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En traversant l’Italie

Vendredi 19 Septembre

Au matin, nous avons la surprise d’un petit-déjeuner servi expressément pour nous. Elle n’était pas obligée mais Alessandra a tenu à nous préparer du café et des tartines, un geste qui nous touche profondément. Nous prenons notre temps, sa maison est grande et confortable mais l’heure de partir finit toujours par arriver. Au moment où nous sortons les vélos du garage, nous constatons que le pneu arrière du Touring n’a pas survécu, il est à plat. Mais pire encore, nous n’arrivons pas à le regonfler car la pompe ne fonctionne plus.

Fabio, le fils d’Ale, prend sa voiture pour aller chercher une pompe neuve chez l’un de ses oncles et nous prenons la route avec un pneu gonflé à bloc. Malheureusement, cela ne tient pas et nous nous trouvons forcés de marquer l’arrêt dans une quincaillerie du village. L’Italie est véritablement un pays de cyclistes car un modeste magasin d’un petit village possède des pneus, des chambres à air et du matériel de réparation. Nous prenons tout ce dont nous avons besoin et nous allons procéder aux réparations à l’aire de jeux du coin. Autant joindre l’utile pour nous à l’agréable pour Clémence. Les pneus ont vraiment durcis avec les chaleurs extrêmes de l’Asie et ils sont durs à enlever et remettre. Nous y arrivons malgré tout et après quelques minutes de lutte avec la roue, nous voilà enfin partis.

Quatre personnes posant devant une maison, souriant à la caméra. Un homme et une femme adultes debout, avec une petite fille au centre portant un casque de vélo. Une autre femme est derrière eux.

La véloroute officielle passe encore par des sentiers plein de graviers, ce qui n’améliore pas la condition de notre matériel. C’est toujours une mauvaise surprise car il n’y a aucune indication préalable, on pense suivre un itinéraire cyclable et on se retrouve sur des chemins à peine bons pour la randonnée. Après 25 kilomètres d’une route toujours sublime, accompagnés par les Alpes sur notre droite, nous débouchons sur le petit village de Pinzano où nous découvrons une pizzeria avec une petite aire de jeux. Une aubaine que nous ne laissons pas passer. La cuisine est tenue par une famille, l’ambiance est conviviale, tout le monde se connaît. Il y a des groupes d’anciens lancés dans de grandes discussions et nous savourons des plats préparés avec attention.

Les derniers vingt kilomètres se font en pente douce, on arrive relativement tôt à la Résidence Stefania où notre hôte du jour nous reçoit chaleureusement, à l’italienne. Après les douches et l’installation, nous ressortons faire des courses dans le petit village de Cavasso Nuovo. Bien que nous vérifions à chaque fois s’il y a des supermarchés et des restaurants dans nos villes étapes, il arrive parfois des imprévus. Comme par exemple, cette petite affiche qui indique “eccezionalmente chiuso oggi”, donc fermé exceptionnellement aujourd’hui, sur la devanture de la seule supérette de la ville.

C’est l’un des seuls inconvénients du cyclotourisme, quand cela arrive il faut remonter sur le vélo et accepter de remettre les jambes en route malgré la fatigue. Stéphane fait l’aller-retour sur huit kilomètres jusqu’au village le plus proche pour trouver de quoi nous sustenter ce soir. Sans les sacoches, il file bon train et il rejoint assez rapidement Clémence et Cassandre à l’aire de jeux du village. Nous sommes surpris de constater à nouveau que l’Italie du Nord est plus cosmopolite qu’on pense, on croise souvent des femmes voilées et des gens de couleur. Après cette belle journée de vélo, nous rentrons cuisiner et nous coucher.

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Samedi 20 Septembre

En préparant les vélos ce matin, on constate que le pneu arrière du Kona est au bord de l’asphyxie. Sa gomme disparaît à plusieurs endroits, il est éventré. Cela fait plus d’un mois que nous avons le pneu de rechange solidement attaché à nos bagages alors nous attendons patiemment le moment où il va rendre l’âme. Cela ne manque pas une dizaine de kilomètres plus loin dans un sous-bois : Cassandre sent un problème dans sa direction et l’air sort rapidement de la chambre à air. Pendant que nous faisons la réparation, de nombreux cyclistes passent et nous demandent si tout va bien. “Tutti a posto”, répondons-nous pour signifier que la situation est sous contrôle.

Nous nous arrêtons plus loin dans la bourgade d’Aviano. Les petites villes italiennes sont toutes mignonnes, pleines de charme avec leurs édifices religieux qui percent le paysage. Nous y trouvons toujours, comme ce midi, facilement les aires de jeux pour des arrêts pique-nique. En reprenant la route, on ne peut que reconnaître que les italiens du nord sont de bons conducteurs. Ils doublent amplement, frôlent rarement et sont globalement très patients. S’ils doivent tourner, ils attendent toujours gentiment derrière nous quand le français moyen serait passé devant nous à toute vitesse pour nous couper la route juste après.

Un pont en béton élégant surplombe une rivière calme, entouré de collines verdoyantes sous un ciel bleu clair.

