Exploration des Joyaux Cachés de Banff

A 7 heures, le réveil sonne et nous avons du mal à émerger. Nous ne pouvons malgré tout pas trop prendre notre temps car l’horloge tourne et chaque minute qui s’écoule déverse son flot de voitures remplies de vacanciers venus profiter du sublime lac Louise. Si vous tapez « Canada » dans votre barre de recherches Google, il y a 99% de chances que l’un des premiers résultats d’images soit une photo de ce lac tellement le lieu est iconique et mondialement connu. Nous prévoyons une longue randonnée de 20 kilomètres et sept heures sur les hauteurs offrant ainsi des vues imprenables sur ce lac bleu turquoise et la vallée. Notre boucle démarre par une montée de 4 kilomètres jusqu’à la teahouse (salon de thé) du lac Agnès située à 2100 mètres d’altitude. Notre enceinte et notre spray à ours ne nous serviront à rien aujourd’hui : il a beau n’être que 8 heures quand nous attaquons le sentier, il y a déjà beaucoup de touristes. La plupart sont très mal chaussés et ne sont visiblement pas de grands marcheurs et nous en dépassons beaucoup, fatigués par les 400 mètres de dénivelé.

Arrivés là-haut après environ une heure de montée, nous découvrons donc ce petit lac d’altitude et sa teahouse rustique déjà envahie de monde alors qu’il n’est que neuf heures ! Il y a la queue et tous les gens sont entassés autour du petit chalet. Qu’est ce qui rend cette teahouse si populaire au point que des touristes qui ne marchent jamais y montent ? Construite en 1901 par la Canadian Pacific Railway originellement pour servir de refuge aux randonneurs, elle propose aujourd’hui plus d’une centaine de variétés de thés en provenance du monde entier préparés avec l’eau de glacier du lac Agnès (qui est bouillie en amont pour éliminer les potentielles bactéries contenues dans l’eau). Le staff est principalement constitué d’étudiants en vacances d’été qui vivent sur les lieux. De par son emplacement, toutes les provisions sont amenées par le staff à pied ou à cheval. La teahouse serait notamment très populaire au Canada pour ses succulentes pâtisseries.

Nous passons notre tour pour le thé et les gâteaux et continuons notre route loin des touristes en contournant le lac Agnès pour monter au point de vue du Big Beehive (grosse ruche). La pente est raide et le dénivelé fait accélérer le rythme cardiaque mais la montée ne dure qu’une vingtaine de minutes. Nous sommes déjà beaucoup moins nombreux ici. Ce point de vue est assez populaire car il offre une vue complète sur les eaux turquoises du lac Louise en contrebas et on est éblouis par la couleur irréelle de son eau ! Certaines personnes en profitent bien entendu pour prendre leurs meilleurs shots Instagram. Nous redescendons la crête de l’autre côté afin de rallier le sentier des Six Glaciers. La plupart des marcheurs optent soit pour la montée au point de vue et au lac Agnes, soit pour le sentier des glaciers, mais il y a moyen de rallier les deux randonnées et ainsi faire une grande boucle de 20 kilomètres.

Le chemin nous mène au fond de la vallée jusqu’à plusieurs glaciers depuis lesquels coule l’eau qui se déverse dans le lac Louise un peu plus bas. C’est d’ailleurs les sédiments contenus dans cette eau qui donnent cette couleur si turquoise au lac. Après sept heures de marche, nous voilà de retour sur sa rive et nous la suivons jusqu’au parking pour regagner notre voiture. Le Lac Louise n’est pas vraiment aménagé pour s’y baigner et même si on le voulait, l’eau est tellement glacée que la baignade en deviendrait presque une souffrance. Il n’y a en fait quasiment pas d’infrastructures autour de ce lac si ce n’est une échoppe de location de kayaks à des prix dix fois plus élevés que la moyenne canadienne et un immense hôtel de luxe très moche du groupe Fairmont qui dénature complètement la beauté du lieu. Comment les autorités ont-elles pu permettre la création d’une telle aberration autour d’une merveille de la nature comme celle-ci ?
Nous revenons sur la bourgade et partons nous laver très rapidement au bord de la rivière. On ne fait pas trempette bien longtemps mais juste de quoi faire notre toilette. Nous nous rendons également au
camping du parc (qui est complet depuis belle lurette) pour remplir notre bidon d’eau. Le repas du soir sera frugal et nous repartons nous garer dans notre petite ruelle.

