Pour la journée des 30 ans de Cassandre, nous louons deux vélos et allons pédaler sur la superbe route bitumée de la vallée de la Bow River qui est fermée aux voitures tout l’été. Le Canada ne nous a pas donné l’habitude de penser aux cyclistes et c’est avec un plaisir non dissimulé que nous savourons cette opportunité. Nous nous arrêtons aux nombreux points de vue et profitons d’avoir du réseau pour appeler nos familles. Nous voulons d’abord les remercier pour les messages que Cass a reçu mais aussi leur montrer le fabuleux panorama qui nous est offert. Nous grimpons et descendons finalement sur 25 kilomètres avant de garer nos vélos au point d’arrivée : le pied de la marche du jour le long du Johnston Canyon. Les mots commencent à être redondants et ne traduisent plus vraiment l’immense beauté de cet espace majestueux. Nous emmagasinons des souvenirs pour des années et le soir, nous souhaitons fêter les 30 ans de Cassandre au restaurant à Banff. Manque de chance, ils ferment tous très tôt et ceux qui sont encore ouverts annoncent une longue attente, la ville étant remplie de monde en ce week-end de la mi-aout. Tant pis, nous allons au supermarché, achetons une bouteille et quelques mets à déguster et nous fêtons ça sur le patio de notre chambre d’hôte, les yeux sur les montagnes. Malgré la déception de ne pas être au restaurant, nous passons une excellente soirée légèrement enivrée et pleine de rires.




Nous avons fait une petite folie en réservant trois nuits d’hôtel mais les trente ans de Cass valaient bien ce petit luxe. Cependant, avec des chambres à minimum 150 dollars, nous ne pouvons pas nous permettre d’y passer l’intégralité de notre séjour dans les Rocheuses et nous nous apprêtons à vivre une dizaine de jours à la rude. C’est pourquoi nous traînons au lit ce matin avant de quitter l’auberge à 11 heures et, en disant au revoir à notre hôtesse, nous savons que nous quittons aussi le confort pour un bon moment. Après les deux journées assez fatigantes musculairement que nous venons de passer, nous envisageons un programme un peu plus « détente » aujourd’hui : environ trois heures de marche aller-retour jusqu’au sommet du mont Sulphur qui est à seulement cinq minutes de voiture et farniente au soleil ensuite.
Vêtus de nos tenues de marcheurs invétérés, nous attaquons 1h30 de montée avec de beaux points de vue sur la vallée pour finir sur… l’arrivée du téléphérique. Il est un peu frustrant d’arriver transpirants après un effort sur un sommet quand les télécabines y crachent des touristes en tongs toutes les cinq minutes.
Cette cime est une aberration totale car le bâtiment qui abrite les gondoles cache un énorme complexe avec restaurants et Starbucks. Les Canadiens ont une approche très capitaliste de la nature et ils n’hésitent pas à la faire fructifier quand c’est possible. Ainsi l’aller-retour jusqu’au sommet coûte 60 dollars à ceux qui ont les moyens de se le payer et la fainéantise de le gravir à pied. Tous les arbres de la crête ont été rasés pour créer un sentier construit en lattes de bois parfaitement lisses et ainsi se rendre jusqu’au sommet un peu plus loin en dix minutes. L’endroit ressemble quelque peu à Disneyland et nous ne nous sentons pas à notre place au milieu de tous ces touristes en sandales avec leur café Starbucks à la main qui se prennent en photo à tout bout de champs. Nous ne restons pas très longtemps, passablement dégoutés de ce massacre écologique, et redescendons à pied. Nous croisons quelques marcheurs mais pas beaucoup comparés à la quantité qui arrive par la gondole.
Pour nous laver, nous envisageons de nous rendre au lac mais tous les parkings sont pleins et l’administration du parc interdit formellement de se garer en bord de route. Donc, si vous voulez vous rendre à un endroit mais que le stationnement est complet, vous n’avez d’autres choix que de faire demi-tour. On repère alors une petite rivière aux eaux limpides avec une bande de terre à proximité. Nous nous garons là et descendons vers la berge à travers les hautes herbes. Le soleil tape fort et heureusement car l’eau qui coule directement du glacier un peu plus haut est à moins de dix degrés. C’est donc dans cette eau gelée qu’on se lave, non sans difficulté. L’endroit est agréable, à l’abri des regards et nous y passons quelques heures avant de retourner vers la ville. Nous réservons une table dès l’ouverture du restaurant que nous voulons essayer et cette fois-ci, on peut vraiment fêter l’anniversaire de Cassandre. Sur une jolie terrasse extérieure, nous savourons quelques plats savamment cuisinés avant de trouver un emplacement caché en ville pour y passer la nuit.



Nous ne nous pressons pas ce matin car la randonnée que nous prévoyons n’est pas prisée des touristes. A l’écart de la ville, le sentier du Healy Pass est trop difficile pour la population de citadins qui hante la ville de Banff et nous y arrivons pour 9h30. Longue de 17 kilomètres, le chemin propose un dénivelé intéressant de presque 1000 mètres. Nous nous mettons en route avec, comme d’habitude, de la musique en fond sonore pour prévenir les ours de notre présence. Les six premiers kilomètres se grimpent dans les sous-bois mais nous finissons par arriver sur des plaines montagneuses remplies de fleurs toutes plus colorées les unes que les autres. Le sentier se poursuit jusqu’à sa fin sur un col qui permet de voir l’étendue des Rocheuses et des lacs à perte de vue. On se dit que c’est l’habitat rêvé pour les marmottes et effectivement, nous en apercevons quelques-unes pendant que nous déjeunons.
Nous descendons évidemment plus rapidement et trouvons même le temps long. Il fait plus chaud que ce matin et les insectes sont sortis de leurs tanières, ce qui rend la marche moins agréable. Nous arrivons finalement au parking, surpris de voir des chèvres sauvages non loin de la voiture. La nature nous a gâtés aujourd’hui en nous offrant les classiques écureuils, les marmottes mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Sur la route de montagne qui rejoint la Transcanadienne, nous tombons nez à nez avec un ours ! Celui-ci traverse tranquillement les voies à quelques mètres seulement de notre voiture. Alors que nous marquons l’arrêt pour l’observer, il descend sur le bas-côté où il a repéré des baies sauvages et il commence à manger, le tout à moins de cinq mètres de nous. Nous le regardons émerveillés, sans faire un bruit pour ne pas l’effrayer, pendant de longues minutes. Notre expérience du Canada commence à être vraiment complète !




Nous retournons à Banff pour faire des courses, encore sous le coup de l’excitation. Nous devons faire des provisions pour quelques jours car nous ne sommes pas sûrs de retrouver des supermarchés à prix abordables. Une fois cela fait, nous repartons pour une heure de route afin d’atteindre Lake Louise. Cette petite bourgade (ou plutôt enfilade d’hôtels à touristes) possède l’un des plus beaux lacs du monde et nous comptons bien être aux premières loges dès demain matin car nous avons appris que les immenses parkings qui se trouvent à côté sont déjà plein dès 8 heures. Nous nous garons dans l’une des rares ruelles que nous trouvons et nous dormons d’un repos bien mérité.

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