← Récit précédentDe Santa Fe de Antioquia à JericóNous arrivions à Jardín en fin d'après-midi, un peu décoiffés par la chiva, à l'heure où la grande place s'anime. Sur les pavés, des dizaines de chaises et de tables en bois peintes de toutes les couleurs sont disposées devant les cafés, et les habitants y boivent un tinto, le petit café noir colombien, en regardant passer le monde. Les hommes portent le chapeau et le poncho sur l'épaule, les chevaux attendent sagement au bord de la place, et l'on a l'impression que la scène se répète à l'identique depuis un siècle. Autour, les maisons rivalisent de couleurs : balcons bleus, portes jaunes, encadrements rouges, des pots de fleurs à chaque fenêtre.


À Jardín aussi, nous logions dans un Airbnb. Pour notre dernière étape, nous n'avions pas de programme particulier, et c'était très bien ainsi. Nous passions nos journées à nous promener dans le village et à nous mêler un peu à ses habitants, au comptoir des cafés, au marché ou sur les bancs de la place. C'était au fond la meilleure façon de finir ce voyage, fidèles à ce que nous cherchions depuis le début : non pas voir le plus de choses possible, mais vivre un peu comme ceux qui vivent là.

La basilique et les montagnes
Au-dessus de la place se dresse la basilique de l'Immaculée-Conception, une église néo-gothique de pierre grise qui paraît bien trop grande pour un village de montagne. Il a fallu des décennies aux habitants pour la construire, pierre après pierre, et ils en sont légitimement fiers. Le soir, à l'intérieur, la voûte peinte de bleu et d'or s'illumine au-dessus d'un autel tout blanc.

Autour du village, les collines sont couvertes de caféiers et de bananiers, et les nuages s'accrochent aux sommets en fin de journée. Pour traverser le ravin qui domine Jardín, une petite cabine jaune et verte glisse le long d'un câble, la garrucha, comme une boîte à chaussures suspendue au-dessus du vide. Après le Metrocable de Medellín, c'était la version artisanale, et sans doute la plus pittoresque, des transports par câble colombiens.



La ferme de café
11 mai
Le 11 mai, nous visitions une ferme de café. La boucle était bouclée : après le cacao de Minca et la finca de Jericó, nous allions enfin tout comprendre. Sous un petit abri, au milieu des plants, nos hôtes nous expliquaient comment est fait le café, de la cerise rouge cueillie à la main sur ces pentes impossibles jusqu'au grain séché et torréfié. Ils parlaient de leur métier avec une passion communicative, et l'on mesurait tout le travail caché derrière la tasse qu'on avale distraitement chaque matin. C'était très bien. Ironie de l'histoire, la Colombie exporte presque tout son meilleur café, et les Colombiens boivent souvent un tinto bien plus modeste que celui que nous achetons en Europe.
Le retour
Toutes les bonnes choses ont une fin, et celle-ci arrivait à grands pas. Pour rentrer, nous prenions d'abord un premier avion de Medellín à Bogotá : par la route, le trajet aurait été beaucoup, beaucoup trop long, et nous avions eu notre compte de bus climatisés à l'extrême. Le 14 mai au soir, notre avion décollait. Par le hublot, le soleil se couchait et l'aile s'embrasait d'orange.

Deux mois et demi après notre arrivée de nuit à La Nouvelle-Orléans, le voyage se terminait. Nous étions arrivés en Colombie avec une tête pleine de clichés, de cartels, de Narcos et de danger. Nous en repartions avec des visages : la directrice de Palomino et son mari boulanger, les enfants de la maternelle, les guides de Medellín, le chien de Jericó. La Colombie n'a pas cherché à nous plaire, elle s'est simplement montrée telle qu'elle est, bruyante, généreuse, compliquée et attachante. C'est peut-être pour ça qu'elle nous a autant plu.