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Jeudi 9 Mai 2024 : Jour 6
Les français le savaient évidemment mais le 8 Mai était tous les ans un jour férié en France. Nous savions donc d’avance que les routes seraient très empruntés en ce mercredi car bon nombre de gens faisaient le pont. Clémence avait passé une nuit compliquée et elle se réveillait assez tard, ce qui nous laissait le temps de profiter du petit-déjeuner inclus dans le prix de la nuit. Le soleil rayonnait déjà dans le ciel, la journée promettait d’être très belle.


Notre étape du soir ne se situait qu’à 27 kilomètres, ce qui nous laissait tout le loisir de flâner le long du Tarn et de profiter de moments privilégiés avec notre fille. Nous tirions la remorque à tour de rôle et lorsque nous arrivions à La Malène, un tout petit village surpeuplé de voitures et de camping-car, un groupe de motards assez âgés nous interpella :
Alors, c’est madame qui tire la carriole ?
Cette remarque ne venait pas pour la première fois à nos oreilles. Les gens d’un certain âge pensaient dur comme fer qu’une femme ne pouvait pas accomplir d’effort physique trop exigeant. Stéphane leur répondit que Cassandre possédait une bien meilleure condition physique que lui et que ça nous semblait normal. En vérité, nous possédions probablement les mêmes capacités mais nous souhaitions éduquer notre fille à ne pas se fixer de limites. Il était important pour nous qu’elle ait des modèles qui ne se cantonnent pas aux rôles assignés aux femmes. Nous reprenions la route sur ce qui se révélait être la plus belle portion du voyage. Les voies sinueuses à flanc de falaise et en bord de Tarn donnaient un paysage sublime, digne des plus beaux endroits du monde.

En Lozère, des petits villages méconnus semblaient sortis tout droit de films hollywoodiens. L’ancienne commune de Saint-Chély-du-Tarn proposait un paysage digne d’un conte de fées. On y accédait par un pont en arche qui révélait une superbe cascade. Malheureusement, pour noircir ce tableau, l’endroit est plein d’automobilistes agacés car le pont ne pouvait accueillir qu’une voiture à la fois. Or, la civilité s’arrêtait ici à la primeur du passage et des places de parking. Le concert de klaxon couvrait quasiment le grondement de la cascade. Nous garions les vélos rapidement pour échapper aux voitures et nous empruntions la petite rampe d’accès pour batifoler dans l’eau.

Nous faisions des sauts de puce toute la journée, d’aires de jeux en bord de rivière. Clémence n’arrivait pas à s’endormir et ce n’était qu’aux alentours de 17 heures qu’elle sombrait dans les bras de Morphée alors que nous arrivions à notre village étape du soir, Gorges-du-Tarn-Causses. L’hôtel Burlatis où nous logions proposait des chambres assez exiguës mais suffisantes. Nous rangions nos vélos dans la cave puis nous filions tremper nos pieds dans ce Tarn que nous suivions à la trace depuis plusieurs jours. Nous commencions à bien la connaître, cette rivière sinueuse qui traçait calmement son chemin jusqu’à la Garonne.

Nous avons dormi à l’hôtel Burlatis. Les chambres sont petites mais le petit-déjeuner est copieux et les gérants très gentils.
Vendredi 10 Mai 2024 : Jour 7
La propriétaire de l’hôtel Burlatis possédait une gouaille toute marseillaise, ville dont elle provenait. Au petit-déjeuner, elle racontait à ses clients les histoires de sa nouvelle vie dans ce village reculé avec son mari ardennais. Tous deux se plaisaient énormément ici, malgré l’activité uniquement saisonniere.
Pour rien au monde nous reviendrons en arrière ! nous confiaient-ils
Ce propos revenait souvent dans la bouche des gens que nous rencontrions. Les fuyards des grandes villes se plaisaient souvent dans les petits villages, du moins ceux qui restaient assez longtemps pour en parler. À 10 heures, il fallait bien fausser compagnie à cette dame attachante pour recoller nos roues au bitume et avancer inexorablement vers les Cevennes. Une heure après, gavés de somptueuses vues sur les gorges, nous descendions une côte à pic pour rejoindre le village de Prades.


Le village transpirait d’une histoire médiévale et d’un emplacement longtemps reculé, un peu hors du temps. La petite plage donnait sur les habitations presque troglodytes, semblant être creusées dans la roche de la falaise. Nous remontions le cours du Tarn jusqu’à sa source et étonnamment, l’eau devenait plus chaude au fil de notre montée. L’inverse aurait été plus logique et ce constat nous surprenait tout en nous ravissant. Clémence ne craignait de toute façon pas le froid, trop heureuse de pouvoir batifoler à sa guise.
A Ispagnac, nous décidions d’un arrêt stratégique pour nous ravitailler et pour profiter d’une aire de jeux. Située juste à côté d’un champ avec deux ânes, elle attirait aussi un couple de bordelais avec un bébé de l’âge du nôtre. Nous les laissions jouer tous les deux et nous en profitions pour manger ensemble. Nous avions besoin de reprendre des forces car un morceau épineux de notre voyage à vélo se dressait devant nous.

