← Récit précédentVoyager autour de Bogotá : Transports et Solidarité20 mars
Après une semaine dans le tumulte de Bogotá, ses embouteillages et ses TransMilenio bondés, nous avions besoin d'air. Nous prenions un bus direct pour Villa de Leyva, sur les hauts plateaux de Boyacá. Le terminal de bus de Bogotá ressemble à un aéroport miniature, avec ses dizaines de compagnies qui crient leurs destinations au guichet, et il faut un peu de sang-froid pour ne pas monter dans le mauvais véhicule. En deux ou trois heures de route, le paysage s'ouvrait peu à peu : moins de béton, plus de collines, des vaches au bord de la route et des montagnes pelées couleur d'ocre à l'horizon. Nous posions nos sacs dans un petit hôtel et ressortions aussitôt, impatients de découvrir cette ville dont tout le monde nous avait parlé.
Une place immense
Villa de Leyva a été fondée en 1572 et n'a presque pas changé depuis. Classée monument national dans les années cinquante, elle a échappé à la modernité qui a défiguré tant d'autres villes coloniales. Sa Plaza Mayor est l'une des plus grandes de Colombie : une étendue de gros pavés inégaux, sans un arbre, bordée de maisons blanches aux balcons de bois et dominée par une église toute simple. Les montagnes bouchent l'horizon derrière les toits de tuiles, et sous les nuages lourds l'ensemble prend un air de décor de cinéma. On a presque l'impression qu'un cavalier espagnol va surgir au coin de la rue. Dans les ruelles voisines, des guirlandes de fanions jaunes, bleus et rouges, les couleurs du drapeau, flottaient au-dessus des pavés.


Le premier matin, nous montions jusqu'au mirador qui surplombe la ville, où une grande statue blanche du Christ tend le bras vers la vallée. La montée est courte mais à plus de deux mille mètres d'altitude, le souffle se fait vite court. D'en haut, Villa de Leyva n'est plus qu'un damier de toits orange perdu dans une plaine à la fois verte et sèche. On comprenait mieux pourquoi les Colombiens de la capitale viennent s'y réfugier le week-end.


Une chose nous frappait ici comme dans toute la Colombie : le nombre de chiens. Dans les villes comme dans les villages, ils sont partout, errants pour beaucoup, et font partie du paysage des rues au même titre que les fanions et les pavés. Ils dorment au soleil au milieu des places, traversent sans regarder et accompagnent parfois les passants sur quelques centaines de mètres avant de trouver une meilleure occupation. Personne ne semble s'en offusquer. Ils appartiennent à tout le monde et à personne à la fois.
La vallée en VTT
C'est à vélo que nous partions ensuite explorer les environs. Les pistes de terre s'enfoncent rapidement dans un paysage presque désertique, entre cactus, clôtures de fil barbelé et collines rouges. On a du mal à croire qu'on se trouve à quelques heures seulement de la grisaille de Bogotá. Les montées sont parfois raides et les descentes caillouteuses, mais le décor fait vite oublier les cuisses qui chauffent. Au sommet d'une côte, les vélos couchés dans la poussière, Cassandre sautait de joie face à la vallée.

De l'itinéraire, nous n'avons gardé aucun souvenir précis, et aucune mésaventure n'est venue troubler la journée. Il nous reste simplement celui d'une belle journée à pédaler et à bien nous amuser. C'est peut-être ça, au fond, les meilleurs souvenirs de voyage : ceux qui ne racontent rien de spécial mais qui laissent une impression de légèreté.
La maison d'argile et la maison de Nariño
Nous passions aussi par la Casa Terracota, une maison entièrement faite d'argile cuite, imaginée par l'architecte Octavio Mendoza et souvent présentée comme la plus grande pièce de poterie du monde. Ses murs orange aux formes arrondies semblent pousser du sol comme une termitière géante, et l'on se croirait un peu dans la maison d'un hobbit qui aurait décidé de voir les choses en grand. Tout y est en terre cuite, jusqu'aux lavabos et aux lampes.

Retour en ville ensuite, à la maison-musée d'Antonio Nariño. Ce précurseur de l'indépendance colombienne avait traduit en espagnol la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, ce qui lui valut des années de prison, avant de mourir ici en 1823. Une fois de plus, la France s'invitait là où on ne l'attendait pas, et nous étions un peu fiers de savoir que ces quelques lignes écrites à Paris avaient fait autant de chemin.

