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De Brooklyn à Harlem, puis un réveillon à 18 h 50

L'hiver à Montréal31 décembre 201911 min de lecture
De Brooklyn à Harlem, puis un réveillon à 18 h 50
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26 décembre

Dans les lieux incontournables de New-York se trouve forcément Wall Street, haut-lieu de la finance mondiale. Les rues de ce quartier ne sont pas forcément spectaculaires et puisque nous sommes fin décembre, il est raisonnable de penser que c’est le moment de l’année le plus calme. Nous prenons quelques photos à des endroits iconiques avant de nous rendre dans un gigantesque magasin, le 21 Century Store. Proposant toutes sortes de vêtements sur cinq étages, ce centre est le paradis des aficionados de la bonne affaire et du vêtement de marque à prix cassé. Son seul désavantage est de taille : il est beaucoup trop populaire et les petites allées ressemblent vite au périphérique parisien, ce qui peut décourager les moins patients. Stéphane s’achète une paire de chaussures et un parfum avant de s’installer dans la pièce où les clients peuvent attendre leurs partenaires trop longs dans leurs achats. Cassandre termine ses emplettes et nous sortons de cette étuve pour aller manger un burger dans un fast-food à la mode : Shake Shack. Exclusivement New-Yorkaise, cette chaine créée en 2004 est devenue avec le temps, non seulement une fierté pour les New-Yorkais, mais aussi un passage obligé pour les touristes en quête de découvertes culinaires.

Wall Street, au cœur de la finance mondiale
Wall Street, au cœur de la finance mondiale.

Encore une fois, le lieu est plein et prêt à exploser. Il faut faire la queue pour prendre sa commande puis il faut aussi patienter pour pouvoir s’asseoir. Mais contrairement à des endroits civilisés où une file serait créée pour permettre aux gens de patienter, ici il faut rivaliser de roublardise. Après avoir compris qu’on aurait du mal à s’installer, nous décidons de patienter à côté d’une table et d’attendre que les gourmands finissent leurs repas. Heureusement, cela arrive assez vite mais nous percevons quelques moments de tension autour de nous avec des gens en désaccord sur qui est arrivé avant qui. Nous filons de cet endroit, l’estomac plein mais pas plus impressionnés que cela.

Pour éliminer cet excès de calories, nous marchons jusqu’à l’iconique Brooklyn Bridge. Ouvert en mai 1883, il est depuis devenu l’un des symboles de la ville, souvent visible dans les plans larges des films se situant dans la Big Apple. Il y a encore là un monde incroyable et le chemin piéton est minuscule ! Les voitures se partagent six voies quand les marcheurs et les cyclistes ont droit à l’équivalent d’une petite allée. Il est déjà très difficile de circuler alors si vous ajoutez à l’équation tous les vaniteux qui cherchent à avoir leur photo sous le meilleur angle, vous aurez saisi que nous n’avançons pas très vite. On sent l’agacement des vélos quand ils sont obligés de crier pour que les preneurs de selfies se poussent de la piste cyclable, pourtant clairement marquée. Le temps est au beau fixe, le soleil réchauffe nos corps bien emmitouflés et nous finissons la traversée tranquillement pour finalement atterrir à Brooklyn. Là, au lieu de faire demi-tour et de replonger dans le flux de touristes, nous prenons la direction de la station Delkab afin de traverser le Manhattan Bridge voisin en métro et ainsi avoir une belle vue sur le pont de Brooklyn. Bingo, la ligne R passe sur le pont et nous permet d’apprécier ce panorama sous un autre jour.

Sur le pont de Brooklyn
Sur le pont de Brooklyn.
Les câbles du pont de Brooklyn
Les câbles du pont de Brooklyn.
Bienvenue à Brooklyn
Bienvenue à Brooklyn.

Nous faisons ensuite un petit crochet par l’inratable gare centrale de New York : Grand Central Station. Située au centre de l'arrondissement de Manhattan, dans le quartier de Midtown, c’est la plus grande gare au monde par son nombre de quais : 44 qui donnent sur 67 voies réparties sur deux niveaux. Concurrencée par l'avion, délabrée et squattée par des dealers, Grand Central faillit disparaître dans les années 1970 ; c'est le soutien de l'ancienne Première dame Jacqueline Kennedy-Onassis qui lui permet toutefois d'échapper à la destruction et d'être rénovée puis reconvertie en gare desservant les banlieues. Dans le grand hall principal, un immense drapeau américain est suspendu. Fait anecdotique pour une gare : on n’y trouve aucun banc. Le plafond du grand hall, qui s'élève à 38 mètres, est recouvert de peintures représentant 2500 étoiles, constellations réalisées par le Français Paul César Helleu. Comme nous sommes proches, nous décidons d’aller visiter la bibliothèque centrale de New York située sur la 5e avenue, avant de rentrer à Astoria.

