← Récit précédentMedellín, la ville qui a appris à monter7 mai
Il nous restait une semaine en Colombie, et nous avions envie de la passer loin des grandes villes, dans ces villages d'Antioquia dont les Paisas parlent avec des étoiles dans les yeux. En quittant Medellín vers l'ouest, la route plonge dans la vallée du río Cauca et la température grimpe de dix degrés en une heure. On passe de l'éternel printemps à l'été tropical sans transition.
Santa Fe de Antioquia, fondée en 1541, a été la capitale de la province jusqu'en 1826, avant que Medellín ne lui ravisse ce rôle. Elle ne s'en est jamais vraiment remise, et c'est tant mieux pour le visiteur : faute de développement, elle a gardé un centre colonial intact. Rues pavées, maisons blanches aux grandes portes de bois cloûtées, bougainvilliers qui débordent des murs, et cette torpeur de début d'après-midi où seuls les chiens osent encore traverser la place en plein soleil.

Jericó, le village des montagnes
Le lendemain, nous gagnions Jericó, perché à deux mille mètres d'altitude au milieu des plantations de café. La route pour y monter est longue et sinueuse, ce qui explique sans doute pourquoi le village a si bien échappé au tourisme de masse. Ici, pas de rabatteurs ni de boutiques de souvenirs, mais un village paisa authentique : une grande place plantée d'arbres et de fleurs où les anciens bavardent sur les bancs, chapeau vissé sur la tête, des chevaux attachés devant les maisons, et des portes et fenêtres peintes de rouge, de jaune et de vert.

Jericó est la ville natale de Laura Montoya, la première sainte colombienne, canonisée en 2013, et l'on y fabrique encore les carrieles, ces sacoches de cuir aux multiples poches secrètes que portent les muletiers d'Antioquia. On dit qu'un vrai carriel doit contenir un peigne, un miroir, des dés, un rasoir et une mèche de cheveux de la femme aimée. Nous n'avons pas vérifié.


Nous ne passions qu'une nuit à Jericó, dans un petit hôtel très agréable, mais c'était une de ces nuits où l'on regrette déjà de devoir repartir.
9 mai
Le 9 au matin, nous montions jusqu'à la statue du Christ qui domine le village. Nous n'étions pas seuls : un chien du coin nous avait adoptés dès les premières marches et il nous a suivis tout le long de la balade, trottinant devant nous, s'arrêtant pour nous attendre, comme un guide bénévole qui aurait fait ce chemin mille fois. Au sommet, il venait s'installer contre Cassandre, au pied de la statue. D'en haut, Jericó n'est plus qu'une grille de toits rouges au creux des montagnes vertes, et l'on comprend pourquoi les habitants n'ont jamais voulu partir.


Nous prenions aussi le temps de boire un café dans une finca, au milieu des plantations, là où il pousse. Après deux mois à en boire partout, c'était un peu comme rencontrer enfin quelqu'un dont on a beaucoup entendu parler.
Sur la place, en redescendant, des chivas attendaient leurs passagers : ces vieux bus de campagne aux carrosseries peintes de toutes les couleurs, avec leurs bancs de bois ouverts sur les côtés, qui relient encore les villages aux fermes isolées. Nous montions dans l'une d'elles pour rejoindre Jardín, calés entre des sacs de café, des paysans et une cage à poules, les cheveux au vent dans les virages. Le chien, lui, nous regardait partir depuis la place.
