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Lundi 6 Mai 2024 : Jour 3
https://strava-embeds.com/embed.jsLe temps était encore maussade ce matin là. Nous retardions le départ mais à 10h, il fallait bien s’adapter au climat pluvieux de ce début mai. Nous n’avions plus d’autre choix que de cesser de repousser l’échéance. Avec le sac poubelle qui recouvrait les sacoches du Riverside Touring, Clémence bien à l’abri dans sa remorque et armés de nos kways, nous partions à l’assaut de la petite départementale qui bordait le Tarn.
Les quelques gouttes du départ avaient dû attirer des copines parce qu’il commençait à pleuvoir si fort que nous étions obligés de nous arrêter à Trebas, sous un abribus de fortune où nous grignotions quelques vivres de supermarché. Quelque peu frigorifiés, nous avions prévu de nous arrêter au café du village pour nous offrir une boisson chaude mais un cycliste prenait le temps de s’arrêter à notre hauteur malgré la pluie.

Goguenard, il nous expliquait que le gérant l’avait traité comme un moins que rien et il nous déconseillait fortement les lieux. Après un passage sur sa page Google, catastrophique, nous décidions de filer tout droit. Le café attendrait. D’ailleurs, nous roulions à bonne allure, un bon 16.5 km/h, et cela nous permettait d’arriver à l’étape du jour en début d’après-midi. En cette basse saison, notre chambre se tenait déjà prête et après avoir rangé les vélos dans un garage poussiéreux et humide, nous pouvions partir à la découverte de Brousse-le-Château.
Situé dans l’Aveyron, ce petit village comportait quatre immeubles protégés au titre des monuments historiques. Ils siégeaient en fait tous au même endroit, dans une sorte de vieux bourg pavé qu’il fallait monter pour en apprécier toute la splendeur. Ce genre d’endroit respirait l’histoire mais la petite, pas celles des grandes guerres de pays. On sentait que Brousse avait eu son importance locale, comme témoignaient les vieux murs. Malheureusement, seulement une petite centaine d’âmes habitaient encore aujourd’hui le hameau.



Après avoir visité les rues en pente et en avoir admiré les jolis rosiers, nous mettions Clémence à la sieste dans la chambre puis nous descendions boire enfin ce café. Nous croisions, attablées autour d’une boisson chaude, deux jeunes cyclistes que nous avions dépassés plusieurs fois dans la journée, au gré de nos arrêts. Nous engagions assez facilement la conversation avec Alice et Florence, deux cousines dans la vingtaine, qui s’offraient un voyage à vélo entre Toulouse et Millau pour aller assister à l’anniversaire de leur grand-mère.
Où nous avons dormi : Nous avons passé la nuit au Relays du Chasteau. L’endroit était très sympathique, pour un prix raisonnable. Le restaurant sur place est bon.
Mardi 7 Mai 2024 : Jour 4
https://strava-embeds.com/embed.jsIl pleuvait toujours le lendemain matin, ce qui expliquait notre lenteur au petit-déjeuner. Nous préférions savourer nos boissons chaudes tranquillement avant d’affronter le climat rigoureux de ce début mai. Le cyclotourisme était une immersion sans filtre dans la nature, une vulnérabilité acceptée mais parfois subie. Il n’y avait pas d’issue magique, de tour de passe-passe pour lutter contre le mauvais temps.
Il n’y avait qu’une seule vraie solution : prendre son courage à deux mains et résister le plus longtemps possible. Peu avant 10h, nous préparions nos vélos et nos morals. Il fallait les protéger de la pluie au maximum, au propre comme au figuré. Mais à peine une heure après le départ, nos habits perlaient déjà de pluie, complètement imbibés. On faisait un premier arrêt dans un petit supermarché de campagne, à l’apparence rustique. Ici, pas d’organisation au millimètre mais un sérieux bazar qui nous offrait quand même un refuge bienvenu. On y achetait quelques vivres puis on repartait, toujours aussi humides.



A peine 10 kilomètres plus loin, nous étions contraints de faire un nouvel arrêt à Le Truel. Sous un abribus, on s’installait pour grignoter car nous n’étions pas sûrs du tout de retrouver un tel abri plus loin. Après quelques dizaines de minutes, nos deux amies de la veille pointaient le bout de leur guidon et s’arrêtaient aussi en nous voyant. Nous partagions alors notre déjeuner et elles repartaient un petit peu avant nous.
Quand nous prenions la route aussi, nous étions surpris de les retrouver moins d’un kilomètre plus loin en train de faire des réparations d’ampleur sur un dérailleur. N’ayant pas les compétences nécessaires pour les aider et les voyant surtout en maîtrise, on leur souhaitait bonne chance avant d’attaquer la fin de notre parcours.
Heureusement pour nous, le soleil décidait de se joindre à la fête et c’était en t-shirt que nous arrivions à Saint-Rome-de-Tarn, un charmant petit village qui se nichait légèrement en altitude par rapport à la rivière. Nous logions ce soir dans un camping, qui abusait légèrement de l’appellation. En effet, le camping La Cascade n’était en fait qu’une longue enfilade de mobil-homes, si bien qu’on aurait dit un lotissement vu du ciel.



