Vendredi 27 Juin
Il y a des journées qui ne devraient même pas démarrer. Des journées où tout se passe mal, où le ciel vous tombe sur la tête sans prévenir. Tout avait pourtant bien commencé. Après une bonne nuit de repos, le petit-déjeuner se déroule paisiblement, la petite maison a vue sur le fleuve qui est un peu moins haut qu’hier. Il fait beau et déjà chaud, notre petite routine d’installation des bagages est maintenant parfaitement rodée et donc très rapide.
On roule en musique sur les quinze premiers kilomètres jusqu’à une passerelle suspendue. La montée pour y accéder est bien raide mais la vue vaut l’effort. Clémence marche presque toute la montée et toute la descente ! Du haut de ses trois ans, elle nous épate par sa force et sa résistance. La traversée de la passerelle est très impressionnante de par sa hauteur et son panorama à 360. On reprend les vélos et nous n’avons pas roulé cinq kilomètres qu’on entend un bruit de pneu qui pète ! L’une des roues de la remorque a lâché d’un coup. C’est notre quatrième crevaison en un mois, on finit par penser qu’on est maudits.


Encore pire, on réalise qu’on a perdu la chambre à air de rechange pour la remorque et les rustines. Nous voilà donc bloqués. Un cycliste passe à ce moment et Stéphane l’interpelle pour lui demander de l’aide. Heureusement, il est équipé et il nous aide à réparer le pneu et la chambre à air. On a dû rouler sur quelque chose de particulièrement abrasif car la gomme du pneu est endommagée en plusieurs endroits. On le remercie chaudement et on repart, très peu confiant de notre bricolage. Par sûreté, et pour éviter de mettre trop de pression sur le pneu, on décide de mettre Clémence sur sa petite selle à l’avant d’un des vélos. Elle voyagera dessus tant qu’on ne sera pas certain que le pneu tiendra.
La suite nous donne raison car quelques kilomètres après retentit la même explosion. Sauf qu’en s’arrêtant, on ne peut que constater que c’est l’autre pneu qui a lâché. Le désespoir nous envahit, qu’est-ce qu’on a fait pour avoir autant de poisse ? Les stigmates sur la roue sont les mêmes que sur l’autre, on a donc bien roulé sur un revêtement agressif. On rafistole la chambre à air et le pneu avec les rustines restantes et on prie d’arriver à bon port car il n’y a absolument aucun endroit où se rafraichir ou même se mettre à l’ombre sur cette portion et il fait une chaleur étouffante. Cela tient sur dix kilomètres, le temps d’arriver à un point d’intérêt. Les restaurants y sont hors de prix, on mange donc des nouilles instantanés et une glace à l’abri de ce soleil de plomb.
https://strava-embeds.com/embed.jsClémence gère super bien les péripéties, elle essaie toujours d’aider, parfois un peu trop mais c’est toujours mignon. Le pneu est à nouveau à plat, signe d’une crevaison lente. Stéphane le regonfle à bloc et fait plusieurs fois le tour de la chambre à air à l’endroit où il y a la rustine avec du scotch pour renforcer le tout avant de partir. On arrive vingt kilomètres plus loin avec le pneu au bord de l’asphyxie mais il a résisté. Nous avions prévu de profiter du village des trains pendant toute l’après-midi mais après ces déconvenues, le cœur n’y est pas trop d’autant plus qu’il ferme dans un peu plus d’une heure. Nous préférons profiter d’un grand café/aire de jeu avec une immense pelouse aménagée et des jets d’eau où Clémence aime tremper ses petits pieds. On découvre sur Google Maps qu’un magasin de vélos se situe à moins d’un kilomètre alors Stéphane décide de s’y rendre tenter sa chance. Complètement échaudés par nos expériences précédentes, il ne s’attend pas à trouver bon accueil.



