← Récit précédentMinca, au-dessus des nuages22 avril
C'est encore en bus que nous rejoignions Cartagena, un lundi soir. Cartagena de Indias, la perle des Caraïbes, la ville que tout le monde nous avait décrite comme le joyau de la Colombie. Les attentes étaient hautes. Le premier souvenir que nous en gardons est celui d'une terrasse, de deux bières bien fraîches et de murs peints de toutes les couleurs. Après l'épopée de Pâques et des bus introuvables, c'était un début très honorable.

Nous logions un peu en dehors de la ville, et ce trajet quotidien nous a montré l'envers du décor. En quelques minutes, on passait de la richesse du centre historique, de ses boutiques de luxe et de ses hôtels installés dans d'anciens couvents, à des abords délabrés, franchement miteux, où vit une bonne partie des habitants. Rarement nous avions vu un tel fossé sur une si courte distance. Les touristes qui ne quittent pas l'enceinte des remparts ne voient sans doute jamais cette autre ville.
Getsémaní et la vieille ville
Le lendemain matin, nous partions à pied dans Getsémaní, l'ancien quartier populaire qui s'étend au pied des remparts. Longtemps mal famé, il est devenu en quelques années le quartier à la mode, avec ce que cela implique de bars branchés et de loyers qui grimpent. Ses ruelles sont couvertes de fresques, de fanions et de parapluies suspendus au-dessus des pavés, et les bougainvilliers débordent des balcons.


Puis nous franchissions la porte de la Tour de l'Horloge pour entrer dans la ville fortifiée. Juste derrière, la Plaza de los Coches, avec ses arcades et ses vendeurs de sucreries, était autrefois le marché aux esclaves de la ville, l'un des plus importants des Amériques. Encore une fois, cette histoire nous rattrapait, quelques semaines après les plantations de Louisiane. Le reste n'est qu'une succession de maisons coloniales jaunes, orange ou bleues, de balcons de bois chargés de fleurs et de places ombragées, que l'Unesco a classées au patrimoine mondial en 1984.

Pour être honnêtes, Cartagena n'a pas été notre coup de cœur. Tout y est beau, mais d'une beauté de carton-pâte, comme un décor dressé pour les visiteurs, et d'abord pour les Américains qui débarquent des bateaux de croisière. Les prix sont ceux de Miami, les serveurs parlent anglais et les vendeurs de chapeaux vous poursuivent sur cent mètres. Après des semaines dans la Colombie des villages, des bus et des marchands de rue, la ville nous semblait trop différente du reste du pays pour que nous nous y sentions vraiment bien. C'est un peu le problème des lieux trop célèbres : à force de se montrer, ils finissent par oublier d'être.

Les couchers de soleil sur les murailles
Cartagena est entourée de près de onze kilomètres de remparts, construits du XVIe au XVIIIe siècle après le passage des pirates, dont Francis Drake qui avait pillé la ville en 1586. Le soir, tout le monde y monte pour regarder le soleil tomber dans la mer des Caraïbes. Nous y montions nous aussi, pour voir le ciel passer du rose au violet au-dessus de la mer. Il faut bien le reconnaître : à cette heure-là, Cartagena nous réconciliait un peu avec elle.


Rincón del Mar, loin de tout
26 avril
Pour les derniers jours sur la côte, nous filions vers le sud, jusqu'à Rincón del Mar. Ce tout petit village de pêcheurs du golfe de Morrosquillo se mérite : un bus jusqu'à la route principale, puis un taxi-jeep sur une piste jusqu'au bord de l'eau. Quelques hôtels posés sur le sable, des barques de pêcheurs tirées sur la plage, des palmiers, et surtout pas de réseau. Après le décor de Cartagena, c'était exactement ce dont nous avions besoin. C'était extrêmement reposant, et chaque soir le soleil se couchait dans la mer, juste devant nous.

Une chose encore, valable ici comme dans tout le pays : les Colombiens adorent le bruit. La musique est partout, tout le temps et toujours à fond, dans les bus, les boutiques, les maisons, jusque sur la plage du plus petit village. Vallenato, reggaeton, champeta, peu importe le style pourvu que les enceintes saturent. Même au bout d'une piste perdue, sans réseau ni presque rien, il se trouve toujours quelqu'un pour sortir une enceinte géante. Nous avions fini par nous y faire, et presque par trouver ça charmant.
