De Castres à Bedarieux, en essayant d’échapper à la pluie.

Jour 1, où l’on s’échappe en train

Quand nous ouvrons les yeux, Clémence est au milieu du lit. Elle s’est faufilée vers 6h du matin parce que le lit parapluie n’arrête pas de craquer et que ça l’empêche de dormir. Il pleut toujours dehors, on entend les gouttes frapper la toiture en terre cuite de la chambre d’hôtes. Nous descendons au petit-déjeuner pour 8h30 et nous profitons d’un véritable festin concocté par la maîtresse des lieux. Il y a des fruits, du pain, des yaourts maison, de la brioche et même une gaufre à la courgette.Tout ceci nous permet de prendre des forces avant l’étape la plus redoutée par les cyclotouristes : le train.

Ce mode de transport peut être à la fois le plus charmant du monde mais aussi un enfer caractérisé. Quand les trains sont vides, tout roule. Il nous suffit d’entrer dans le train, caler nos vélos et de laisser la poussette dans une allée. C’est le cas ce matin à Castres et nous avons en plus la bonne surprise de trouver le train sur le premier quai, ce qui nous évite des escaliers ou des ascenseurs.

Ce n’est pas le cas à Toulouse où nous devons passer les vélos un par un dans un ascenseur pour descendre dans les couloirs puis rebelote pour remonter sur le quai de sortie. D’ici, nous allons manger un bout rapide à la Maison du Vélo sise juste en face de Toulouse Matabiau. Dans un délai de 45 minutes, nous dégustons un excellent entrée/plat avant de repartir vers la gare pour attraper l’express pour Perpignan afin de descendre à Carcassonne. Nous reprenons le double ascenseur et nous avons la mauvaise surprise de trouver le train à quai mais déjà presque plein.

C’est là que la logistique devient compliqué. Il faut demander aux gens de se pousser, trouver un endroit pour les sacoches, plier la remorque, réussir à caler les vélos. Nous nous en sortons juste à temps pour le départ. Clémence est ravie de notre journée en train et elle discute avec les voisins de carré. Avant de descendre à Carcassonne, un jeune homme enclenche la discussion et il nous avoue que hormis la cité médiévale, la ville n’a pas grand intérêt.

On aimerait bien poursuivre la discussion mais puisque nous ne descendons pas à un terminus, il faut que nous fassions preuve de rapidité. Nous sommes maintenant assez rodés : Clémence retourne dans la poussette, Stéphane remet les sacoches sur les vélos qui sont disposés face aux sorties. Ainsi nous ne perdons pas de temps et si les autres voyageurs râlent, ils sont obligés de nous aider à sortir. Notre détour par Toulouse pour aller sur Carcassonne illustre cependant l’extrême pauvreté des transports publics hors des grandes villes. Nous avons eu beau tordre le problème dans tous les sens, il nous a fallu faire plus de 3h de train et payer 60€ pour un trajet qui prendrait à peine une heure en voiture. Et si nous sommes à Carcassonne, c’est à cause de ce maudit mauvais temps. La pluie n’en finit plus et nous voulons être sur la ligne de train pour pouvoir rentrer chez nous si le temps continue à faire des siennes.

Après que Clémence ait fait une sieste Entre Bastide et Cité (du nom de la chambre d’hôtes), nous filons pour visiter la cité sous un crachin digne de la Bretagne. Habitée depuis la protohistoire, la cité de Carcassonne est tout simplement magnifique. Il n’y a pas d’autres mots. Les murs, les remparts, les pavés, absolument tout transpire l’histoire récente ou ancienne. Malgré la grisaille, nous la trouvons sublime. Notre déambulation hasardeuse nous mène à la basilique Saint-Nazaire où des dizaines de cierges de couleurs sont allumés. Clémence s’en étonne et nous demande de qui est-ce l’anniversaire, ce qui nous provoque un fou rire que l’on contient pour ne pas troubler la quiétude de l’église.

