← Récit précédentDeux semaines à Palomino, entre l'école et la rivièreQuitter Palomino nous laissait un petit pincement au cœur. Deux semaines, c'est court, mais c'est assez pour s'attacher à des visages, à des habitudes, au bruit du pain qu'on pétrit à cinq heures du matin. Il fallait pourtant reprendre la route, et la route, cette fois, n'allait pas se laisser faire.
Nous avions très mal anticipé la Semaine sainte. En Colombie, Pâques n'est pas un simple week-end prolongé : c'est une migration nationale. Toutes les familles du pays semblent prendre la route en même temps, direction la côte, la montagne ou la famille, et les bus sont pris d'assaut des jours à l'avance. Il ne restait plus une seule place entre Palomino, Santa Marta et Minca. Nous avions dû improviser une nuit d'hôtel, dans un établissement franchement miteux dont nous préférons ne pas décrire les draps, avant de pouvoir enfin monter dans la Sierra. Le voyage, ce n'est pas toujours les cartes postales.
18 avril
Il suffit d'une heure de route depuis Santa Marta pour quitter la chaleur écrasante de la côte. La piste grimpe en lacets dans la Sierra Nevada, une cascade dévale le long du talus, et l'on arrive à Minca, un village d'un peu plus de six cents mètres d'altitude perdu dans une jungle d'un vert profond. L'air y est plus frais, les soirées plus douces, et l'on respire enfin après des semaines de moiteur.

Le pays du café et des colibris
Les collines autour de Minca sont couvertes de fermes de café et de cacao, dont certaines datent du XIXe siècle et font encore tourner leurs machines à la force de l'eau. La forêt est aussi l'un des meilleurs endroits du pays pour observer les oiseaux : toucans, perroquets et surtout colibris, que nous filmions au ralenti, ailes battantes, suspendus devant les fleurs comme de minuscules hélicoptères. On pourrait passer des heures à les regarder, et c'est d'ailleurs ce que nous faisions.

Nous visitions deux de ces fermes, l'une de café, l'autre de cacao. On ne regarde plus jamais une tablette de chocolat de la même façon après avoir vu le chemin parcouru depuis la cabosse : la fermentation, le séchage, la torréfaction, le broyage, tout un savoir-faire pour un produit qu'on avale en deux minutes. Et si l'on en croit nos photos, la dégustation s'est terminée avec du chocolat plein la figure. Nous en avions la tête qui tournait.
Des couchers de soleil à n'en plus finir
Chaque fin de journée offrait le même spectacle : depuis les hauteurs, le soleil s'enfonçait derrière les crêtes en embrasant le ciel de rouge et d'orange, et la vallée disparaissait dans l'ombre. On finit par s'habituer à beaucoup de choses en voyage, mais jamais vraiment à ça.


21 avril
Le dimanche de Pâques, nous nous levions avant l'aube pour voir la Sierra se réveiller. Le réveil était très, très dur, et il fallait encore grimper jusqu'en haut, chacun sur une moto, dans le noir et le froid, sur une piste défoncée où l'on se cramponnait à chaque ornière. Mais le spectacle en valait la peine. À 5 h 40, une mer de nuages recouvrait toute la plaine en contrebas, et les nuages débordaient des crêtes comme une cascade au ralenti. Nous restions là, emmitouflés, à regarder le jour se lever sur ce paysage de coton, en oubliant complètement la nuit trop courte.
