← Récit précédentFaire un chalet, comme les Québécois24 décembre
Alors que la France entière se prépare à réveillonner, il est 10 heures à Montréal et nous sommes fin prêts à attaquer la route pour NYC, la ville qui ne dort jamais. Notre premier co-voitureur, Lucas, arrive un peu en avance. C’est un franco-américain qui a grandi à Montpellier mais qui est en stage à New-York dans les studios du fameux photographe JR. Nous accueillons ensuite deux jeunes françaises de région parisienne mais originaires de Guadeloupe, en PVT comme nous à Montréal. Nous prenons la route en discutant et nous arrivons après une heure à la tant redoutée frontière terrestre américaine. Pour vous rendre aux USA par voie terrestre, il vous faut un visa différent du fameux ESTA que l’on prend habituellement quand on s’y rend en avion. Le visa terrestre s’obtient aux nombreux points de frontière qui se trouvent entre le Canada et les USA. Il vous faut descendre de la voiture et attendre que le douanier vous appelle et vous pose quelques questions avant d’obtenir votre visa. L’une des deux françaises s’étant déjà rendue à NYC par voie terrestre un mois plus tôt et Lucas ayant un passeport américain, nous n’étions que trois à avoir besoin de faire le visa.
Au final, cette halte à la douane nous aura pris quand même pas loin de 30 minutes. Une fois nos visas en poche, nous ressortons du bâtiment pour nous diriger vers notre voiture qui nous attend sur le parking un peu plus loin. A ce moment-là, une des françaises se fait interpeller par un gros douanier américain à moustache qui passait par là. Celui-ci la menace agressivement de lui confisquer son portable et de l’enfermer dans une salle d’interrogatoire si elle ne le range pas immédiatement car il est interdit de sortir son téléphone à la douane américaine. Les douaniers américains sont réputés pour être très désagréables et peu aimables mais là, on est abasourdis. Le portable est effectivement interdit dans l’enceinte du bâtiment mais de là à menacer quelqu’un de l’enfermer parce qu’il ou elle regarde son téléphone dehors en retournant à sa voiture… Pendant tout ce petit passage à la douane, on avait senti un léger stress chez nos deux amies guadeloupéennes alors on leur demande si tout va bien. Elles nous confieront qu’elles redoutaient le passage à la douane américaine et avaient peur des policiers américains, en grande partie à cause de leur couleur de peau. Nous ne pouvons que les comprendre même si nous savons fort bien qu’en étant blancs, nous ne connaitrons jamais de sensation similaire. Après ce petit épisode, nous nous hâtons de reprendre le volant car il nous reste encore 5h30 avant d’atteindre notre destination. La route est très belle et passe à travers les paysages montagneux du Vermont. Hormis pour la pause casse-croute en terre américaine, le trajet se fera majoritairement dans le silence et les ronflements.
New-York est bien la ville-monde surpeuplée décrite tant de fois. Déjà à l’arrivée au premier péage, la circulation se densifie grandement et l’arrivée aux abords de la métropole confirme cet état de fait : même le soir du réveillon, la ville est bondée. Alors que nous traversons la Hudson River sur le pont George Washington, nous avons notre premier aperçu des lumières de la ville avec ses immenses gratte-ciel. Nous déposons nos passagers à la station Astoria Boulevard, dans le Queens, juste à côté de notre hébergement et prenons congé pour prendre possession des lieux. Les deux petits chiens nous attendent impatiemment, tout fous derrière leur petite haie spécialement faite pour eux. On comprend vite la mécanique sociale entre eux : le mâle Reinly domine subtilement sa copine Khaleesi. Cette dernière est une chienne de refuge et on sent sa peur dès qu’on s’approche trop près, elle grogne et montre les crocs. Nous nous asseyons dans le canapé après avoir posé notre bagage et on laisse les animaux venir à nous pendant qu’on appelle nos familles pour souhaiter un joyeux Noël. Ils nous inspectent du regard, se demandant si nous sommes des êtres humains auxquels ils peuvent se fier.
Après nous avoir tournés autour quelques minutes, nous avons passé la première épreuve puisqu’ils viennent s’installer auprès de nous pour se faire caresser. Stéphane prodigue des petits massages à Khaleesi qui tremble encore un petit peu mais qui semble s’acclimater. Mais alors qu’il lui touche le ventre, elle se retourne et lui mord rapidement le nez avant de se recroqueviller à l’autre bout du canapé, penaude. C’est avec deux petites traces sur le nez de Stéphane que nous sortons promener Reinly tout seul car Khaleesi refuse de se laisser approcher. Le petit chien connait son trajet sur le bout des pattes et c’est lui qui nous guide dans le tour du pâté de maisons. Après avoir fait ses besoins et sa marche de vingt minutes, nous sentons bien la fatigue l’envahir et le retour à l’immeuble se fait sur un pas résolument plus lent. A peine de retour que nous ressortons déjà, impatients de découvrir enfin la Big Apple.

