Lundi 22 Septembre
Deux solutions s’offrent à nous aujourd’hui. Depuis Mogliato Veneto, nous pouvons récupérer une voie cyclable ou prendre un itinéraire plus court à travers les terres. Les italiens nous inspirent confiance sur la route depuis notre entrée sur le territoire et nous choisissons de tracer un itinéraire nous-même jusqu’à notre arrêt du soir en banlieue de Padoue. Ce ne sont que 35 kilomètres et nous pouvons toujours bifurquer vers une gare si le trajet est trop dangereux.
Nous sommes confirmés dans notre choix très rapidement car les infrastructures cyclables sont bien présentes. Elles n’apparaissent pas sur les cartes mais chaque bord de route possède sa piste séparée, ce qui rend l’avancée sereine et rapide. Nous traversons pourtant des zones industrielles mais les concepteurs ont pensé à tous les modes de transport. Il faut dire qu’on constate depuis plusieurs jours que l’Italie est un vrai pays de vélo. On y croise un nombre de personnes âgéEs à bicyclette effarant. Ils vont tout doucement sur leur monture mais ils prennent posément leur espace sur la route, un signe que circuler ainsi est complètement accepté dans la société.
Chaque village que nous croisons ne devient plus une source de danger potentiel. Il est facile de les traverser, les conducteurs sont patients et nous nous mêlons souvent à d’autres personnes à vélo. Nous faisons un arrêt à Mirano où nous tombons sur une fête foraine en train de remballer les stands. Il y a tellement de monde dans les rues qu’on se demande si c’est un jour férié en allant grignoter un morceau dans une petite échoppe d’une contre-allée. Le temps s’assombrit drôlement et nous sommes obligés de presser le pas pour repartir. Malheureusement, la pluie nous rattrape à Vigonza-Pianiga où nous nous réfugions dans le tunnel de la station de train. Puisque l’orage ne semble pas vouloir passer et que nous sommes de toute évidence dans une gare, nous sautons dans le train, descendons à la station suivante et nous arrivons à notre appartement du soir à Busa di Vigonza, une ville ennuyante et sans intérêt de la banlieue de Padoue.
https://strava-embeds.com/embed.jsNous nous sommes encore mis en banlieue proche d’une grande ville car nous redoutons de devoir les traverser à vélo. Le prix des logements fait aussi partie de l’équation car il est presque impossible de trouver des habitations à des prix abordables (par abordables, entendre moins de 80€ la nuit). Nous ne sommes qu’à dix minutes en train de Padoue et après la douche, nous attendons que la pluie cesse pour aller visiter cette jolie ville. Forte de 200 000 habitants, c’est presque une cité éternelle car elle existait déjà avant Jésus-Christ. On peut y flâner à pied ou à vélo dans un réseau dense de rues à arcades qui mènent sur des places toutes plus mignonnes les unes que les autres.



Sur l’une d’entre elles, on comprend pourquoi les italiens étaient en grève aujourd’hui. Ils manifestent contre le refus du gouvernement d’extrême-droite de reconnaître l’état de Palestine en même temps que les autres pays européens. L’université de Padoue a donc organisé un grand rassemblement. Voyager permet de découvrir les différences fondamentales entre les pays et le maintien de l’ordre en fait aussi partie. Ici, les policiers italiens sont certes armés mais ils sont vêtus de manière normale, on croirait voir la police française des années 90. Cela n’a rien à voir avec les armures de footballeurs américains qu’arborent les CRS en manifestation.