Après avoir joué aux touristes et promené les chiens, nous aspirons à découvrir la vie du quartier alors nous allons manger dans un restaurant de souvlakis que nous avions repéré (le quartier d’Astoria abrite une importante communauté grecque). Le repas est très bon mais nous ne trainons pas car nous voulons nous rendre dans un endroit un peu spécial. A une dizaine de minutes de voiture, nous regagnons Brooklyn pour boire un verre dans l’un des plus beaux rooftops de la ville : le Westlight. Situé au 22e étage de la tour de l’hôtel William Vale, ce bar très classe offre une vue à 360 degrés sur Manhattan et Brooklyn. La lumière est tamisée, le volume sonore est agréable sans être envahissant. Nous savourons un verre de vin dans des fauteuils très confortables en contemplant la vue sur la silhouette nocturne de Manhattan et sur ses bâtiments illuminés. L’Empire State Building scintille d’un jeu de couleur hypnotisant et on se prend à ne plus lâcher l’horizon des yeux même en plein cœur d’une discussion. Nous sortons sur la terrasse pour ne plus avoir de vitres qui nous séparent de cette vision cinématographique et nous prenons quelques photos avant de reprendre la voiture.

Manhattan depuis le rooftop du Westlight
Manhattan depuis le rooftop du Westlight.

27 décembre

Conduire dans New-York n’est pas aussi difficile qu’on pourrait le penser. Les routes sont droites, très larges et bien souvent à sens unique. Par contre, se garer est une autre paire de manches. Le bilinguisme en anglais ne vous est d’aucune utilité ici car il vous faudrait presque apprendre une autre langue pour déchiffrer la multitude de panneaux de signalisation qui ornent chaque rue. Après avoir promené nos chiens une dernière fois et avoir nettoyé l’appartement, nous jugeons qu’il serait plus simple de se garer dans Manhattan pour reprendre la route vers Montréal. En se garant du côté de l’Upper East Side proche de Central Park, nous gagnons du temps de trajet et ça permet à nos amis Yacine et Farah, qui sont à New York aussi et qui ont prévu de faire le trajet retour avec nous, de nous rejoindre plus facilement. La réalité nous rattrape bien vite. Il faut savoir qu’à New York, la majorité des rues sont nettoyées tous les jours, d’un côté puis de l’autre en fonction des jours, de sorte qu’il est quasiment impossible de rester plus de 48 heures garé du même côté. Ajoutez à cela toutes les bouches à incendie devant lesquelles il est interdit de stationner, les entrées de parkings et d’hôtels, les travaux et les zones de livraison et vous comprendrez vite l’enfer que la recherche d’une place peut devenir dans certains quartiers comme celui dans lequel nous sommes. Nous avons beau tourner en rond, le manque de places nous pousse inexorablement vers Harlem et il nous faut un coup de chance pour que l’on puisse poser le véhicule non loin du musée juif.

A quelques minutes de marche, nous découvrons Central Park. Cousin du parc du Mont-Royal de Montréal, ce parc de 341 hectares est probablement le plus célèbre du monde. Ouvert en 1876, il est un lieu chargé d’histoire mais aussi le poumon de l’une des villes les plus urbaines du monde. Central Park représente une véritable oasis de verdure au milieu de la forêt de gratte-ciel de Manhattan, même s'il est situé au nord de l'île où les édifices sont un peu moins élevés. Il contient plusieurs lacs artificiels, des chemins piétonniers, deux pistes de patinage sur glace, une zone de protection de la vie sauvage et de vastes pelouses. Une route de 9,7 km de long, relativement peu fréquentée par les automobilistes, entoure le parc. Elle peut être empruntée par les piétons, les coureurs, les cyclistes ou encore les adeptes du roller, surtout le week-end et en semaine après dix-neuf heures, lorsque la circulation automobile y est totalement interdite. Le parc est immense et il nous faut pas moins de deux heures pour en faire convenablement le tour et voir tous ses points d’intérêts.

Central Park en hiver
Central Park en hiver.
La terrasse de Bethesda
La terrasse de Bethesda.
Les lacs de Central Park
Les lacs de Central Park.

Nous remontons ensuite sur le sud d’Harlem pour déjeuner avant de reprendre la route. Harlem a joué un rôle majeur tout au long de l'histoire de New York. Au début du 20e siècle, le mouvement de la Renaissance de Harlem fit de la ville le principal foyer de la culture afro-américaine ; par la suite, le quartier devint l'un des centres de la lutte pour l'égalité des droits civiques, étant donné que Harlem a longtemps été et demeure encore aujourd'hui un lieu où se concentrent les Afro-Américains. On le remarque d’ailleurs au fur et à mesure que l’on monte au nord de Manhattan : les bâtiments sont plus vieux et décrépis, les routes plus sales et la population plus mélangée. Considéré il y a encore quelques années comme un ghetto à forte criminalité, Harlem se transforme aujourd'hui en un quartier dynamique et attrayant. Nous aurons à peine le temps d’en découvrir plus car une fois notre ventre rempli d’un bon repas sénégalais, il est déjà temps de rentrer sur Montréal. Nous retrouvons nos amis Yacine et Farah à la voiture et à 15h, nous mettons les voiles.

