Hiroshima: Mémorial et Histoire Émotive

La gare routière de Tokyo se cachait dans la jungle urbaine et il fallait marcher longuement pour la rejoindre depuis la station de métro. L’intérieur était parfaitement organisé avec des indications très claires même pour les étrangers. Des écrans signalaient les heures de départ des bus et des employés criaient à travers le brouhaha ambiant pour signaler l’imminence de la mise en route d’un itinéraire. On patientait quelques dizaines de minute avant d’être autorisés à grimper dans notre véhicule. Le bus était tout vert et l’intérieur se voulait spacieux. Nos places avaient été numérotées à l’achat et on se dirigeait donc vers les places B1 et B2. Nos sièges étaient larges, ils se rabaissaient presque complètement et un couvercle similaire à ceux des berceaux permettaient de se prémunir de toute lumière extérieure.

Pour un voyage en car de douze heures, les conditions n’étaient pas loin d’être optimales. Le taux de remplissage ne dépassait pas les 10% et aucun bruit ne se faisait vraiment entendre dans l’habitacle. Épuisés par le voyage et le décalage horaire, on dormait la plus grande partie du trajet entre Tokyo et Hiroshima. On se réveillait avant notre destination finale à l’occasion d’un arrêt à une station-service. Elle ressemblait à celles de France mais elle nous paraissait quand même pittoresque. Le bus nous déposait dans le centre d’Hiroshima à sept heures du matin et la température extérieure était déjà très lourde. On s’installait à l’intérieur d’un fast-food pour y boire un verre et tuer un peu du temps qui nous séparait de notre entrée dans l’hôtel Santiago. On s’achetait des pass transports et on sautait dans un tramway. A Hiroshima, ce mode de transport prédominait encore et donnait à la ville un côté très daté, comme si elle n’avait pas bougé depuis la période industrielle et la tombée de cette fameuse bombe.

Après avoir déposé nos affaires et pris possession de notre chambre, on se dirigeait vers le mémorial sans vraiment réaliser qu’on avait mis les pieds dans un livre d’histoire. Depuis l’enfance, ce nom résonnait dans nos oreilles « Hiroshima » comme le paroxysme de l’horreur humaine. Mais aujourd’hui, il prenait tout son sens puisque nous étions confrontés à la réalité dans ce musée rempli de moments du passé. La première salle se voulait déjà impressionnante. Sur le mur de gauche, circulaire, on pouvait voir une photographie gigantesque et allongée de la ville d’Hiroshima juste après l’explosion. La ruine et la dévastation remplissaient l’image. Des bâtiments en ruines, des arbres morts et des fumées vaporeuses dominaient. Sur la droite, une maquette en trois dimensions reproduisait l’impact de la bombe et les conséquences directes de sa déflagration.

Nous étions surpris de découvrir que des dizaines voire des centaines d’écoliers faisaient aussi la visite mais c’était finalement logique. Les petits japonais apprenaient l’histoire du passé comme nous apprenions la nôtre en allant sur les mémoriaux de guerre en Normandie. On découvrait des détails forcément glauques comme celui des ombres d’Hiroshima. Les ombres des morts étaient visibles sur le sol puisque leurs corps avaient protégés le bitume de l’explosion de chaleur. Ça donnait des photos troublantes où l’on voyait très clairement que de tous les gens présents à ce moment, il ne restait plus que les ombres… Dans une autre pièce, on montrait la vie avant la bombe dans cette ville d’ouvriers, l’une des plus peuplées du Japon qui rivalisait avec Yokohama au titre de moteur économique.

Plus loin encore, un pan de mur était réservé à une gigantesque fresque chronologique de tous les événements qui menèrent à la guerre et à la bombe atomique. Des faits parfois anodins se mêlaient aux autres plus importants mais ils prenaient tout leur sens à la lecture complète. Une réplique de Little Boy siégeait timidement sous verre au milieu de la pièce, une grappe de gamins la regardant avec des grands yeux. Elle nous impressionnait aussi parce qu’on ne pouvait s’empêcher de se demander comment un engin si petit avait pu causer autant de dévastation et plus encore changer la face du monde. Le passage obligé suivant se situait de l’autre côté de la rive du fleuve Ota : le dôme de Genbaku. Ce bâtiment servait à l’origine de palais de l’exposition industrielle d’Hiroshima et on y montrait toutes les prouesses techniques accomplies dans divers domaines de l’industrie. Cet édifice n’avait que trente ans quand la bombe venait exploser au-dessus de la ville et par un miracle insensé, il était le seul à rester debout dans les environs proches de la déflagration. Il avait pris l’impact entièrement à la verticale ce qui n’avait pas affecté sa structure autant que les autres bâtiments alentours. Les trente employés étaient morts sur le coup. Il était devenu le symbole de la ville et de sa reconstruction et il tenait encore debout plus de 70 ans après ce triste événement.

Nous étions toujours dans un état de sidération de marcher sur l’asphalte d’une des villes les plus tristement connues de l’histoire de la planète. Après le repas, on se dirigeait vers le château d’Hiroshima, un édifice salutaire qui nous rappelait que cette cité existait bien avant la bombe. Construit en 1590, il fut lui aussi détruit par l’explosion et il abritait désormais le musée de l’histoire de la ville avant Little Boy. C’était un château typique du Japon avec ses multiples toits superposés et il était protégé par une immense douve qui faisait, de fait, une promenade très agréable. L’eau était pleine d’immenses poissons, ce qui avait valu au bâtiment le surnom de « château de la carpe ». Ce parc abritait aussi le seul arbre à avoir résisté et il faisait lui aussi partie des passages obligés. Nous étions encore une fois surpris de voir le nombre de japonais qui s’y recueillaient. La mémoire de la guerre était visiblement toujours très prégnante.


Commentaires

Une réponse à « Hiroshima: Mémorial et Histoire Émotive »

  1. […] entrant dans le musée, on ressent le même poids de l’histoire que quelques années plus tôt à Hiroshima. Il est difficile d’imaginer l’horreur absolue de ce qu’il s’est passé […]

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