Nous continuons ensuite à flâner, Clémence joue à courir le plus vite qu’elle peut sur toutes les places qu’elle trouve. Elle cherche même à escalader les statues, montrant peu de déférence pour les personnages historiques. Nous trouvons une pizzeria dans une ruelle, où nous dégustons deux excellentes pizzas. Il commence à se faire tard pour Bébé, nous refaisons le chemin jusqu’à la gare en sens inverse et nous reprenons notre train de banlieue pour aller dormir.
Mardi 23 Septembre
L’Italie est un pays densément maillé par le train. Il est possible d’en prendre différents types pour rallier les quatre coins du territoire. Dans notre cas, nous empruntons les trains régionaux car ils peuvent accueillir les vélos sans problème. Cela explique notre présence sur le quai de la gare de Busa di Vigonza ce matin. Nous prenons la direction de Crémone en Lombardie, laissant la Vénétie derrière nous. La pluie tombe par intermittence et elle se déchaîne évidemment quand nous arrivons sur la plateforme. Il n’y a qu’un abri et on s’y retrouve entassé avec deux français d’une cinquantaine d’années et leur maman bien plus âgée.
En moins de cinq minutes, on retrouve l’aigreur et la suffisance à la française. Elle nous explique que notre voyage ne sert pas à grand chose pour Clémence puisqu’elle ne se rappellera de rien, nous demande si les « chinois » sont sympathiques quand on lui parle de la Corée du Sud et du Japon et nous explique que les « yeux bridés » se baladent depuis toujours avec des masques chirurgicaux dans la région de Venise, où elle vit six mois de l’année. Son accent de bourgeoisie parisienne ne laisse que peu de doutes sur le fait qu’elle vit dans la capitale française, où ils retournent tous les trois.

Quand le train arrive, nous ne sommes pas mécontents de nous éloigner pour trouver le compartiment vélo. Tous les trains en possèdent plusieurs, ce qui enlève le stress de devoir se positionner au bon endroit ou de courir sur le quai. Nous prenons le train jusqu’à Vérone où nous changeons pour prendre le suivant jusqu’à Brescia. Les gares sont toujours les ennemies des vélos mais nous avons trouvé la bonne configuration pour aller vite et être efficaces. Nous mettons les sacoches dans la remorque, Cassandre s’en occupe ainsi que de Clémence pour aller prendre l’ascenseur et Stéphane soulève les deux vélos en même temps dans les escaliers.
Cela nous permet des correspondances éclairs comme à Brescia où nous réussissons à passer du quai 3 au quai 14 en moins de 4 minutes pour ainsi attraper notre dernier train du jour qui va à Crémone. Les portes se referment sur nous et nous sommes heureux de ne pas avoir à attendre le suivant une heure plus tard. Nous nous rapprochons ainsi du fleuve Pô. Nous descendons à 15 heures à Crémone et nous sommes surpris de trouver une ville extrêmement cyclable. Le centre historique est complètement fermé aux voitures, ce qui rend l’atmosphère paisible et familiale. Après avoir posé les affaires à l’hôtel, nous ressortons marcher.



Crémone est aussi une ville éternelle, datant de bien avant la naissance de Jésus Christ et ses rues respirent l’histoire. Elle est aussi le lieu de naissance et de décès du fameux luthier, Antonio Stradivari. En flânant, on trouve d’innombrables magasins de violons « bottega di liuteria », des statues représentant l’instrument de musique et des hommages à Stradivarius. Sur la place centrale Piazza del Comune, un jeune homme joue joliment des airs populaires. Nous l’écoutons en contemplant le Duomo di Santa Maria Assunta et son baptistère. Il fait doux, les familles jouent avec leurs enfants sur la grande Piazza del Comune et il règne un calme rafraichissant pour un centre-ville.
Nous nous promenons au hasard et nous sommes stupéfaits par le nombre de gens à vélo. Il y a énormément de personnes âgées et de femmes sur de vieilles bicyclettes, ils vont doucement mais sûrement en se saluant de « ciao ! » enthousiastes quand ils se croisent. On croise aussi des enfants seuls et des parents avec des petits, un signe qui ne trompe jamais sur la cyclabilité d’une ville. Le soir tombant, les rues se décorent des lumières orangées des lampadaires et un voile de féerie se dépose. On se croirait dans un film de Fellini. On marche lentement en observant tout autour de nous jusqu’à un restaurant grec assez réputé.



