← Récit précédentGuatapé et le rocher d'El PeñolPendant longtemps, le nom de Medellín a surtout évoqué Pablo Escobar et des statistiques de violence parmi les pires du monde. Au début des années 1990, c'était officiellement la ville la plus dangereuse de la planète. On pouvait donc s'attendre à tout en y arrivant, sauf peut-être à ce que nous avons trouvé : une métropole moderne nichée au fond d'une vallée, au climat si doux qu'on la surnomme la ville de l'éternel printemps, et dont les quartiers populaires escaladent les pentes jusqu'aux crêtes.

Nous logions à Laureles, un quartier résidentiel et arboré, loin de l'agitation du centre et des quartiers festifs où se concentrent les voyageurs. Notre première impression fut celle d'une ville relativement moderne et bien fichue. Le métro, surtout, nous épatait : très propre, très agréable, sans un graffiti ni un papier par terre. Les habitants en sont très fiers et le traitent avec un respect qu'on aimerait voir plus souvent dans le métro parisien. Après les embouteillages de Bogotá, le contraste était saisissant. La ville, en revanche, est tentaculaire : elle s'étire très, très loin le long de sa vallée et grimpe sur tous les versants, si bien que l'on met longtemps à en voir le bout.
La Comuna 13
1er mai
Le jour de la fête du Travail, nous prenions le métro, le seul de Colombie, pour rejoindre la Comuna 13. Ce quartier accroché à la montagne a longtemps été l'un des plus dangereux de la ville, tenu tour à tour par les guérillas, les paramilitaires et les gangs, jusqu'à une opération militaire sanglante en 2002 dont les habitants portent encore les cicatrices. Puis, en 2011, une série d'escalators en plein air est venue le relier au reste de Medellín. Ce qui ressemble à un gadget a changé la vie de milliers de gens, qui devaient jusque-là grimper l'équivalent de vingt-huit étages pour rentrer chez eux.
Nous suivions une visite guidée, qui nous racontait l'histoire du quartier et, à travers lui, celle de toute la ville. Aujourd'hui, ses ruelles en escalier sont couvertes de graffitis immenses qui racontent ses morts et sa renaissance, et ce sont les jeunes du quartier qui font visiter leurs rues. Comme à Bogotá, le street-art n'est pas ici une simple décoration : c'est une façon de réécrire sa propre histoire, de ne plus laisser les autres la raconter à sa place.


Le Metrocable et le jardin botanique
3 mai
Deux jours plus tard, c'était au tour du Metrocable, ces télécabines intégrées au réseau de transport qui desservent depuis 2004 les quartiers perchés du nord. Depuis la cabine, on survolait les toits de tôle et de briques de Santo Domingo, les terrains de foot et le linge aux fenêtres, avant que la ville entière ne se déploie en contrebas. Le Metrocable nous a beaucoup impressionnés. C'est un moyen de transport si pratique, si simple et si peu cher, qu'on se demande pourquoi il n'y en a pas davantage un peu partout. Nos villes de montagne françaises auraient sans doute quelques leçons à prendre.

L'après-midi, au jardin botanique, des iguanes de plus d'un mètre se prélassaient dans l'herbe sans se soucier des promeneurs, comme des petits dinosaures en vacances.


La colline de déchets devenue forêt
Nous suivions aussi une autre visite guidée, sur une colline pas comme les autres : une ancienne montagne de déchets, transformée en forêt. Pendant des années, la ville y a déversé ses ordures, et des milliers de familles, souvent déplacées par le conflit, avaient fini par construire leurs maisons à même les déchets. Les habitants ont depuis été relogés et la montagne d'ordures s'est couverte d'arbres et de jardins. Une visite très intéressante, qui résumait assez bien ce que Medellín nous avait montré pendant ces quelques jours : une ville qui a décidé de ne pas rester ce qu'on disait d'elle.