Le trajet passera plus vite qu’à l’aller car nous discuterons tout du long. 5h30 plus tard, nous arrivons « déjà » à la douane canadienne et là encore, en 2 minutes c’est plié. Après avoir déposé et dit au revoir à nos amis qui rentrent définitivement en France, nous arrivons finalement chez nous, extenués mais très contents de ces quelques jours à New York. La ville étant si facilement accessible, nous prévoyons d’y retourner d’ici quelques mois quand les températures seront plus agréables.

29 décembre

Notre ami réunionnais Marc rentre aujourd’hui au pays pour les fêtes et à cette occasion, il nous livre un petit colis bien spécial : son lapin ! N’ayant trouvé personne qui pouvait le garder entièrement pendant ses 3 semaines de vacances, nous lui avions proposé de le déposer chez nous. Marc débarque donc chez nous avec son petit Loko et tout son attirail. Il est officiellement interdit d’avoir des animaux de compagnie dans notre immeuble mais un lapin ça ne se remarquera pas ! Non, vous n’avez pas mal lu : avoir un animal de compagnie à Montréal est extrêmement compliqué, surtout les chiens. En effet, les propriétaires ont le droit, sauf exception, de refuser les animaux dans le bail pour des raisons d’hygiène notamment (puces de lit), de bruit (aboiements pendant des heures par exemple), d’odeurs ou de respect des locaux. Bref tout un tas de raison qui font qu’en tant que locataire, ça peut vite être le parcours du combattant pour trouver un logement acceptant les chats et les chiens (à notre grande tristesse). On est donc tout contents quand cette petite boule de poils aux longues oreilles débarque chez nous ! Une fois l’installation de la litière et des gamelles faite, nous sommes opérationnels pour assurer pleinement nos rôles de gardiens. On discute un peu avant que Marc ne prenne finalement congé pour filer prendre son avion. On termine donc notre dimanche soir tous les trois avec « notre » petit lapin qui a élu domicile sur le tapis du salon (qui s’avèrera par la suite être son endroit favori dans l’appartement).

31 décembre

Nous y sommes, c’est le dernier jour de 2019. Cette année aura encore une fois été une année un peu inhabituelle car répartie sur plusieurs continents : un mois en Guadeloupe, trois mois en Colombie, cinq mois en France et les trois derniers mois au Canada. Aurions-nous du mal à nous fixer quelque part ? Pas du tout, voyons. Nous aurions préféré passer le nouvel an avec nos proches en France mais le prix des billets nous en a vite dissuadés. Nous passerons donc notre 31 décembre 2019 au Canada. Et pour l’occasion, nous sommes invités chez Patrick et Marie-Claude, un couple de Québécois qui nous avait hébergés en Airbnb à notre arrivée et avec qui nous avons gardé contact, ainsi que d’autres amis à eux. L’heure du rendez-vous est donnée pour 18h30. Pour nous 18h30 c’est l’heure où l’on commence à peine à se préparer normalement, mais on ne va pas faire nos français difficiles. Après avoir récupéré notre voiture de location, nous prenons la route (enneigée) jusqu’à Farnham, notre destination. Nous pensions mettre plus d’une heure pour nous y rendre à cause de la neige tombée en abondance pendant toute la journée mais nous y sommes en à peine trois quarts d’heure.

Il est 18h40 et naturellement, on se dit qu’on doit être les premiers arrivés. Que nenni. Tout le monde est déjà là et à peine 20 minutes plus tard, le temps de faire connaissance autour d’un verre de vin chaud, on passe à table ! Bizarre de se dire qu’il est 18h50 le jour du réveillon et qu’on est déjà prêts à manger ! Les premiers plats arrivent (un ceviche, une salade, des chips avec du guacamole…) et on commence donc à manger, tout en retenue évidemment en prévision du plat principal qui doit sûrement attendre derrière. Il n’y aura pas de plat principal. Ce que nous avions pris pour une mise en bouche s’avèrera en fait être notre seule nourriture de la soirée. Nous voilà donc une heure plus tard, à 19h30, notre repas du 31 terminé. Ce n’est pas vraiment notre conception d’un réveillon mais soit, nous sommes invités donc on se plie aux maitres de maison. Sans perdre une minute, on descend tous dans le sous-sol continuer la soirée avec musique, billard, karaoké et alcool. Sachant qu’on a fini de manger à même pas 20h, il nous reste de nombreuses heures devant nous avant de sortir le champagne et célébrer le nouvel an (alors que d’habitude la soirée commence tellement tard qu’on ne réalise même pas qu’il est déjà minuit).

Après plusieurs bouteilles englouties, plusieurs parties de billard et des heures de karaoké à chanter comme des casseroles, il est 00h et là, on ne déroge pas à la règle, le champagne et les coupes sont de sortie. La soirée se poursuivra encore quelques heures dans la joie et la bonne humeur ! Bonne année 2020 à tous !