Carcassonne nous fait une bien meilleure impression que Castres, pourtant les deux villes sont à tailles identiques. Mais ici, les trottoirs sont vastes, les espaces publics ne manquent pas et la conduite des automobilistes semble moins agressive qu’à Castres. Malgré la pluie, nous réussissons à passer une bonne journée et juste avant de dormir, nous préparons minutieusement une étape à vélo au cœur des vignobles du Minervois pour le lendemain.

Où nous avons dormi : Entre Bastide et Cité, un excellent hôtel aux portes de la cité.

Jour 2 : à travers les vignobles du Minervois

Au petit-déjeuner, Karine amène la discussion sur le sujet de la pluie. Voir la pluie à Carcassonne relève d’un petit miracle car le département de l’Aude est désespérément dépourvu d’eau. Et quand elle finit par tomber, elle emporte tout sur son passage. Elle plonge dans ses souvenirs pour nous narrer les crues de l’Aude, qui traverse son quartier. Très fréquemment, Carcassonne se réveille les pieds dans l’eau. Un moindre mal comparé à certains villages en amont, où certains hameaux finissent tout simplement rayés de la carte.

Aujourd’hui, il fait heureusement un temps acceptable et nous quittons son auberge pour rallier le canal du midi. Encore une fois, on accommode les cyclistes à peu de frais. Le revêtement est horrible, parfois la trace ne permet qu’à peine de passer un vélo et nous sommes obligés de remonter sur la route. Les départements et les agglomérations ont beau jeu de communiquer sur la cyclabilité de leurs territoires quand elles gonflent leur nombre de kilomètres de voies cyclables avec ce genre d’itinéraires affreux.

Arrivés à Restes, nous faisons un petit stop par le supermarché puis nous suivons l’itinéraire numéro 6 de l’Aude à Vélo. Cela faisait longtemps mais nous retrouvons avec plaisir des panneaux indicatifs des villages les plus proches. Il est to u ours agréable quand on se déplace à vélo de pouvoir savoir régulièrement à quelle distance nous sommes du village le plus proche.

A midi, nous faisons une halte dans une superbe aire de jeux ombragée. Ce sont les arrêts parfait pour nous car ils permettent à Clémence de s’amuser autant qu’elle veut (et nous avec). Après le pique-nique, nous repartons vers Azille à une quinzaine de kilomètres. Puisque bébé ne dort pas, nous cherchons une aire de jeux que nous trouvons. Celle-ci possède non pas un mais deux toboggans alors on s’y amuse pendant une petite heure avant d’aller boire un café à Pepieux.

Tous ces noms de villes si charmants et si pittoresques n’invoquent rien au touriste des guides et des sites internet mais ce sont pourtant les paradis des cyclotouristes. Peu de trafic, des endroits authentiques et surtout des gens que l’on croise et qui ne sont pas blasés des touristes. La route des vins du Minervois est méconnue mais elle est pourtant magnifique. Les routes sillonnent des coteaux et des vignobles à en perdre la tête. D’ailleurs, nous sentons une forte odeur de raisin dans chaque village traversé, ce qui signifie que les vendanges ont bel et bien démarré.

Au détour des petits sentiers que suit la route pour les vélos, nous croisons plusieurs énormes pompes en action qui nous alertent. Ici, on pompe l’eau des nappes phréatiques alors que nous sommes en alerte sécheresse depuis belle lurette. Notre hôte du soir, un homme d’une soixantaine d’années à la peau tannée par le soleil, nous raconte son désarroi face au manque d’eau. Ses arbres et ses plantes meurent toutes à petit feu.

C’est aussi le constat que fait un des voisins qui lance la conversation quand on passe proche de son jardin. « C’est sec hein ? » nous interpelle-t-il. Il nous explique que l’espèce de douve qui sépare son jardin de la ruelle où nous nous tenons abritait un ruisseau encore trois ans en arrière. Or, il est désespérément à sec et la moitié de son potager est déjà morte, brûlée par le soleil.

