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Une sœur derrière la porte

L'hiver à Montréal15 mars 20204 min de lecture
Une sœur derrière la porte
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12 mars

Depuis plus d’un mois, Stéphane prépare en secret une grande surprise pour Cassandre : l’arrivée de sa sœur et de son beau-frère. Ce soir, il lui a raconté qu’il faisait des heures supplémentaires. En réalité, à la sortie du travail, il récupère une voiture louée à un particulier et file à l’aéroport, juste à temps pour voir apparaître Val et Nico. Ils ont prévu le froid canadien et portent de bons manteaux ; ils grimpent dans l’auto et l’on révise le plan. Stéphane rentrera le premier, ils attendront deux minutes, puis frapperont à la porte. Deux coups puissants résonnent contre le bois. Cass se lève d’un pas décidé, persuadée que c’est le voisin qui vient se plaindre de la musique.

Comme Cassandre se sert souvent du téléphone de Stéph, plus récent que le sien, il n’est pas tout à fait sûr qu’elle n’ait pas éventé la surprise : un message de Val, une réservation de voiture dans l’application… Mais quand elle ouvre la porte, son visage incrédule lui donne la réponse. Pari gagné. Cass est si saisie qu’elle doit s’appuyer contre le mur. Elle expliquera plus tard que son cerveau a mis un moment à admettre que c’était bien sa sœur, qui vit à Leuville-sur-Orge, qui venait de frapper à sa porte dans le quartier d’Hochelaga, à Montréal, Canada. Les retrouvailles sont chaleureuses, et nous dînons tous les quatre dans la joie.

14 mars

Puisque nous avons de la compagnie et la voiture pour tout le week-end, nous partons découvrir les environs de l’île de Montréal. À un peu plus d’une heure de route, le parc national de la Yamaska ouvre ses chemins aux randonneurs et aux curieux. Créé autour du réservoir Choinière, un lac artificiel aménagé en 1977 pour alimenter la ville de Granby en contrebas, il abrite quelque trois cents espèces de poissons, d’oiseaux et de mammifères. En ce samedi de mars, les pistes sont encore enneigées, et hormis quelques écureuils, rien ne trouble la quiétude des lieux. Fidèles à leur réputation, les sentiers sont très mal balisés : nous finissons par nous perdre dans un sous-bois où la glace molle de fin d’hiver craque sous nos pas. Plus prudent de rebrousser chemin. De retour sur la route principale, nous retrouvons le bon tracé, pas du tout là où les panneaux conseillaient de tourner. Qu’importe : on passe un excellent moment à profiter des derniers restes de neige.

Le réservoir Choinière, encore gelé
Le réservoir Choinière, encore gelé.

Val et Nico sont curieux de voir à quoi ressemble une station de ski québécoise. Bromont n’est qu’à une vingtaine de kilomètres : nous y faisons un saut. La montagne n’est pas bien haute, mais elle est « bien pentue », comme le répète Val une bonne dizaine de fois, et la foule est au rendez-vous. Il fait beau ce samedi 14 mars, pas chaud mais assez doux pour s’asseoir sur un banc et regarder les skieurs dévaler les trois pistes qui nous font face. Un beau contraste avec la veille, où une pluie battante n’a cessé qu’à 14 heures, gâchant la première journée de nos invités.

Pour rattraper le coup, nous faisons halte au mont Royal sur le chemin du retour, afin qu’ils profitent de la vue sur Montréal sous un ciel parfaitement dégagé. Le parc est bondé, et le contraste est déjà saisissant avec les images qui nous arrivent de France, où le Covid-19 a commencé à bouleverser la vie réelle. Ici, la menace reste lointaine et floue, mais nous la sentons se rapprocher de jour en jour.

Depuis le belvédère Kondiaronk, le panorama est complètement dégagé, et nous admirons une fois de plus cette ville toute en longueur, aux lignes nettes.

Au belvédère Kondiaronk, avec Val et Nico
Au belvédère Kondiaronk, avec Val et Nico.

15 mars

La menace se rapproche et nous ôte l’envie de trop nous éloigner de la ville. Il reste heureusement de quoi voir dans les environs, à commencer par le mont Saint-Hilaire. Nous y avions passé notre toute première nuit au Québec avant de filer vers le nord, sans prendre le temps d’explorer le parc qui ceinture la petite montagne.

À 11 heures, les parkings débordent : nous ne sommes pas les seuls à avoir eu l’idée. Nous nous garons un peu loin du départ, rien de grave pour des marcheurs invétérés, et le premier sentier attaque d’emblée par un bon dénivelé. Géré par l’université McGill, le parc offre vingt-cinq kilomètres de chemins répartis sur sept sentiers ; nous en enchaînons trois, pour quatorze kilomètres aller-retour. Le premier nous hisse sur la Burned Hill, d’où l’on découvre le plateau alentour. Depuis le Pain de Sucre, l’évidence saute aux yeux : cette partie du Québec est d’une platitude extrême. Pas un relief pour accrocher le regard, sinon, au loin, les immeubles qui dessinent l’horizon de Montréal. On distingue même le Stade olympique et sa tour penchée, qui nous rappellent où se trouve notre maison. Le sentier Dieppe, abrupt lui aussi, ouvre la vue vers le nord : nous suivons des yeux le Saint-Laurent qui serpente jusqu’à Québec, où Nico et Val doivent se rendre dès le lendemain.

Après ces heures de marche dans la neige, un détour par un centre commercial nous apprend la nouvelle : dès demain, tous les commerces devront fermer. Elle nous surprend, car le Covid-19 n’est presque pas arrivé dans la région, avec un seul cas recensé, mais les autorités préfèrent anticiper. Nous voilà au même régime que la France. De retour au bercail, nous aidons nos invités à préparer leur road-trip de la semaine à travers le Québec.

20 mars