Nos roues nous mènent jusqu’à Sacile, une petite commune de 20 000 habitants. Elle ne présente pas d’intérêt particulier pour nous, hormis de posséder une gare qui mène jusqu’à la région de Trévise. En s’arrêtant sur la place centrale, nous vérifions les horaires de train et on apprend que le prochain part dans dix minutes. Est-ce qu’on a le temps de l’attraper ? On tente le coup en allant à la gare en vitesse. Comme souvent, il n’est pas question de rampes ou d’escaliers alors il faut porter les vélos plusieurs fois et les soulever encore pour grimper dans le train. Heureusement, il est presque vide. Nous ne sommes pas montés dans le wagon approprié pour nos bicyclettes mais nous n’avions aucun moyen de bien nous placer sur le quai, comme souvent. La contrôleuse est très sympathique et compréhensive. Le train se remplit un peu à Trévise et nous descendons deux gares plus loin à Mogliano Veneto.

Vue d'une tour d'église sur fond de ciel bleu avec quelques nuages, entourée de bâtiments traditionnels.

Mogliano Veneto est une petite ville-dortoir pour les gens travaillant à Trevise ou Venise. Elle est située sur la ligne de train très empruntée qui relie Udine à Venise. Nous y restons dans un petit appartement bien équipé et après avoir posé les bagages, nous sortons visiter. Il y a du monde dans les rues, les gens sont attablés en terrasse et nous profitons d’un glacier populaire pour savourer les délicieuses glaces italiennes. On fait les courses au supermarché du coin où l’on découvre que les italiens produisent dorénavant des fruits exotiques : des mangues, des bananes, des kiwis etc. Avec le réchauffement climatique, la Sicile est devenue une terre fertile parfaite pour beaucoup de cultures.

Gare de Mogliano Veneto avec le panneau indiquant le nom de la gare, des trains en arrière-plan et des personnes assises sur le banc.
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Dimanche 21 Septembre

Notre route à vélo passait à portée de train de Venise, peu importe par où nous passions. Alors nous nous sommes dit que c’était l’occasion de venir voir de nos propres yeux l’épicentre du surtourisme dans le monde. Nous nous sommes mis à Mogliato Veneto car les prix sont devenus complètement ahurissants sur la lagune. Nous ne sommes qu’à trente minutes de train et nous prenons celui de 11h36. Nous sommes dimanche, il n’y en a qu’un par heure et nous avons trop traîné pour attraper le précédent.

Comme attendu, le train est bondé en direction de la ville la plus célèbre du monde. Nous sommes debout mais le trajet passe rapidement et nous sortons de la fameuse gare Venezia Santa Lucia à midi. Elle est le théâtre de beaucoup de fantasmes de voyages puisque ça a été pendant longtemps le terminus de l’Orient Express. Au lieu de suivre le flot des autres voyageurs qui prennent le pont des Déchaussés, nous montons vers le nord-est où nous espérons être plus tranquille. C’est effectivement le cas, cette ville a ceci de particulier qu’on peut être dans la ruelle la plus dense du monde, faire deux pas de côté et se retrouver seul.

Nous nous promenons au hasard, sans but, avec pour seul jalon de la journée le train du retour à 18 heures. Clémence se passionne pour les gondoles qui naviguent paisiblement sur les multiples canaux. On s’arrête sur une petite place pour manger nos sandwichs en observant les gens passer. Les visiteurs viennent vraiment du monde entier, les styles vestimentaires et les visages sont différents d’un groupe à l’autre. Au bout de deux heures de lente tribulation, nous retrouvons une vague ininterrompue de touristes : un signe que nous nous rapprochons de San Marco.

Nous ne sommes pas mécontents de sortir de l’ombre claustrophobique des bâtiments et des ruelles confinés pour redécouvrir l’horizon. La place Saint-Marc est toujours aussi belle et sa basilique surprend par la finesse de ses détails. Nous remontons ensuite le Grand Canal, le soleil frappe les bâtiments historiques et il serait malhonnête de nier l’exceptionnelle beauté de Venise à cet endroit précis. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, on trouve une aire de jeux dans le jardin d’un musée. L’endroit est d’un calme olympien, un contraste presque absurde avec les rues inondées de badauds juste derrière.

Nous sautons de ponts en ponts jusqu’au sud-ouest de l’île, beaucoup moins fréquenté. Clémence marche encore comme une championne et nous croisons des gens qui vivent visiblement ici. Des enfants jouent au foot, des mamans discutent et c’est l’occasion de découvrir que 55 000 personnes vivent encore dans cette ville incroyable. Pour rappel, ils étaient plus de 300 000 habitants au XVème siècle avant qu’elle ne devienne un musée à ciel ouvert. Nous sommes de retour à la gare plus tôt que prévu et après un pain au chocolat au prix exorbitant, nous reprenons le train en sens inverse. Nous sommes heureux d’avoir vu Venise mais pas malheureux d’en repartir après avoir fait le tour.

Une jeune fille portant un chapeau orange assise dans un train, tenant un doudou et regardant par la fenêtre.

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