Ce matin, Stéphane recevait des dizaines d’alerte de son application météo canadienne l’avertissant de l’arrivée d’une grosse tempête dans la région et conseillant de ne surtout pas sortir de chez soi. Par peur de rester coincés à cause de potentielles inondations sur les routes (fréquentes dans cette partie de l’Ontario), nous décidions de prendre la route avant l’arrivée du gros de la tempête sur Midland. Manque de chance, elle arrivait plus vite que prévu et nous nous retrouvions en plein dedans. Les nuages déversent des torrents d’eau sur la chaussée et sur le pare-brise, on ne voyait pas à 50 mètres, et Cassandre faisait très attention en avançant à allure modérée.
Nous roulions comme cela pendant 20 bonnes minutes lorsqu’une notification « attention à la foudre » nous était envoyée deux minutes après que nous ayons vu l’éclair s’écraser à moins d’un kilomètre de notre trajectoire. Nous finissions par pousser un grand ouf de soulagement quand nous sortions du déluge presque 50 kilomètres plus loin et que nous arrivions sur la ville de Collingwood. Nous avions prévu de passer la journée au bord de la plage de Wasaga, la plus longue plage d’eau douce du monde (14 kilomètres de long), mais la pluie ne s’arrêtant pas, nous étions réduits à rester dans la voiture.




Une heure plus tard, la pluie s’arrêtait enfin, nous permettant ainsi de sortir de l’habitacle et d’explorer les environs. Collingwood était une petite ville balnéaire sans véritable charme située au bord du lac Huron. Il y avait beaucoup de touristes indiens, nous ne saurions vous expliquer pourquoi. La localité ne dégageait pas d’atmosphère particulière, elle n’était pas très jolie et bénéficiait seulement de son emplacement privilégié. Un peu plus loin à seulement quinze minutes de route se trouvait la petite station de ski de Blue Mountains. On était loin des Alpes ou de la Cordillère des Andes mais la station permettait aux Ontariens de pratiquer les sports d’hiver sans trop s’éloigner des grandes villes du sud de la province, dont Toronto. Le ciel s’était maintenant bien dégagé et du haut de la station, nous pouvions profiter d’une très belle vue sur les rives du lac et les collines alentour.
Bien que toutes les parties de l’Ontario étaient dorénavant en phase 3 de réouverture et que tous les commerces et lieux publics avaient le droit de rouvrir, tout restait fermé dans les faits. Le cinéma de la ville n’avait toujours pas rouvert ses portes, la bibliothèque non plus. Dans tous les pays que nous avions traversés, nous passions les journées maussades en intérieur : parfois un musée, un film ou une séance de lecture. Mais en ce moment, il n’y avait rien à faire alors nous profitions du Wi-Fi garés sur le parking du McDonald. On pouvait critiquer le fameux fast-food autant qu’on voulait, c’était lorsqu’on voyageait beaucoup sur la route qu’on se rendait compte de son utilité et tous les voyageurs au long cours vous diront qu’ils étaient parfois salutaires. Que vous soyez en recherches de toilettes, d’un endroit où vous laver les dents ou de Wi-Fi, vous saviez d’avance que vous trouveriez tout ça dans ces antres du capitalisme, le tout sans même être jamais obligé d’y consommer.

Les employés voyaient passer tellement de monde qu’ils ne prêtaient même pas attention à votre entrée. C’était notamment pratique en période de Covid où presque tous les édifices publics donnant accès à des toilettes, prises électriques ou fontaines à eau étaient fermés. En observant les gens autour de nous, nous faisions le même constat étonnant que dans les autres pays anglo-saxons : la population qui consommait McDonald n’était pas du tout la même qu’en France. Alors que chez nous, la cible était plutôt jeune, on voyait ici énormément de personnes âgées venir s’y restaurer. Cela nous avait marqués en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux Etats-Unis et le Canada ne dérogeait pas à cette règle. Peut-être était-ce parce que McDonald y était implanté depuis bien plus longtemps ? Et que les premières générations à en avoir consommé étaient maintenant en âge d’être grands-parents ? Ou alors cela tenait à des différences culturelles profondes ? De toute évidence, ici ce n’était pas lié au niveau de vie car nous nous trouvions dans une région riche du pays. Les énormes maisons, cottages et même parfois manoirs, que nous apercevions quand nous nous baladions en attestaient.

En ces temps de Covid, on ne pouvait s’empêcher de constater une pointe d’hypocrisie dans les mesures prises par les différentes municipalités canadiennes. Les services publics étaient tous fermés mais les agents communaux eux se trouvaient bien là quand il s’agissait de faire payer les touristes… Alors que le soleil brillait aujourd’hui, nous décidions de faire marche arrière vers Wasaga Beach, la plus longue plage d’eau douce du monde que nous évoquions hier. Nous repérions un sentier qui longait la plage et nous envisagions d’y courir pour profiter du paysage. Mais nous étions cueillis par deux mauvaises surprises en arrivant au parking : 1) il était payant, 2) il coûtait dix-huit dollars la journée ! Donc récapitulons : tous les lieux publics et accessibles gratuitement étaient fermés mais la ville trouvait par contre le moyen de mettre un agent à l’entrée des services payants pour forcer les gens à payer. Nous expliquions au jeune employé que nous ne souhaitions rester qu’une paire d’heures et nous lui demandions s’il était possible de payer à l’heure. Réponse négative : dix-huit dollars ou rien.
Ce jeune homme connaissait visiblement mal les français car nous décidions de rebrousser chemin. Hors de question de payer 18 dollars pour ça. Nous nous éloignions donc d’à peine un kilomètre de la plage et nous trouvions une rue où nous garer gratuitement. Le sentier partagé entre cyclistes et piétons n’était pas très bien balisé et nous nous perdions plusieurs fois au cours des dix kilomètres. Parfois les indications disparaissaient donc on se retrouvait à courir sur les parkings ou en bord de route. On ne pouvait s’empêcher de penser qu’à 18 dollars le stationnement, il serait quand même judicieux d’utiliser un peu de cet argent pour travailler la signalétique… Après la course, nous souhaitions nous reposer un peu sur la plage mais un vent très frais soufflait sur la baie, nous empêchant de rester très longtemps. Après notre déjeuner, nous partions faire une petite balade dans les collines avoisinantes puis nous nous présentions autour de 16h à notre Airbnb, une très jolie maison aménagée avec goût et avec un splendide jardin, située dans la petite ville de Thornbury. La ville était très mignonne mais un peu déserte. Nous souhaitions profiter au maximum de ce logement car nous ne reverrions pas le confort d’un lit et d’une salle de bain avant au moins quelques jours. La nuit se révélait calme et très réparatrice, et nous en avions bien besoin.


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