La station Astoria Boulevard se situe à quelques minutes de marche et elle ressemble en tout point à l’image clichée que l’on a des stations de métro new-yorkaises. En hauteur, soutenue par d’énormes poutrelles métalliques, elle se dresse le long de la ligne N qui relie le quartier d’Astoria à Coney Island en passant par Manhattan. Le matériel roulant est vétuste et presque indigne d’une ville aussi puissante mais la vieillesse du réseau, fondé en 1911, le rend très difficile à moderniser. Chaque métro est interminable, peut-être le double en longueur de leurs homologues parisiens. Nous sommes le 24 au soir et les rames sont évidemment presque vides.

Notre premier point de chute est le building du Rockefeller Center et son sapin de Noël iconique, mais en sortant de la station, nous sommes happés par un tumulte extraordinaire. Tout autour de nous se dressent les écrans géants de Times Square, un cauchemar pour épileptiques et écolo-conscients ou un rêve éveillé pour les enfants amateurs de lumières. Il fait nuit noire mais à cet endroit précis, le soleil n’est pas vraiment nécessaire car on se croirait en plein jour. Tous les sens sont stimulés : des vidéos publicitaires s’enchaînent à vitesse grand V, la foule élève le niveau sonore à un degré sûrement néfaste pour l’audition et les food-trucks remplissent l’air d’une odeur de hot-dogs et de bretzels. On constate l’incroyable influence du soft power américain qui amène les touristes, nous compris, à visiter des lieux idéalisés par Hollywood. Times Square est certainement le lieu avec la plus grosse concentration humaine dans tout NYC, et en cette soirée de Noel, c’est presque l’enfer sur terre. Malgré la densité d’individus, l’atmosphère est festive mais on est quand même soulagés de quitter la marée humaine.


Manque de chance, on en retrouve une devant le sapin du Rockfeller Center. On s’extirpe encore une fois pour admirer ce vieux bâtiment édifié en 1930. Quand on se tient au pied et qu’on lève la tête pour essayer d’en saisir toute la hauteur, on est presque pris de vertiges tant la structure est imposante et l’on comprend mieux pourquoi les New-Yorkais ont inventé l’expression gratte-ciel. La suite de notre chemin nous mène au marché de Noël de Bryant Park, un incontournable selon les guides, mais on réalise vite que l’esprit de Noël ne vous est accessible qu’à la largeur de votre portefeuille. Les petites échoppes font fausses et les tarifs sont exorbitants mais ce n’est que logique en considérant l’emplacement privilégié à deux pas de l’Empire State Building. Les prix ne sont pas moins élevés dans la gigantesque brasserie où nous nous arrêtons non loin mais la faim et la fatigue nous rattrapent. Il est déjà 22h30 quand nous ressortons et après une remontée de la 7ème avenue et un détour par la tristement celèbre Trump Tower, nous reprenons la ligne N à l’une des stations de Central Park pour rentrer dans le Queens. Le métro est toujours aussi vide, il n’est pas loin de minuit et c’est dans ce calme inhabituel que nous rentrons à l’appartement.


A peine sortis de l’ascenseur, les petits chiens se mettent déjà à aboyer et ils nous sautent dessus dès que l’on franchit le seuil. On s’assure qu’ils aient assez à manger et à boire pour la nuit et on s’endort du sommeil du juste.