Quand on lui dit qu’on a pourtant subi plusieurs jours de pluie entre Bedarieux et Mazamet, il se dit peiné pour nous mais heureux pour lui. Puisque l’eau coule de la Montagne Noire, peut-être que son ruisseau verra un filet d’eau en ce mois de septembre. Mais rien n’est moins sûr.

Jour 3

Notre ami d’hier soir doit être content. Le ciel est noir charbon, les nuages sont prêts à exploser. En mangeant des croissants surgelés gentiment offerts par notre hôte, on se demande la meilleure stratégie à adopter : partir maintenant et espérer passer entre les gouttes ou attendre que ça pète et aviser après ?Malheureusement, on fait le choix de tenter notre chance mais à peine 6 kilomètres plus loin, la pluie commence à tomber. D’abord en léger crachin, ce qui nous permet de jouer un peu dans un petit parc à côté d’une école maternelle. Le territoire est déserté, nous discutons avec l’enseignante de la seule classe encore existante. La pluie est une bénédiction pour eux, même si elle ne suffira jamais à compenser tout ce qu’il manque en eau.

C’est cependant un vrai calvaire pour nous. L’intensité et la grosseur des gouttes s’amplifient et on est obligés de se retrancher dans un abribus assez robuste. Clémence est un modèle de patience, heureusement pour nous. On s’amuse comme on peut sur les petits bancs en observant les voitures passer à toute vitesse. Une petite éclaircie pointe le bout de son nez et on file à toute allure vers Aigues-Vives où nous mangeons dans un restaurant très convivial.

Plat unique sur la carte, accompagnement à volonté et affiches de groupes de musique française constituent le décor de cet endroit très sympathique. Beaucoup de groupes de la région y ont donné leur premier concert mais le patron a cessé l’activité musique. Les gens ne consomment plus, nous confie t-il d’un air dépité, et c’est devenu impossible de rentrer dans ses frais.

Quand on sort du restaurant, il est déjà 13 heures et nous n’avons parcouru que 8 kilomètres sur les 36 que représente notre étape du jour. Nous décidons de les enquiller d’une traite et nous roulons à bonne allure. Notre Kona Rove, pourtant un vélo d’excellente facture, montre des signes inquiétants de fatigue. En effet, le disque avant grince et frotte régulièrement dans son étrier. Les deux plus petites vitesses ne passent plus, ce qui complique énormément la tâche dans les montées.

En revanche, le Touring 520 de Décathlon semble pouvoir partir à la guerre. Il n’a jamais le moindre souci, le moindre petit bruit de mécontentement. Il est certes plus lourd mais ce qu’il pèse, il le compense largement par sa fiabilité et son confort.

Pour ne rien arranger, nous avons le vent de face et la fin de périple commence à être vraiment pénible. De plus, l’itinéraire que nous suivons, le joliment nommé l’Oenovélo nous fait encore passer sur des chemins cabossés et plein de cailloux. Stéphane manque même de tomber en glissant dans un amoncellement de sable. Nous arrivons à 16h à notre Airbnb à Cessenon-sur-Orb.

La journée n’est pourtant pas finie. Stéphane reprend le vélo jusqu’à la gare de Magalas à 20 kilomètres pour prendre le train jusqu’à Bedarieux et récupérer la voiture. Le climat capricieux a eu raison de notre motivation et la prévision météo du samedi, pluie pluie pluie, a fini de nous décourager. Pour la première fois, on a fait l’expérience du voyage à vélo sous un climat difficile. Même si cela ne nous a pas fait plaisir, on se dit que ça fait partie de l’expérience du cyclotourisme. Quand on veut profiter de la nature et de l’extérieur au maximum, il faut en accepter les aléas. Ce sera mieux la prochaine fois !


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