Il faut bien des exceptions aux règles. Non seulement le vieil homme a deux roues et deux chambres à air de 20 pouces mais en plus il offre la moitié du matériel ! Il nous sort une belle épine du pied car nous étions en train d’échafauder des plans pour aller se procurer du matériel dans les grandes villes alentours mais ça impliquait une logistique qui nous dépassait déjà. Nous sommes trop contents car nous pouvons finalement avancer jusqu’à notre hôtel du soir et les quatorze derniers kilomètres paraissent une éternité. La route des voitures est superbement dégagée, elle ne porte presque aucune trace de l’inondation récente mais certaines portions de la véloroute sont affreuses, pleines de branchages. On doit même franchir à pied un gigantesque amas de branches. Il est près de 19h quand nous arrivons enfin.
En Corée, on trouve ce qu’on appelle des hôtels « unmanned », sans personnel en français. Vous arrivez et vous vous enregistrez sur une machine, vous payez (si pas déjà payé en ligne dans le cas où vous avez réservé via une plateforme type Agoda ou Booking) et récupérez votre carte pour accéder à la chambre. Les Coréens adorent les gadgets et l’électronique au cas où vous ne l’auriez pas remarqué. On a déjà dormi dans plusieurs hôtels de ce type et à chaque fois on a un peu de mal à trouver notre chambre. Ce soir ne déroge pas à la règle.
Heureusement, un coréen à vélo est arrivé 30 secondes avant nous et on lui demande donc son aide. Il appelle pour nous le patron (très gentil) afin de lui demander quelle chambre est la notre. Après quelques minutes au téléphone, on récupère notre carte qui avait tout bonnement été laissée sur le comptoir. Dans la campagne coréenne, les restaurants ferment tôt : 20h, voire parfois 19h. Après une rapide douche, le diner se fera donc attablé dans une supérette à base de plateaux repas à réchauffer au micro-ondes. Espérons que demain sera un autre jour !
Samedi 28 Juin
Après la pluie vient le beau temps et après le beau temps vient la pluie, disait le proverbe avant le réchauffement climatique. Après le beau temps vient maintenant la canicule et c’est ce qu’on nous expérimentons dès le lever aujourd’hui. Il fait une chaleur de fournaise dès 9 heures du matin, ce qui n’est pas pour nous rassurer quant au déroulé de la journée. En effet, la météo annonce plus de 40 degrés aujourd’hui. Le propriétaire du Ace Motel vient nous saluer alors que nous préparons les vélos. Comme à leur habitude, les coréens sont adorables et il nous souhaite bonne route.
Sur le bitume, la température est affreusement élevée et nous passons notre temps à demander à Clémence comment elle va. Après une vingtaine de kilomètres, on atteint un tout petit village où l’on s’arrête manger. Dans un restaurant à l’allure défraîchie, les têtes se lèvent à notre entrée comme d’habitude. Il n’y a que des hommes attablés mais ce n’est pas du tout la même atmosphère que quand on se retrouve dans cette situation en France. Ils sont souriants et nous mettent à l’aise directement. L’un d’eux nous explique avec quelques mots d’anglais qu’il n’y a pas de menu mais un plat unique. Après notre réponse, il explique au patron que ça nous va.

Dans le plus pur style coréen, on nous apporte comme d’habitude les banchans, les petites assiettes hors d’oeuvre avec toute une diversité d’aliments qui accompagnent les plats principaux. On ne sait pas trop ce qu’on mange mais en se fiant à la règle de rouge = épicé, on s’en sort pas trop mal. Au moment de régler l’addition, le patron nous explique qu’il offre le repas à Clémence. Cet enfant croule sous les cadeaux dans ce pays.
A peine un kilomètre plus loin se trouve le musée du poisson de la rivière Seomjin. Ce n’est pas le genre d’endroit qui est sur la to do list du parfait voyageur en Corée mais il est sur notre route et il nous permet de souffler un peu dans un espace climatisé. C’est d’ailleurs plus un aquarium qu’autre chose et Clémence adore regarder les poissons. Il y a plein d’explications en coréen sur l’impact de la faune et de la flore dans la rivière mais elles ne sont pas traduites. Ce n’est pas grave, on se contente de regarder les raies, les gros poissons et les tortues. Il y a aussi un bassin à loutres en extérieur mais elles manquent à l’appel. Elles aussi se sont probablement réfugiées à un endroit frais.



Le musée a aussi une gigantesque aire de jeux mais le revêtement en gomme au sol ajoute encore des degrés à une après-midi caniculaire. On a nous-mêmes du mal à tenir ne serait-ce que 2 minutes debout au soleil alors on se demande comment Clémence arrive à déployer de l’énergie à courir et grimper partout. Après cinq minutes de jeu, on est obligés de lui expliquer que c’est trop dangereux. Elle ne rechigne pas et nous reprenons la route. Pour se ménager, on cherche l’ombre au maximum. La température est plus supportable à vélo car nous déplaçons de l’air en permanence. On se fait doubler par un groupe de cyclistes sur des vélos de contre-la-montre qui fusent à toute berzingue et nous font des pouces en l’air en nous disant « very strong » (= trop fort) à la vue de notre attelage. On s’arrête néanmoins dans un café tellement climatisé qu’on doit remettre des pulls à l’intérieur.