On y mange bien mais il nous laisse encore un goût amer. Les restaurants en Italie peuvent vous charger des frais annexes, qu’ils appellent le « coperto » (frais de couverts), et ils s’en privent rarement. Ceux-ci s’élèvent en général à 2-3€ par tête. Cela s’applique même aux petits enfants comme Clémence, et en s’asseyant à une table, l’addition compte déjà presque dix euros alors que nous n’avons pas encore commandé. C’est un peu lassant car les plats ne sont tout de suite plus aussi bon marché qu’ils en ont l’air. Cette tradition provient du Moyen-Âge quand les gens pouvaient s’arrêter dans les échoppes avec leur propre nourriture, ils payaient donc un frais de couverts. Nous mangeons tout de même avec appétit et finissons la soirée en divaguant dans les rues calmes jusqu’à notre hôtel.



Mercredi 24 Septembre
De la région de Turin jusqu’à Venise, le fleuve Pô étire ses rives sur 650 kilomètres. Il a longtemps été une voie commerciale reliant toutes les grandes villes du Nord et il fait aujourd’hui partie de l’Eurovelo 8. Malheureusement, cet itinéraire n’a de cyclable que le nom car de nombreuses portions sont en fait des sentiers de randonnée ou des voies densément empruntées. C’est pourquoi nous prenons notre temps ce matin, nous ne faisons que la partie séparée et sécurisée entre Crémone et Plaisance. Il n’y a que 40 kilomètres d’une route plate que nous pensons avaler rapidement.

Nous laissons à regret Crémone derrière nous, une petite ville où nous nous serions bien vus rester. Après quelques kilomètres de navigation, nous trouvons la piste cyclable et le fameux fleuve au débit tonitruant. Il faut dire qu’il a beaucoup plu ces derniers jours sur le nord du pays et cela se voit à la hauteur du cours d’eau, il mange presque les berges. Nous filons à bonne allure en zigzaguant dans l’arrière-pays lombard, il ressemble beaucoup aux paysages français. On fait la différence à l’approche des villages dont les clochers sont différents et à l’intérieur des communes, où l’architecture est particulière.
Nous faisons un arrêt à une grande aire de jeu de Roncaglia puis nous mangeons dans un petit restaurant où l’on nous facture encore 3€ par tête pour le simple fait de nous asseoir. Cela nous agace encore, surtout que Clémence ne mange quasiment rien. La route jusqu’à Plaisance est monotone et nous sommes contents de ne pas avoir longé le Po dans son entièreté, on s’y serait ennuyés. Plaisance (Piacenza en italien) est à l’opposée de Cremona. Ici, les véhicules sont autorisés dans le centre et l’atmosphère est tout de suite moins invitante. On mange une glace en terrasse au son des camions et des voitures qui passent sur la place centrale, Piazza dei Cavalli. Elle n’est pas du tout mise en valeur et cela se reflète à la population interpole qui y traîne. On est loin de l’ambiance familiale d’hier.
https://strava-embeds.com/embed.jsTout cela ne nous donne pas envie de nous attarder mais notre prochain train n’est que dans deux heures. Nos destinations ne sont pas choisies en fonction du tourisme mais bien en fonction des prix des hébergements. Le coût des logements en Italie a doublé depuis notre dernier voyage en 2016 et il est difficile de trouver des nuits dans notre budget. Nous atterrissons donc dans des villes secondaires voire tertiaires comme ce soir à Tortona. Nous prenons encore deux trains pour y arriver, un premier jusqu’à Voghera puis un second jusqu’à notre destination. Les wagons sont modernes et il est globalement facile d’y transporter ses vélos. Par contre, les trains sont constamment en retard.
On constate qu’ils doivent aléatoirement laisser passer d’autres trains, souvent juste avant des gares. Et au lieu de se mettre à quai pour laisser monter et descendre les passagers, ils patientent cinq minutes avec le nez qui touche presque les plateformes. Cela crée des retards et de la frustration même si nous ne sommes pas concernés car nous voyageons lentement de toute façon. Depuis la gare de Tortona, nous avons moins d’un kilomètre pour rallier le Airbnb. On sent qu’on a changé de région car la place du vélo se réduit à peau de chagrin et la voiture est omniprésente. Notre logement est grand et spacieux, un endroit agréable pour se reposer avant les nouveaux challenges du lendemain pour retrouver la Méditerrannée.

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