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Noël à Adélaïde

Nous étions déjà sur la route à 7h30 quand on se rendait compte qu’on ne tiendrait peut-être la distance avec ce qu’il nous restait d’essence. Nous n’étions partis que depuis cinq kilomètres et je décidais que le risque était trop grand pour ne pas faire ce léger demi-tour. On remplissait le réservoir juste assez pour avoir une marge de manœuvre en cas de tuile car le prix du litre était exorbitant pour l’Australie à quasiment deux dollars. On roulait douze heures ce jour-là, nous avions décidé d’atteindre Adélaïde coûte que coûte et hormis les arrêts toilettes et essence, nous ne faisions qu’un rapide stop pour manger dans une gargote miteuse de bord de route où nous mangions des burgers trop mauvais pour leur prix trop élevé. On atteignait Adélaïde, la capitale de l’Australie du Sud à 21h, épuisés mais ravis comme disait Charles Aznavour dans la chanson qui résonnait à l’intérieur du Honda CRV.

Romain et Emelyne, le couple d’amis que nous avions déjà rencontré à Darwin, avait gentiment accepté de nous prêter leur appartement pour y passer Noël. Ils étaient rentrés en France pour l’occasion et Romain m’avait envoyé toute une série de codes pour que nous puissions rentrer dans l’immeuble, puis dans le parking afin de récupérer les clés dans son bagage à vélo avant d’enfin monter et s’installer dans leur petite demeure. Ce retour à la civilisation nous enchantait et on passait un long moment sous la douche avant d’aller manger au restaurant et de re-goûter aux joies de la vie urbaine. Ça avait été dur mais on avait triomphé de la plaine de Nullarbor tant redoutée des australiens en avalant presque deux mille kilomètres en deux jours. Nous n’étions pas encore à Melbourne mais le reste du chemin serait plus simple.

Quand on est jeunes, on pense tout le temps être plus fort que tout. Quand nous avions décidés de partir pour plus d’un an, nous savions que nous allions passer les fêtes loin de notre pays et de notre famille mais on avait écarté ça d’un revers de main : ça ne nous affectera pas ! Et pourtant, nous y étions et l’atmosphère n’était pas des plus gaies. Certes, nous étions tous les deux et notre relation était toujours au beau fixe mais quelque chose manquait. On se rendait au marché couvert de la ville pour trouver des mets appétissants afin de se faire quand même un peu plaisir.

Comme à son habitude, l’Australie mettait des tarifs élevés sur tout ce qui venait de France. Les australiens avaient cette curieuse conception que tout ce qui était français était luxueux. Le moindre croissant coûtait quatre dollars, un saucisson quinze et un fromage vingt. Nous trouvions quelques tranches de saumon, un tarama artisanal et du pâté, qu’on agrémentait de toast. Ça suffirait pour notre repas de Noël, le premier de nos vies hors du pays.

Nous ne comptions pas nous attarder trop longtemps à Adélaïde, la capitale de l’Australie du Sud, donc nous avancions au pas de course pour visiter. C’était une jolie ville, de taille plus modeste que les autres capitales australiennes. D’ailleurs, les habitants ne s’y trompaient pas et l’appelaient « town » et non « city » comme il conviendrait pour une capitale. On se promenait dans son centre historique avant de pousser jusqu’à la rivière et à son immense stade de football australien. La journée était belle, le soleil toujours aussi piquant et flâner était agréable. On se rendait ensuite au nord d’Adélaïde pour admirer nos premiers koalas en liberté. Nous en avions vu dans un refuge près de Brisbane mais nous préférions, évidemment, les voir dans leur habitat naturel. 

Le Morialta Conservation Park vous permettait de suivre un sentier le long d’une rivière et d’essayer de trouver les animaux dans les arbres. Nous étions sur un jour chanceux car ils étaient juste au bord du chemin, agrippés à leurs branches, et il y en avait des dizaines. Les australiens qui se promenaient ne les regardaient même plus, probablement lassés par cette vision quotidienne comme nous sommes lassés des pigeons à Paris. Mais nous étions au bord de l’émerveillement à chaque fois, à observer de longues minutes un petit animal dont la principale caractéristique est de dormir.

Ridicules ou pas, nous étions ravis de notre promenade et on prenait la route d’un supermarché pour acheter des chocolats. Nos copains avaient refusés qu’on les dédommage pour le prêt de l’appartement alors avant de quitter les lieux, on faisait une pyramide en boîte de chocolats pour qu’ils la trouvent à leur retour. Nous avions quatre jours pour avaler la route jusqu’à Melbourne, on en profitait donc pour prendre notre temps. On s’arrêtait voir une colonie de phoques, un lac d’eau bleu foncée, une fosse végétalisée gigantesque puis on empruntait la Great Ocean Road, objet de fantasmes de bien des voyageurs. C’était une route à flanc de falaise sur plus de deux cent kilomètres, enfin c’était ce à quoi on s’attendait. En vérité, plus de la moitié du trajet se faisait en forêt, bien loin de la côte.

Seule une partie de route se voulait vraiment spectaculaire et effectivement, elle valait le déplacement. On retrouvait un couple de copains, qui faisait la route dans l’autre sens, à Port Campbell pour un diner et une promenade ensemble. C’était avec eux qu’on allait visiter le mondialement connu site des Douze Apôtres. Autrefois nommé Truie et Porcelets, le gouvernement fit changer le nom pour le côté plus glamour des apôtres. Ces aiguilles de calcaire sortant de l’eau sur si peu d’espace formaient un spectacle original, même si seulement huit tenaient encore debout sur les neufs du début. Personne ne savait nous expliquer pourquoi cet endroit avait été nommé les « douze » apôtres même s’ils n’étaient que neuf mais nous mettions ça sur le côté farceur des australiens.

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