On prend notre courage à deux mains et on avale les derniers kilomètres avec le vent de face. Nous n’en pouvons plus en arrivant, la sueur qui nous tombe dans les yeux est si salé qu’elle est douloureuse. Heureusement, le Sol Motel se trouve à une encablure d’une plage sur le fleuve. Nous allons y passer une heure, en compagnie de coréens qui pêchent des petits coquillages qui ressemblent à des palourdes. Chercher ces petits crustacés dans le sable amuse Clémence alors on s’y met aussi et cela la captive. C’est apparemment une spécialité locale car on en voit des photos sur les devantures des restaurants en allant manger des burgers de riz.
https://strava-embeds.com/embed.jsDimanche 29 Juin
La nuit n’a pas été très bonne, la faute à un vilain moustique qui s’est introduit dans la chambre on ne sait comment. Ce n’est pas grave, ce n’est pas une si petite bête qui va gâcher notre plaisir. Il fait encore extrêmement chaud quand on sort prendre un petit-déjeuner en ville. La météo annonce 42 degrés aujourd’hui alors on espère ne pas prendre trop chaud et on prévoit de faire 2 bons arrêts sur les 43kms qui nous attendent aujourd’hui. Le cyclotourisme est le mode de déplacement le plus humble qui soit, il force à composer sans cesse avec les éléments. Il n’y a presque pas de solution de secours, il faut toujours jongler avec ce qui se présente.

Avant de quitter l’hôtel, on remplit nos gourdes d’eau glacée et on mouille nos casques et nos casquettes. On explique à Clémence qu’elle doit nous dire tout de suite si elle a trop chaud et qu’elle restera aujourd’hui dans la remorque. Pas de selle à l’avant du vélo bleu pour elle aujourd’hui. La véloroute se jette dans la mer en même temps que le fleuve mais nous bifurquons avant. On chemine sur une route peu usitée qui emprunte de pittoresques chemins agricoles serpentant entre les rizières et nous arrivons à notre arrêt du midi dans le petit village de Okgok. Nous sommes dimanche et le marché de la petite bourgade bat son plein, les visages s’agrandissent de surprise en nous voyant passer avec nos vélos.
C’est un marché couvert typique avec des étals de tous les côtés. On y vend du poisson, des fruits, des vêtements et toutes sortes de choses. On sent qu’ils ne voient pas beaucoup d’étrangers à l’attention qu’ils nous portent. Dans le petit café où nous déjeunons, les serveuses sont encore charmées par Clémence, qui gagne encore un petit pain salé. En faisant le tour des étalages à la recherche d’abricots, on tombe sur des pêches qu’un monsieur nous offre gentiment. Décidément…

Il nous reste une grosse vingtaine de kilomètres jusqu’à l’hôtel. On coupe l’effort quand on aperçoit des jeux d’eau le long de la piste cyclable. Clémence ne les a pas manqué non plus et elle crie en nous les montrant dans sa remorque. Ce qu’on prend au départ pour une simple aire de jeu se trouve être en fait au cœur d’un immense centre commercial. Le lieu est magnifique, dans un écrin de verdure, et on profite de l’installation pour jouer comme des fous avec Bébé et tous les petits coréens qui profitent comme nous de la fraicheur des jets.
https://strava-embeds.com/embed.jsQuand on repart, nous n’avons plus beaucoup de route à effectuer. La piste cyclable est superbement aménagée, l’itinéraire est agréable et on arrive à l’hôtel sans encombre. On se douche et on embarque nos sacs de linge sale pour aller à une laverie. Cela fait sept jours pile depuis notre dernière lessive et la situation devient critique. Heureusement, il y a un kids café juste à côté ce qui nous permet de joindre l’utile à l’agréable. Le lieu est immense, les enfants pourraient y passer la journée. Cassandre profite que Clémence s’amuse bien pour aller acheter des couches au magasin d’à côté et récupérer le linge tout frais. On finit la journée sur un petit restaurant modeste du quartier où nous mangeons encore une fois des plats typiques.



Nous allons nous coucher avec la fierté d’avoir vaincu notre troisième véloroute de Corée du Sud. Ce n’était certes pas la plus longue mais probablement la plus jolie. On y a crevé un des pneus, vécu les inondations et la canicule mais nous sommes arrivés au bout sans encombre. Maintenant, trois jours de repos !
La piste cyclable Seomjingang longe la rivière Seomjin sur près de 149 km, traversant quatre comtés entre Imsil et Gwangyang. Classée parmi les itinéraires les plus pittoresques de Corée, elle alterne entre gorges pittoresques, tunnels réaménagés, pavillons historiques et villages, le tout jalonné de centres de certification pour les cyclistes . Un parcours parfait pour les amateurs de vélo, de nature et de patrimoine local.

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