En effet, sur la véloroute des Gorges du Tarn, quelqu’un s’était dit que faire passer le tracé sur une route à 90 kilomètres par heure était une bonne idée. En arrivant sur la portion en question, nous ne faisions pas les malins et on espérait de tout notre cœur que les automobilistes du coin aient assez l’habitude des cyclistes pour y faire attention. Malgré la prudence des voitures et des camions, ces 5 kilomètres nous paraissaient très long car il n’était jamais agréable de se faire doubler par des véhicules allant à des vitesses élevées. Nous poussions un ouf de soulagement en arrivant à Florac et le détour par l’Intermarché nous parut presque agréable.
Nous achetions quelques vivres avant de rejoindre le camping du soir. Le Chantemerle situé le long du Tarn. Nous avions réservé une petite cabine très pittoresque pour passer la nuit au frais et peut-être voir des étoiles. Très vaste, le camping proposait aussi une aire de jeu et une petite plage, deux emplacements dont nous profitions pour la majeure partie du reste de la journée. Clémence sombrait dans le sommeil assez tôt et nous saisissions l’opportunité de cette occurrence rare pour manger en tête-à-tête au restaurant de l’endroit. Le repas se voulait simple et sommaire mais le cadre et l’ambiance conviviale rendaient la soirée fort agréable.

Où nous avons dormi : le Camping Chantemerle était très agréable. Il y a une plage sur le Tarn, une belle aire de jeu et un restaurant vraiment sympathique. Nous vous déconseillons cependant vivement le petit-déjeuner qui frôle l’arnaque.
Samedi 11 Mai 2024 : Jour 8
https://strava-embeds.com/embed.jsNous avions pris le supplément pour bénéficier du petit-déjeuner au camping et rarement nous n’avions plus regretté cette décision. Le gérant du camping était désorganisé et les portions frolaient l’insolence. Quelques pauvres tartines de pain ainsi que du café à peine tiède consistaient son idée d’un premier repas de la journée.
Tres déçu, nous devions même donner des gâteaux à Clémence avant de démarrer. Notre déception s’intensifiait à l’idée que la plus grosse journée de notre périple nous attendait et qu’il nous fallait affronter 25 kilomètres de montée et presque 1000 mètres de dénivelé positif. En effet, il nous fallait traverser les Cevennes pour atteindre Genholac à 45 kilomètres et la fin de nos vacances.

Il faisait encore très chaud ce 11 mai et nous étions inquiets quant à la santé de Clémence. Depuis le matin, elle nous paraissait plus amorphe que d’habitude et nous craignions le coup de chaud. Couverte d’une casquette que nous humidifions régulièrement, elle ne semblait pas dans son assiette. Même une fois la première partie de la montée effectuée et l’arrivée à Pont-de-Montvert, elle jouait mollement dans la grande aire de jeux du village. Le village ne présentait aucun signe distinctif, à part ce charme pittoresque qui semblaient s’être répandu sur tous les villages de Lozère.
Il nous fallait cependant reprendre la route et attaquer la montée jusqu’au sommet du col de la croix de Berthel que nous franchissions à 13h30. De là, l’itinéraire s’adoucissait un peu et nous pouvions relâcher l’effort pour profiter de la gravité et ainsi nous laisser aller jusqu’à Vialas, en contrebas. Juste avant l’arrivée au village, au détour d’un virage, on apercevait le Mont Ventoux au loin. Une pointe d’émotion nous saisissait alors car le mont Chauve, de son surnom, représentait la région dans laquelle nous vivions, le Vaucluse. Et si on le voyait si bien, cela signifiait qu’on était arrivés depuis Toulouse presque jusqu’à chez nous.

Cette pensée nous accompagnait jusqu’à Vialas où nous faisions une pause fraîcheur et santé. Clémence déclarait clairement de la fièvre et nous passions au doliprane, médicament qui ne quittait jamais nos sacoches. Nous décidions alors de ne pas traîner et de filer vers Genholac où notre logement ne se situait plus qu’à 4 kilomètres. Mais un souci se dressait devant nous et pas des moindres : nous n’avions pas anticipé que les quatre dernières bornes seraient en montée.
Et pour ajouter au comble de l’agacement, Komoot décidait de nous faire prendre le mauvais chemin et nous envoyant sur des pentes à 20% qui finissaient par un chemin de randonnée. Après un demi-tour, on se retrouvait sur la bonne route avec un dénivelé de « seulement » 8% et des virages à 15%. Nos jambes tremblaient d’épuisement en arrivant au Mas Nouveau mais quelle fierté d’avoir accompli cette traversée !

Où nous avons dormi : le Mas Nouveau à Genholac. Un endroit splendide, un personnel aux petits soins et un petit-déjeuner très copieux.

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