En pédalant avec entrain pour Busan

Finalement, la sortie de la ville s’est faite sans encombre et paisiblement. Nous sommes pourtant partis vers 9 heures mais les rues étaient étrangement vides. Peut-être est-ce lié à l’élection présidentielle qui a lieu demain ? Aujourd’hui, le ciel est bas et sombre et un vilain crachin nous accompagne.

Ce n’est pas idéal pour rouler mais on s’en accommode par obligation, sans trop s’en plaindre. Par contre, on ne cesse de râler contre le profil de la véloroute qui nous oppose parfois de véritables murailles très difficiles à monter. Tous les sites spécialisés expliquent pourtant que le Séoul-Busan est quasiment plat mais le diable est dans le détail de ce maudit « quasiment ». Au début de la journée, on enchaîne les bosses et on réalise qu’il y a probablement peu de cyclistes qui prennent cet itinéraire aussi chargé que nous. Il faut dire qu’on a bien 15 kilos sur chaque vélo et au moins 25 à tracter quand Clémence est dans la remorque.

Vue panoramique d'une véloroute serpentant le long d'un plan d'eau, entourée de verdure et de collines, avec un ciel nuageux.
Une route sinueuse à la sortie de Najri.

On ne peut que filer sur les vingt premiers kilomètres car il n’y a pas d’endroit où s’arrêter. On traverse des zones agricoles à perte de vue et on observe que le travail y est toujours grandement manuel. Les parcelles des exploitations sont petites, probablement familiales, et des dizaines de personnes s’affairent, penchées sur les récoltes. On voit souvent les têtes sous leurs chapeaux coniques se lever à notre passage et la surprise passer sur les visages. Nous avons parfois droit à un salut ou à un signe de tête.

On s’arrête manger dans un café un peu bizarre où le patron disparaît parfois pendant des dizaines de minutes. La pluie continue de crachiner et nous n’avons pas trop le choix que de faire traîner le repas en jouant au Mistigri avec Clémence. Il nous faut bien manger car nous avons un col à franchir. Et effectivement en arrivant au pied, on comprend pourquoi il s’affiche en rouge sur les applications de vélo. La pente est brutale, autour de 10 % sur 1.5 kilomètres avec des portions à 13 % et nous sommes obligés de faire une courte pause au milieu avant que Stéphane ne fasse une crise cardiaque car c’est lui qui tire la remorque. Après quelques respirations, il repart de plus belle et réussit à monter la remorque jusqu’au sommet mais presque tout le temps en danseuse et avec grande difficulté.

Une cycliste sur une véloroute entourée de verdure et de fleurs jaunes, tirant une remorque, sous un ciel nuageux.
La vélouroute est parfois mal entretenue.

On ne s’arrête pas pour autant en haut car nous souhaitons boucler cette journée maussade le plus vite possible. C’est l’inconvénient du cyclotourisme avec un enfant sous mauvais temps, il est très difficile de l’occuper. Alors que nos journées sont usuellement tournées vers elle, on ne peut rien faire quand il pleut. Alors on roule, on lui parle, on la prend sur la selle à l’avant du vélo et elle gère comme une championne. Elle lit, raconte des histoires, gronde ses jouets pour des bêtises qu’elle a fait la veille, chantonne. Bref, elle n’a pas l’air de s’ennuyer.

Un espace de repos le long d'une route, avec plusieurs vélos stationnés, dont un avec une remorque. En arrière-plan, un pont vert et des montagnes au loin, sous un ciel nuageux.
On a rarement besoin d’attacher nos vélos en Corée du Sud.

En arrivant à Namji, on trouve un hôtel à un tarif raisonnable et puisqu’il a une grande baignoire, on en profite pour jouer dans l’eau. Malheureusement, la pluie est toujours là alors l’aire de jeu sera pour le lendemain.

Mardi 3 Juin

C’est très calme ce matin quand nous quittons l’hôtel. Certes, on ne fait qu’un petit kilomètre jusqu’au café mais les rues sont bien vides pour un mardi. Attablés pour boire nos boissons chaudes du matin, le patron nous parle de son futur voyage en France et il passe d’ailleurs des musiques en français. Il est très sympathique et quand on s’apprête à repartir à vélo, il sort nous rejoindre avec un paquet de cookies maison à la main. « Pour la route », nous dit-il.

On ne va pas pourtant pas loin puisqu’il y a une gigantesque aire de jeu juste en face mais nous acceptons bien volontiers son offrande. D’ailleurs, il est culturellement très malpoli de refuser un cadeau en Corée. Pendant que Clémence s’amuse, on se fait la réflexion que ce qui semble être un immense centre scolaire est bien vide. Et à la fois, on voit tout un ballet de voitures et de personnes de tous âges entrer puis sortir. Une illumination frappe Cassandre : aujourd’hui ont lieu les élections présidentielles !

Vue d'une maison traditionnelle coréenne perchée sur une falaise verdoyante surplombant un lac calme sous un ciel nuageux.
Un petit temple à flanc de rivière.

Il est vrai que la télévision coréenne ne parle que de ça. Nous avons même croisé des candidats en meeting dans Séoul et Daegu. Nous n’osons pas aller jeter un œil au bureau de vote même si la curiosité nous démange. Les jours d’élections sont fériés dans toute la Corée alors les lieux de loisirs sont pris d’assaut. Le restaurant qu’on visait sur la véloroute pour la pause déjeuner déborde d’une queue qui présage au moins la demi-heure d’attente alors que nous sommes arrivés tôt (12h).