Le réveil à sept heures de la veille fut douloureux, mais celui d’aujourd’hui l’est encore plus. C’est le prix à payer pour pouvoir accéder au magnifique lac Moraine. Son parking ne peut accueillir qu’une centaine de véhicules et ce sont ceux qui arriveront le plus tôt qui pourront en profiter les premiers. A cinq heures, le réveil sonne et nous ne perdons pas une minute pour nous mettre en route. Nous sommes encore à moitié dans le sommeil donc Stéphane roule lentement sur la route de montagne qui serpente jusqu’au lac. Il fait nuit noire et nous apercevons même de gros caribous en lisière de forêt. Quand nous arrivons sur le stationnement sur les coups de 5h15, il y a déjà beaucoup de voitures garées et nous sommes quasiment au fond du parking. Nous ne sortons pas tout de suite de la voiture : nous nous rendormons immédiatement et ne ré-émergeons que trois heures plus tard.

Hors Covid, si vous souhaitez éviter un réveil aux aurores, vous pouvez emprunter une navette gratuite qui vous mène du centre de la bourgade jusqu’au lac Moraine. Nous comprenons tout à fait qu’elle soit interrompue avec ces circonstances exceptionnelles mais, encore une fois, ce sont les services publics qu’on coupe en premier car une autre navette, privée elle, propose le même trajet pour la modique somme de 25 dollars par tête. Les considérations de santé publique s’arrêtent visiblement là où se trouve l’appât du gain. Le lac Moraine est moins bondé que son voisin le lac Louise mais il comporte quand même son lot de touristes. Nous savons d’avance que dès que les sentiers vont s’élever, nous allons retrouver le calme de la forêt alors nous nous pressons pour rejoindre le sentier menant au col Sentinel à 2600 mètres d’altitude. Au fil des randonnées, nous nous rendons compte que dès que nous nous lançons sur un sentier difficile physiquement, il y a toujours des québécois dans les parages. Ils nous avaient fait l’effet d’un peuple très actif et cela ne fait que confirmer cette impression. Ils sont plusieurs autour de nous alors que nous atteignons le col et ils apprécient aussi la vue sur ces exceptionnelles montagnes.

En descendant, nous faisons un détour par le lac Eiffel, un lac d’altitude ceinturé de pics mais nous ne nous attardons pas car la pluie commence à tomber. En montagne on le sait, la météo est imprévisible et change très rapidement. A 15 heures, nous sommes de retour autour du lac et mangeons notre déjeuner composé d’une salade de pâtes au thon préparée la veille. Nous nous dirigeons ensuite de nouveau vers le camping de la ville afin de nous laver dans les toilettes. N’étant pas clients du camping, nous ne sommes normalement pas censés y entrer mais le manque d’infrastructures pour voyageurs au Canada nous pousse à être dans une petite illégalité qui nous fait bien rire. Ce n’est pas bien méchant et nous repartons quinze minutes après. Nous quittons le village de Lac Louise et empruntons la bretelle vers l’autoroute 93, plus connue sous le nom d’Icefields Parkway (Promenade des glaciers). Cette magnifique route scénique, l’une des plus belles au monde, serpente en plein cœur des rocheuses à travers les parcs nationaux de Banff et Jasper du nord au sud sur 200 kilomètres.

Sur cette route qui rallie la ville de Jasper se trouvent plein de campings sans gardien où l’on doit s’enregistrer soi-même au jour le jour mais les deux premiers que nous trouvons sont soit complets, soit fermés à cause du Covid. Après 80 kilomètres de route, nous arrivons à un endroit nommé Saskatchewan River Crossing, une aire de repos où se croisent deux routes et où passe la rivière Saskatchewan. Fatigués et las de chercher, nous décidons de nous garer sur l’une des places de parking du motel qui se trouve sur place et d’y passer la nuit. Nous repérons cependant sur le côté une grande esplanade en graviers et un jeune homme s’affairer autour de son van, un backpacker comme nous de toute évidence, et nous lui demandons s’il est autorisé de dormir ici. Nous lui demandons bien évidemment en anglais et nous remarquons immédiatement son accent. Le jeune homme est français, il s’appelle Maël et il nous confirme qu’il est tout à fait autorisé de rester garé là pour la nuit, gratuitement. Sa copine Cindy le rejoint rapidement et nous tapons causette ainsi toute la soirée autour de bières et d’un repas de campeur basique : flageolets, pates et sardines. Ils sont tous les deux nantais et ils ont effectué peu ou prou les mêmes voyages que nous ces dernières années, notamment une année en Australie, ce qui nous donne de nombreux sujets de discussion. Nous sommes vraiment au milieu de nulle part, entourés par des montagnes imposantes et seuls le froid et la nuit mettent un terme à cette agréable soirée.


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