L’endroit était affreusement vide en cette période de l’année et c’était sans mal que nous accédions à notre logement. L’intérieur était petit mais amplement suffisant, et nous nous trouvions à deux pas de l’aire de jeux, un plus non négligeable dans la tâche ardue d’occuper chaque jour un enfant de deux ans. Nous y jouions après sa sieste puis nous montions dans le cœur du village pour grignoter à la brasserie.
Attablées en terrasse, nous retrouvions nos deux copines qui avaient donc bien réussi à réparer et à arriver à bon port. Nous nous installions ensemble et on passait le repas à raconter nos expériences de voyageurs à vélos pendant que Clémence s’amusait à construire des tours en Lego. Malgré la pluie, nous avions passé une excellente journée.
Où nous avons dormi : nous avons passé la nuit au Camping la Cascade. Plus résidence de vacances que camping mais très sympa néanmoins avec beaucoup d’infrastructures.
Mercredi 8 Mai 2024 : Jour 5
https://strava-embeds.com/embed.jsCe matin là, un disque jaune brillant faisait son apparition dans le ciel. Cela faisait presque dix jours que nous ne l’avions pas vu et nous avions presque oublié son nom : le soleil !
L’atmosphère presque estivale rendait le pédalage plus qu’agreable. Puisqu’il faisait beau et que Clémence avait gentiment patienté dans sa remorque les jours de pluie, c’est avec plaisir qu’elle montait sur la selle shotgun à l’avant du Touring. D’ici, elle pouvait profiter comme nous des merveilles du voyage à vélo. À cause des récentes pluies, le Tarn se trouvait à un niveau très haut et il remplissait complètement la vallée d’un très joli bleu.
Profiter du paysage ne paraissait cependant pas être dans les priorités de la camionnette qui nous doublait à vive allure en nous frôlant et en se rabattant juste devant Cassandre et Clémence. Malgré nos protestations, il ne s’arrêtait pas et nous ne pouvions que le maudire et garder nos colères pour nous. Après tout, cela représentait aussi la triste réalité des cyclistes en France, il était impossible de rouler dix kilomètres sans être mis en danger par un automobiliste.
Nous cherchions quand même le véhicule au village de Peyre pour voir s’il n’était pas stationné sur le parking municipal. Pour y accéder, il fallait grimper une rampe bien raide et nous arrivions en haut tout transpirants. Déjà classé dans les plus beaux villages de France grâce à ses maisons troglodytes cachées sous la falaise, Peyre connaissait un regain d’intérêt depuis la création du Viaduc de Millau. En effet, depuis ses rues en terrasse, le panorama offrait des vues imprenables sur l’un des plus grands ponts du monde.



Après nous être baladés dans toutes les ruelles pittoresques, nous rallions Millau assez rapidement où nous faisions un arrêt boulangerie pour pouvoir faire la pause déjeuner sur une aire de jeu. La commune de Millau offrait un bel écrin aux bords du Tarn avec une longue promenade complètement aménagée pour les mobilités douces. Elle faisait partie de la Veloroute du Tarn et nous la suivions à travers la ville pour continuer notre chemin.
La traversée de Millau n’était pas des plus agréables et nous pensions en être enfin sortis quand nous nous retrouvions sur une nationale avec un panneau 110. Quel aménageur, quel dirigeant pouvait bien penser que ça représentait une bonne idée ? Complètement abasourdis, nous nous arrêtions sur le bas côté pour vérifier notre itinéraire. Oui, nous étions bien sur la trace. Pas suicidaires, nous faisions demi-tour pour rallier l’autre rive et sa petite départementale bien plus tranquille. De ce côté, nous entendions le vacarme des voitures traçant leur route à toute vitesse et nous ne pouvions que saluer notre choix.
Après 25 kilomètres, la route serpentait en descente dans un petit village nommé Le Rozier où nous faisions un arrêt salutaire. Clémence se réveillait de sa sieste, on dégustait une gaufre en terrasse. Ce petit village charmant se noyait sous les voitures, les bruits de klaxon emplissaient l’atmosphère. Les rues de la bourgade affichaient des dimensions trop modestes pour que les véhicules se croisent, cela créait des frustrations monstres chez les automobilistes qui se battaient aussi pour les places de parking.


Nous n’étions pas mécontents de réussir à s’extirper de cet amas de voitures en remontant ce qui représentait le véritable début des gorges du Tarn. Là, la route commençait à dévoiler toute sa beauté. La forêt se densifiait et la falaise donnait un cachet tout particulier à l’ensemble, surtout quand il s’agissait de franchir les tunnels creusés dans la roche. Depuis sa remorque, Clémence criait à chaque fois « oh, un tunnel » ce qui nous amusait beaucoup.
Nous arrivions à 18h30 à notre chambre d’hôtes du soir, le Moulin de Parayre. Il était rare que nous soyons si tardifs et nous passions presque directement à table. Notre chambre se trouvait à l’étage et bizarrement, un anniversaire se tenait dans le grand couloir juste à côté de notre porte. Après le repas, nous nous trouvions obligé de mettre un bruit blanc dans la chambre pour réussir à dormir. Cela faisait aussi partie de l’expérience de ne jamais dormir au même endroit, les surprises se multipliaient, bonnes comme mauvaises.
Où nous avons dormi : le Moulin de Parayre est très bien situé sur la véloroute des gorges du Tarn. Les chambres sont grandes et on peut très bien manger au restaurant.

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