← Récit précédentGuadalupe et les bassins rouges de Las Gachas25 mars
San Gil se définit elle-même comme la capitale colombienne des sports d'aventure, et elle ne laisse personne l'ignorer. Rafting sur le río Fonce et le río Suárez, parapente au-dessus du canyon du Chicamocha, spéléologie, saut à l'élastique : tout se réserve depuis les agences qui bordent la place, où des rabatteurs vous tendent des prospectus dès que vous avez l'air d'avoir un sac à dos. C'est un peu le paradoxe de ces villes devenues des étapes incontournables du circuit des voyageurs : on y vient pour l'aventure, et on y trouve surtout une industrie bien rodée.


La ville elle-même est plus modeste qu'on l'imagine, un enchevêtrement de toits de tuiles et de rues en pente où les mototaxis se faufilent à toute vitesse, sous le grand « Yo ♥ San Gil » où tout le monde se fait photographier. Nous n'y avons pas échappé. Une fois les touristes rentrés dans leurs auberges, San Gil redevient une petite ville du Santander comme une autre, avec ses épiceries, ses marchands de jus de fruits et ses vieux messieurs assis sur la place.
En fin d'après-midi, depuis un banc posé au bord du vide, nous regardions les nuages s'accrocher aux montagnes qui entourent la vallée. Il y a dans le Santander une lumière particulière en fin de journée, dorée et un peu poussiéreuse, qui donne envie de ne plus bouger. C'est ce que nous faisions, longtemps, sans rien dire.

Barichara, le plus beau village de Colombie
26 mars
Le lendemain, un petit bus nous montait à Barichara, qu'on surnomme volontiers le plus beau village du pays. Ce genre de titre nous rend généralement méfiants, mais on comprend très vite pourquoi en y entrant : des rues entièrement pavées de grandes dalles de grès, des maisons blanches aux portes et fenêtres peintes de vert, de bleu ou de rouge, des toits de tuiles et des cactus qui débordent des murets. Le temps semble s'y être arrêté au XVIIIe siècle, et plusieurs films et telenovelas y ont d'ailleurs été tournés.

Ici, tout est construit avec la pierre et la terre du coin, et les artisans perpétuent la technique du tapia pisada, ces murs de terre compactée qui gardent la fraîcheur malgré la chaleur. On se promenait sans plan, au hasard des ruelles, en essayant de deviner la couleur de la prochaine porte. Le village est si calme qu'on entend ses propres pas résonner sur les dalles.

Depuis Barichara part le Camino Real, un ancien chemin indigène pavé au XIXe siècle par l'ingénieur allemand Geo von Lengerke, qui descend en deux heures environ jusqu'au hameau de Guane. Ce Lengerke est un personnage de roman : arrivé en Colombie après, dit-on, un duel malheureux en Allemagne, il a passé sa vie à tracer des routes dans ces montagnes pour faire circuler le tabac et le quinquina.
Vers le nord
Le 28 mars, nous reprenions la route en direction de Bucaramanga, la grande ville du Santander, première étape vers la côte caraïbe. Nous allions quitter les montagnes, les ponchos et les matins frais pour la chaleur moite du littoral. Nous n'y retrouverions la mer qu'au début du mois d'avril, à Palomino.
