← Récit précédentNoël à New York, en gardiens de chiens25 décembre
C’est officiellement Noël et c’est la deuxième fois que nous le passons loin de la France et de nos familles. La première fois était un peu déprimante à Adélaïde en Australie en 2017 et pour contrer cette morosité, nous avons décidé d’un programme chargé aussi bien en visites qu’en restaurants. Après avoir promené nos petits chiens et s’être assuré qu’ils soient heureux, nous partons pour la High Line. Dans le quartier de Chelsea, un petit groupe de gens a monté une association en 1999 pour qu’une ancienne voie de tramway inutilisée soit transformée en espace vert et après un long lobbying auprès du maire Michael Bloomberg, la première partie du parc a fini par ouvrir en 2009. Agrandie depuis en une longue bande de 2.33 kilomètres de long, elle est une petite oasis de verdure dans un océan de béton. En la traversant, on ne peut qu’être ébloui par le génie humain et sa capacité à produire des bâtiments d’une originalité époustouflante. Ce pari est un succès immense puisque cinq millions de promeneurs viennent observer la ville depuis cette plate-forme. Mais malheureusement comme souvent, cette hausse d’intérêt a entrainé une gentrification galopante du quartier et en a chassé les couches les plus populaires ainsi que de nombreux commerces.



Le Chelsea Market lui se tient toujours là, après avoir vécu mille vies. Il a d’abord abrité l’usine de biscuits à l’origine du fameux Oréo, et est aujourd’hui la maison du géant Google à New-York, qui possède d’ailleurs tout l’immeuble. Mais nous sommes le 25 décembre et, New York ou pas, c’est ici aussi un jour férié. Il nous est donc impossible d’accéder à l’intérieur de l’édifice. Tant pis, on ne mangera pas le meilleur sandwich au homard de la ville. On se dirige alors vers l’un des meilleurs bagels de la métropole. Murray’s Bagels se tient au coin de la 6ème avenue et de la 36ème rue et est clairement victime de son succès. L’échoppe est pleine de clients et le staff (à 100% hispanique) est visiblement débordé. L’expression la plus pure du capitalisme où les petites mains n’ont pas de répit, même le jour de Noël. Les clients sont visiblement excédés par l’attente et nous ressortons presque 40 minutes plus tard. Nous qui voulions un casse-croute rapide, c’est raté. On mange notre bagel tout en marchant jusqu’au Washington Square Park, parc emblématique du quartier de Greenwich Village. Il est bordé au sud par les bâtiments de l’Université de New York, ce qui lui vaut d’être fréquenté par une population un peu marginale, intellectuelle et non conformiste. Dans les années 1980, c’était également un lieu réputé pour son trafic de drogues. Après un tour du côté d’Union Square Park et de l’East Village, ancien coupe-gorge devenu quartier bohème principalement habité par des artistes et des étudiants, nous nous rendons plus au sud de Manhattan.

Ici se dresse le lieu le plus fameux de l’histoire du 21ème siècle. Ground Zero embrasse le quartier d’un étrange silence. Le mémorial aux morts nommé Reflecting Absence surprend par la force de son symbole. Il consiste en la construction d'une forêt d'arbres autour de deux étendues d'eau carrées avec deux grands trous en leur centre, à l'endroit précis où se tenaient les deux tours. Des chutes d’eau s’y jettent en continu, symbolisant le temps qui passe et le souvenir qui s’efface avec le temps. En un jour ensoleillé comme aujourd’hui, la lumière illumine le bassin et les bâtiments alentours se reflètent dans l’eau, marquant encore plus l’absence des Tours Jumelles. Les noms des plus de 3 000 personnes qui ont été tuées dans les attentats du 11 septembre 2001 et de février 1993 au World Trade Center sont inscrits sur la rambarde qui ceinture le monument. Parfois un bouquet de fleurs est adossé à l’un d’eux, le staff du mémorial marquant les anniversaires ainsi. Dix-sept ans après les attentats, le quartier comprend cinq nouveaux gratte-ciels, dont la nouvelle plus haute tour des Etats-Unis, le One World Trade Center, culminant à 541 mètres.

