← Récit précédentVilla de Leyva, la ville blanche, à vélo23 mars
Guadalupe ne figure pas dans beaucoup d'itinéraires, et c'est justement ce qui nous attirait. C'est un bourg agricole du Santander, accroché à une colline au milieu des pâturages, où l'on arrive après des heures de lacets dans un bus qui s'arrête à chaque hameau pour déposer un sac de farine, une grand-mère ou un paquet de courrier. Dans ce genre de trajet, on finit par connaître tous les passagers de vue et le chauffeur salue la moitié des gens qu'il croise. Par la vitre, les façades peintes de fresques colorées annonçaient enfin le centre.
Un village où les chevaux passent devant l'église
La place centrale est une petite oasis : des palmiers royaux immenses, des massifs de fleurs taillés au cordeau, des bancs où les anciens refont le monde, et la grande église de pierre aux deux clochers, illuminée de vert et d'or à la tombée de la nuit. À l'intérieur, la nef blanche et dorée brillait sous les néons. Les Colombiens ont un rapport très décomplexé à la lumière artificielle dans leurs églises, et ce mélange de ferveur et de kitsch avait quelque chose de touchant.


Le lendemain matin, des cavaliers descendaient la rue au pas, chapeau sur la tête, comme si de rien n'était, devant une petite chapelle blanche et rouge. Ici, le cheval reste un moyen de transport comme un autre, et il n'est pas rare de voir une monture attachée devant l'épicerie pendant que son propriétaire fait ses courses. Pour nous, citadins habitués aux trottinettes et aux embouteillages, c'était un petit saut dans le temps.

Le chemin des Gachas
24 mars
La vraie raison de notre venue se trouvait à une heure de marche. Le sentier pavé de pierres claires serpente entre les pâturages vallonnés, où paissent des vaches zébus blanches et quelques veaux peu farouches qui nous regardaient passer avec une curiosité non dissimulée. Le chemin descend doucement, et l'on sait déjà qu'il faudra le remonter au retour.

Au bout, la Quebrada Las Gachas : une rivière peu profonde qui coule sur un lit de roche rouge, creusé au fil des siècles de dizaines de trous ronds. Ces bassins naturels, assez profonds pour s'y glisser jusqu'aux épaules, forment autant de jacuzzis en plein air. Le contraste entre le rouge vif de la roche, le vert des berges et l'eau claire est saisissant, presque irréel. Des familles colombiennes pique-niquaient sur la roche, les pieds dans l'eau, pendant que les enfants sautaient d'un trou à l'autre en criant. Le lieu n'était connu que des gens du coin il y a encore quelques années, et l'on sentait qu'il n'allait pas le rester longtemps.


Sur le chemin du retour, sous un soleil qui perçait enfin les nuages, la vallée s'étendait jusqu'aux montagnes bleues de l'horizon. Le soir, Guadalupe retrouvait son calme, et nous avec.