Très peu pour nous, on remonte sur nos vélos et on s’arrête manger dans une petite supérette qui surplombe un barrage 5km plus loin. Un peu plus loin, on fait une autre pause dans un café installé dans un hanok, les maisons traditionnelles du pays. Les prix y sont plus élevés qu’ailleurs : un café et un smoothie à la fraise nous coûteront quand même 11€. C’est cher mais c’est juste pour la beauté de l’endroit. On peut s’installer dans des toutes petites salles privatives en tailleur sur des petits matelas autour d’une table basse. Il y a des portes coulissantes entre chaque salle ce qui laisse la possibilité de s’isoler totalement des autres clients.

Nos voisins de salle engagent la discussion. Ici, les hommes sont vraiment plus doux avec les enfants, en particulier les hommes un peu âgés. On lit de la tendresse dans leurs yeux et dans leurs gestes, ils cherchent toujours à faire rire Clémence. Bizarrement et à l’inverse de chez nous, les femmes sont plus indifférentes. D’ailleurs, le visage des femmes du troisième âge est très fermé et dur, cela effraie souvent Clémence. On se souvient quand même que ces personnes ont connu la guerre de Corée qui a pris fin en 1953 puis une dictature qui a survécu jusqu’en 1979. Cela peut effacer des sourires à tout jamais.

Il ne nous reste plus que quinze kilomètres que nous effectuons tranquillement. Juste avant l’arrivée à l’hôtel, nous tombons sur une aire de jeu où nous restons longtemps. Puis nous reprenons les vélos pour quelques minutes et nous arrivons à destination. Ce concept est particulier car notre chambre se situe littéralement au-dessus de notre parking. On peut garer nos vélos, monter un petit escalier et nous retrouver dans une chambre spacieuse pour une nuit de sommeil encore bien méritée.

Mercredi 4 Juin

Ca y est, un nouveau président dirige la Corée du Sud. Lee-Jae Myung est devenu le 21ème président élu par les habitants du pays du Matin Calme. Sans les informations, nous n’aurions pas été au courant. Pas de scènes de liesse, pas de bruit, le fait politique n’a que peu d’incidence sur le quotidien. Il fait beau et déjà chaud quand nous partons ce matin après un petit-déjeuner dans notre chambre. Nous sommes sur les dernières grandes lignes droites avant l’arrivée à Busan prévue pour demain.

Bien que souvent somptueuse, la véloroute des quatre fleuves commence à nous lasser. Le tracé est monotone, il ne propose que peu de relief et traverse finalement peu de points d’intérêts. Il est cependant parfait pour prendre le pouls du pays, s’habituer aux gens et aux infrastructures avant de s’aventurer hors des sentiers battus. Le profil de l’étape est plat, il n’y a plus de difficulté car nous sommes proches de la mer et nous avançons assez vite.

Un cycliste sur une route cyclable entourée de champs fleuris et de collines sous un ciel bleu.
La véloroute traverse des paysages préservés.

Notre premier arrêt, un ancien tunnel ferroviaire réhabilité, nous déçoit. En arrivant, on réalise que l’endroit est payant et excessivement cher. En nous renseignant sur internet, on réalise qu’il sert surtout de spot pour de belles photos Instagram, ce dont nous ne sommes pas particulièrement friands. Nous faisons demi-tour au désespoir de Clémence qui s’est découvert une passion pour les tunnels.

Nous reprenons des forces à un café puis nous filons vers une aire de jeu en pleine nature. On s’y amuse en plein soleil, on fait les zozos selon les mots de bébé mais quand vient l’heure de repartir, un écueil nous tombe dessus. L’une des roues de la remorque est à plat. Nous roulons avec depuis trois ans, elle a fait des milliers de kilomètres et elle nous lâche maintenant, en Corée du Sud ! Heureusement, nous avons une chambre à air adéquate de rechange et nous constatons qu’une méchante épine s’est plantée dedans. Clémence aide à la réparation en éparpillant les outils et en partant à 300 mètres avec le démonte-pneu.

Gros plan sur un pneu de vélo avec une épine plantée dans la bande de roulement, en arrière-plan flou, suggérant un environnement naturel.
Voici l’arme du crime.

Peu sûrs de la roue, nous préférons finir notre route en vitesse. Elle tient finalement très bien et nous arrivons tôt à l’hôtel, ce qui n’est jamais un problème car les chambres sont toujours prêtes. Encore une fois pour une trentaine d’euros, nous avons une chambre spacieuse avec un immense lit et un combo douche et baignoire. Le moindre motel propose des services qui feraient pâlir nombre d’établissements français.

Nous ressortons prendre un goûter, Clémence se fait encore offrir des friandises puis nous trouvons une énième aire de jeu. Après le bain, nous sortons manger dans un restaurant japonais. On pense être en sécurité, à l’abri des épices. Mais non, le plat de tteoks (gateaux de riz coréens de forme cylindrique) en sauce que nous avons pris ressemble à l’antichambre de l’enfer, la moindre bouchée décolle les muqueuses de la bouche. On transpire et on pleure mais on se force à manger pour ne pas gâcher car nous n’avons pas grand-chose dans l’estomac. Clémence nous nargue avec son assiette de frites, les yeux rivés sur un match de baseball diffusé à la télévision. La journée se termine là pour elle car ses yeux se ferment presque tout seul. On fait une dernière balade dans le petit quartier où nous dormons avant de rentrer à l’hôtel autour de 20h.

Une mère et son enfant circulent à vélo sur une piste cyclable au bord d'un lac, entourés de collines verdoyantes et sous un ciel bleu ensoleillé.
En approchant de Busan, l’air se réchauffe et commence à sentir l’iode.

Commentaires

Une réponse à « En pédalant avec entrain pour Busan »

  1. Avez-vous retrouvé Mistigri le chat ?

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