La ligne de ferry qui relie le terminal de Battery Park à Staten Island est la ligne la plus empruntée des USA et du monde. Elle transporte 21 millions de passagers par année et, aujourd’hui ne dérogeant pas à la règle, il y a énormément de monde. Cette ligne doit son succès à son parcours, qui passe près de la statue de la Liberté, et à sa gratuité. C’est assez rare pour être reconnu : la ville de New-York n’utilise pas la moindre opportunité pour soutirer de l’argent aux touristes et c’est salutaire pour nous qui n’avons pas un budget énorme. Nous sommes surpris de la proximité avec laquelle nous frôlons le monument offert par la France pour le centenaire de la déclaration d’indépendance américaine. Assez malins, les autorités qui gèrent la ligne vous obligent à sortir du bateau une fois sur Staten Island et à refaire la queue pour éviter que les habitants de l’île se servant de la connexion pour des raisons autres que touristiques ne se fassent flouer. Sur le chemin du retour, le bateau ne passe pas aussi près mais la vue vaut tout de même son pesant d’or. Après de savants calculs, nous réussissons à nous placer parfaitement pour voir la statue mais aussi la Skyline de Manhattan qui tient toutes ses promesses. De loin, elle semble posée sur une bande de terre comme dans les jeux de constructions enfantins. Il y a une simplicité à l’architecture et une sensation de calme, compréhensible seulement avec le recul qui est le nôtre. A distance, on ne voit pas les fourmis, uniquement la fourmilière, et nous replongeons tête baissée dedans pour récupérer le métro.


Nous avions prévu de monter au sommet du Rockefeller Center pour admirer la skyline au coucher de soleil mais tout ce petit périple nous aura pris plus de temps que prévu et le soleil est déjà bien bas quand nous ressortons du métro dans le centre de Manhattan. Puisque toutes les routes mènent à Rome, nous ressortons une fois de plus au pire endroit sur terre en cette période de Noël : Times Square. Il se trouve que c’est ici que se tient le Junior’s Restaurant and Bakery, l’un des meilleurs restaurants de cheesecake de la ville. Puisque Cassandre en est fan et que l’heure du goûter pointe son nez, on décide d’en faire l’expérience. Il est 17h30 et vous l’aurez deviné… le restaurant est plein à craquer ! Il n’y a pas loin de cinquante personnes debout attendant d’être installées et on ne va certainement pas patienter une heure pour un cheesecake, meilleur de la ville ou pas. Par chance, à la porte d’à côté, il y a un comptoir pour les ventes à emporter et il n’y a quasiment personne. Les cheesecakes sont tous plus alléchants les uns que les autres. Le prix, lui, l’est moins. Il vous en coûtera pas moins de dix dollars pour une part (précisons tout de même qu’une part de gâteau en Amérique = un quart de gâteau en France). Le verdict de Cassandre est sans appel : c’est succulent et de loin le meilleur ! Après cette rapide pause gastronomique, on se hâte de rentrer à l’appartement pour aller promener nos deux petits chiens.
La fatigue nous happe à peine de retour. Mais, aujourd’hui, après tout c’est Noël, et nous avons quand même envie de marquer le coup donc nous ressortons. Nous avions prévu d’aller au Comedy Cellar, une salle de spectacles spécialisée dans les shows comiques dits « stand-up », mais la queue à l’entrée nous refroidit tout de suite. On se promène donc dans le quartier de Greenwich Village à la recherche d’un restaurant assez sympathique pour un soir aussi spécial et assez abordable pour notre bourse. Nous trouvons notre bonheur à la Picola Cucina dans Soho, un petit restaurant italien avec un staff adorable et des repas à tomber par terre. Tous les clients parlent la langue de Dante et nous nous sentons le temps d’un diner de retour en Italie, tant dans l’ambiance que dans l’expérience gustative. Ce repas clôt une journée de Noël haute en couleurs et en souvenirs.