclos des renards arctiques. Dans un minuscule emplacement, ces magnifiques animaux se reposent sur une crête l’air blasé.

Un loup
Un loup.

Nous sommes bien évidemment conscients que nous n’en aurions sûrement jamais vu s’ils n’avaient pas été enfermés mais le plaisir de nos yeux ne vaut pas le mal-être de ces pauvres êtres vivants. Nous finissons l’immense boucle en tombant sur des coyotes, des bouquetins, et sur des biches en pagaille. Sans même voir le temps passer, nous réalisons que nous nous promenons depuis plus de quatre heures et qu’il est temps de rentrer.

Un wapiti
Un wapiti.

23 février

Quel sport d’hiver pouvez-vous faire quand vous n’êtes pas un très grand skieur comme Stéphane ? Eh bien, de la luge évidemment ! Les québécois appellent ça des glissades et vous en trouvez dans toute la région. Dans la majeure partie d’entre elles, vous descendez sur des gros tubes noirs qui vous font prendre une vitesse folle, si la pente est appropriée. Nous nous rendons aux Glissades des Pays d’en Haut à une petite heure de route pour une journée d’amusement. Il fait deux degrés et le ciel ne facture pas un seul nuage, c’est donc les conditions idéales pour la luge. Sur 61 pistes, vous pouvez vous frotter au frisson de la vitesse. Bien entendu, elles ne sont pas toutes de même niveau et nous commençons par les plus simples avant de vite passer aux dénommées « Formule 1 » ou « Adrénaline ». Avec 80 mètres de dénivelé vertical, les sensations sont au rendez-vous malgré la puissance du soleil, qui commence à ramollir la glace.

La population qui peuple l’endroit est très familiale comme nous pouvons le constater au moment de nous restaurer au chalet. Des parents et des enfants mangent sagement sur des tables en bois rudimentaires et nous nous joignons à eux pour engloutir un modeste hamburger et quelques frites avant de s’attaquer à un second versant de la montagne. Dans la file, deux choix s’offrent à nous : le rafting ou la tornade. Le rafting est un grand bateau tout en longueur où douze personnes peuvent s’installer. Un crochet vient attraper le bateau pour le faire monter jusqu’en haut de la piste. De là, nous installons l’embarcation contre une barrière dans la pente. Quand l’opérateur appuie sur le bouton de départ, l’engin file à une vitesse folle dans une ligne droite seulement freinée par quelques bosses et des tapis rugueux à l’arrivée.

Le mécanisme est le même pour la tornade sauf que cette fois-ci, c’est une grosse bouée ronde où l’on peut monter à huit et où l’on dévale la piste en tournant à l’infini jusqu’en bas. Les deux activités nous font mourir de rire et on les répète jusqu’à la fin de la journée. Le grand air creuse et fatigue et à 17 heures, nous sommes complètement crevés et nous reprenons la route de Montréal pour un repos bien mérité. D’autant plus que Johann et Evelyne partent à New York le lendemain et il leur faudra être en grande forme !