Une pause à Suncheon

Lundi 30 Juin

Pendant les voyages au long cours, il faut se ménager des plages de repos. C’est nécessaire même si on n’en ressent pas forcément le besoin. Nous pédalons depuis presque un mois et demi et nous voyons nos corps se transformer. Les muscles s’affirment, les jambes s’affinent et nos tailles mincissent. Nous avons la chance de pouvoir faire du sport tous les jours tout en nous déplaçant dans des paysages souvent splendides et nous le savourons.

Mais aujourd’hui à Suncheon, il ne sera pas question de vélo. Clémence se réveille tôt mais on traîne pour aller prendre le petit-déjeuner. Il est inclus dans le prix de la chambre d’hôtel mais les coréens n’ont pas la même vision que nous de ce repas. Ici, ils proposent des nouilles instantanées ou des ramens, ce qui ne nous convient guère à neuf heures. On passe une tête à la boulangerie Paris Baguette proche de l’hébergement pour acheter du pain et quelques viennoiseries.

Après ce repas, on saute dans un bus pour rejoindre le temple de Seonamsa. Le maillage de réseau de bus ne cesse de nous étonner car il permet de rallier rapidement beaucoup de points d’intérêts depuis les villes. Notre véhicule passe par des chemins tortueux et fait même des détours improbables pour desservir des petits hameaux sur la route. Il fait évidemment chaud quand nous arrivons et on se met à l’ombre du sentier de marche pour atteindre le temple.

Comme beaucoup de sanctuaires, il se trouve au milieu d’une forêt si paisible qu’on aimerait y rester dormir. D’ailleurs, il est possible de séjourner dans beaucoup de temples en Corée du Sud. Cela s’appelle des Temple Stay, les touristes peuvent participer à la vie du lieu de culte comme s’ils en étaient partie prenante. Nous sommes tentés mais la présence d’un enfant en bas âge rend la chose contraignante. Toujours est-il qu’on se balade dans cet endroit hors du temps, certains bâtiments datent du 16 siècle et ont survécu à la barbare invasion japonaise d’alors.

La région de Suncheon n’est pas très touristique pour les étrangers et on croise vraiment peu de monde en ce lundi. Après le repas dans un grand restaurant en bord de rivière, on reprend un bus pour rejoindre un village folklorique. Le conducteur roule extrêmement vite sur les routes qui serpentent, on croirait Jean Alesi en reconversion à la RATP coréenne. On se sent tous un peu nauséeux après ces 30 minutes de trajet mais on arrive à bon port et on tombe sur l’un des villages les plus mignons de Corée du Sud.

Nagan Eupseong est un petit village traditionnel enfermé dans des murailles datant du 13e siècle. Le village est bien préservé, ce qui permet aux visiteurs d’observer des maisons et des modes de vie ancestraux qui se perpétuent encore pour certains. C’est un important lieu historique et culturel pour qui souhaite étudier les coutumes populaires traditionnelles coréennes. Sur les 96 villages similaires qui existaient autrefois et qui ont été détruits sous la domination coloniale japonaise, seuls quelques-uns subsistent encore aujourd’hui, et Naganeupseong est le mieux préservé. Aujourd’hui, il reste environ 90 maisons et près de 300 personnes y habitent encore. Nous ne visitons donc pas un lieu touristique mais bien un quartier d’habitations. Les habitations sont coiffées de toits de chaume, ce qui leur donne immédiatement un aspect hors du temps.

En réalité, ce genre d’habitations étaient plutôt commun à l’époque de la construction du village, mais de nos jours, très peu de villages de ce type subsistent encore en Corée. L’environnement est splendide car les montagnes et les rizières s’ajoutent de toutes parts au panorama. Il fait extrêmement chaud et humide depuis quelques jours, donc la moindre parcelle d’ombre est la bienvenue. Alors que nous marchons, nous tombons sur le pavillon Ssangcheong-nu qui nous permet de faire une pause aérée à l’ombre avec vue sur les toits des maisonnettes. Le village permet aussi d’expérimenter toutes sortes de pratiques traditionnelles (atelier de forgeron, rite funéraire, teinture naturelle, tissage etc.) mais avec une enfant de 3 ans ce n’est pas l’idéal donc on se contentera de déambuler dans les ruelles.

Après un rapide goûter dans une supérette, nous reprenons le bus pour Suncheon et notre soirée n’a rien de notable

Suncheon (순천시), située dans la province de Jeollanam‑do en Corée du Sud, compte environ 281 000 habitants. Réputée pour ses magnifiques zones humides – un important sanctuaire pour la faune migratrice – elle attire écotouristes et passionnés de nature. La ville est aussi connue pour son immense jardin national, hérité de l’exposition internationale de 2013, ainsi que pour des temples historiques comme Songgwangsa et Seonamsa, qui témoignent de son riche patrimoine culturel.

Dimanche 1er Juillet

Les jours de repos ne sont pas mémorables. Suncheon n’est pourtant pas une ville désagréable en soi. Après une grasse matinée et un petit déjeuner qui traine en longueur, on part faire les magasins pour racheter ce dont on a besoin (crème solaire, petits jouets pour Clémence) et on retourne au kids café que nous avions visité lors de notre arrivée il y a 2 jours car ces temps calmes sans agenda chronométré nous permettent aussi d’organiser des activités centrées sur Clémence.

Après nous être repus de poissons grillés pour la modique somme de 10€ à trois, on tombe en flânant sur un immense parc fleuri parfaitement aménagé. L’herbe est d’un vert profond et il n’y a pas un centimètre qui dépasse sur le gazon merveilleusement tondu. En cette période de canicule, sa fontaine à jets d’eau est particulièrement salvatrice car on commençait sérieusement à cuire dans la ville malgré le fleuve qui y passe et la mer pas loin. Même l’ombre ne suffit plus à nous refroidir. On joue comme des fous dans les fontaines puis vient l’heure du goûter.

Vaste champ de rizières verdoyantes sous un ciel ensoleillé, avec des montagnes à l'horizon.

On trouve un café sympa très bon marché sur notre route avec une superbe vue sur le fleuve mais il ne semble y avoir personne pour prendre et préparer notre commande. Trois personnes sont attablées et discutent et nous font comprendre que le gérant s’est absenté et qu’ils ne savent pas quand il revient. Ce genre de situation improbable en France est assez commune en Corée du Sud, en tout cas ce n’est pas la première fois que nous voyons des employés (qui sont peut-être aussi patrons) quitter leur poste de travail pour effectuer une livraison ou pour faire une course sans aucune indication quant à leur heure de retour.

C’est une situation même assez cocasse quand vous êtes les seuls clients présents, déjà servis, et que la personne s’en va en vous laissant dans son commerce. Si entre temps, vous sortez et que la personne n’est pas encore revenue, le commerce est donc entièrement vide et ouvert, il n’y a plus qu’à se servir. Après 10 minutes d’attente, on finit par abandonner l’idée du thé glacé et de la gaufre et on se contente de petits gateaux à la supérette avant d’aller prendre le bus pour nous diriger vers la baie humide de Suncheon.

Vue panoramique de champs de riz verdoyants sous un ciel bleu avec quelques nuages, entourés de montagnes à l'arrière-plan.

Cette zone protégée abrite l’un des plus grands marécages d’eau salé du monde et est veillée par de merveilleux paysages de montagne. Elle abrite plus d’une centaine d’espèces d’oiseaux et on y trouve le plus grand champs de roseaux de Corée du Sud en forme de S géant. La réserve est traversée par plusieurs petits chemins aménagés en bois qui permettent de la parcourir plus aisément. L’endroit est fascinant et très photogénique. Nous montons au point de vue le plus haut perché pour embrasser le panorama dans toute sa globalité. Le parc ferme à 20 heures et nous sortons tout juste à temps. Stéphane rentre en courant pendant que Cassandre et Clémence prennent le bus après avoir mangé un bol de riz et des saucisses à la supérette du coin. Il fait si chaud qu’il arrive à l’hôtel complètement trempé. Encore une fois, cette nuit de sommeil n’aura pas été volée.

Lundi 2 Juillet

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Stéphane ! Il fête ses 38 ans mais on ne peut pas faire grand chose pour l’occasion car Suncheon n’est pas la ville idéale pour célébrer. Après le petit-déjeuner, nous prenons le bus pour visiter un studio de cinéma. A flanc de colline et sur plusieurs étages, des quartiers typiquement coréens sont reproduits en représentant des décennies différentes. On peut donc se balader dans le Séoul des années 80 et des années 50, qui n’ont absolument rien à voir avec la mégalopole qu’on a visité il y a presque deux mois.

On reprend le bus en sens inverse pour récupérer nos bagages à l’hôtel et prendre un bus longue distance. Si nous avons fait un arrêt à Suncheon, c’était pour prendre le ferry à destination de Jeju depuis la ville de Yeosu avoisinante. Mais c’est bien toute la difficulté de voyager dans des pays peu touristiques, nous n’avions pas l’information que ce bateau ne circulait plus depuis quelques mois. Même le site officiel du tourisme en Corée du Sud le présente encore.

Il nous faut donc prendre un bus pendant 1h30 pour rejoindre la ville de Nokdong et dormir sur place. Quand nous arrivons au terminal de bus de Suncheon, on apprend qu’un bus part dans moins de dix minutes. Cela nous aurait fait peur en arrivant dans le pays mais nous sommes tellement rodés maintenant que nous allons très vite. A deux, on dépose les bagages, la remorque et les vélos dans la soute en quelques mouvements. Nous sommes devenus terriblement efficaces !

Nokdong est une ville portuaire déserte qui ne s’anime probablement que quand un ferry arrive. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, il n’y a pas âme qui vive près de notre hôtel. Quand nous nous présentons à l’accueil de celui-ci autour de 15h, personne n’est à la réception. Cassandre fait tous les étages pour trouver quelqu’un mais elle fait chou blanc. Le numéro indiqué sur l’accueil sonne dans le vide et nous n’arrivons à joindre personne. Nous sommes obligés de demander de l’aide à l’hôtel voisin où une dame très sympathique nous tire de ce mauvais pas d’une façon assez surprenante. Elle hurle depuis la rue, visiblement habituée. Quand nous retournons à la réception, la patronne sort de l’ascenseur d’un air mécontent et elle nous donne enfin la carte de notre chambre après 45 minutes d’attente.

Ouf, on peut poser nos bagages et aller nous renseigner au terminal de ferry. Nous avons déjà nos tickets mais nous aimerions connaître la marche à suivre pour embarquer avec des vélos. Le lieu est vide aussi. On croise un employé qui nous explique qu’il n’y a aucun bateau aujourd’hui car c’est le jour de la maintenance. Il est très sympathique et il nous donne la marche à suivre au moins dix fois. On a bien compris et on le remercie chaudement.

Après une petite balade sur le port insignifiant de la ville, on mange un repas dans un pub histoire de boire un coup pour l’anniversaire de Stéphane. Ce n’est pas très animé mais ça fait tout à fait l’affaire. De toute façon, on doit se coucher tôt car le ferry part à 9 heures demain matin et nous devons nous présenter à 7h30 au guichet.

Un homme et un enfant à une table de restaurant, posant pour la photo avec des gestes de paix et des sourires, avec des plats sur la table en arrière-plan.

Commentaires

Une réponse à « Une pause à Suncheon »

  1. « on croirait Jean Alesi en reconversion à la RATP coréenne » 😂😂
    Superbes photos
    Bizzzz
    Annie 😘😘😘

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