L’itinéraire du lendemain nous amenait à traverser trois états. Le Nevada d’où nous partions, l’Arizona qu’on franchissait pour une cinquantaine de kilomètres puis l’Utah en destination finale. L’état mormon américain abritait des parcs nationaux à la renommée mondiale qu’il nous tardait de découvrir. On s’arrêtait dans la ville de Saint-Georges pour dormir, une petite ville de « seulement » cent mille habitants qui ressemblait aux autres villes américaines avec des grandes enseignes, des fast-food et de longues rues perpendiculaires. Au cours de ce road-trip, on se rendait bien compte que les points de vue sur les États-Unis étaient souvent plein de clichés.
Bien sûr, il y avait une part de vérité mais ce pays était tellement plus que les opinions prémâchées qu’on entendait à longueur de temps. Il était par exemple possible de très bien manger partout et nous n’avions que l’embarras du choix pour choisir un restaurant. L’offre était aussi pléthorique dans les supermarchés et on se dirigeait souvent vers cette option pour économiser sur notre budget. Entre manger au restaurant tous les jours ou prolonger nos voyages de plusieurs jours avec l’argent non-dépensé, notre choix était vite fait. On en profitait aussi pour acheter notre repas du lendemain midi, un sandwich généreux pour aller affronter les pistes du Zion National Park.





Parc mythique de l’ouest américain, notamment pour son apparition dans Butch Cassidy and the Sundance Kid, il aurait laissé bouche bée même la personne la plus blasée du monde. Nous étions toujours en hiver et de la neige était encore bien visible sur toutes les façades rouges des montagnes environnantes. Ce que nous n’avions par contre pas prévu, c’était que tout était gelé à partir d’une certaine altitude. Cassandre avait des chaussures plus glissantes que moi et elle se trouvait parfois obligée de s’accrocher pour ne pas tomber. On faisait les idiots comme d’habitude et après une vingtaine de minutes de marche, on se trouvait complètement seuls au monde.
Pas un bruit hormis celui du vent qui balayait doucement la gorge dans laquelle nous avancions. De toute notre ascension, on croisait une seule famille, les deux parents et deux enfants, équipée comme pour faire de l’alpinisme avec des crampons et des crochets. On faisait pâle figure avec nos baskets et nos joggings mais on atteignait le sommet sans trop de difficultés. Il avait été nommé Angels Landing, probablement parce que la vue qu’il offrait donnait l’impression de survoler la vallée et d’avoir été touchée par les anges. On pouvait observer le canyon et les courbes élégantes qu’il dévoilait en contrebas. On s’asseyait sur l’argile rouge pour manger nos sandwichs et à peine les bouts de pains sortis, on voyait débouler plein de petits écureuils pas trop farouches. Ils avaient visiblement l’habitude de voir des humains et même si on refusait de les nourrir, ils venaient chaparder chaque miette qui tombait au sol.







Même s’il faisait froid, le soleil tapait fort sur les visages et on préférait redescendre avant d’attraper un coup de soleil. C’était parfois plus compliqué de garder l’équilibre sur les parties pentues mais on rigolait toujours autant. Je tombais bêtement en imitant un skieur lancé tout schuss et j’atterrissais heureusement dans la poudreuse sur un bas-côté. On récupérait la voiture puis on empruntait la route scénique à bord de falaise du Zion National Park afin de rejoindre Page, plus bas en Arizona.
C’était la porte d’entrée pour plusieurs attractions touristiques mondialement connues notamment le Grand Canyon et Antelope Canyon. On s’enregistrait dans un hôtel bas de gamme et on allait d’abord voir le fameux Horseshoe Bend, cette courbe en forme de fer à cheval produite par le fleuve Colorado, que l’on pouvait admirer dans des films comme Into The Wild où le personnage principal y descend en canoë. Le niveau de sécurité absolument famélique nous surprenait énormément. Rien ne nous séparait du vide et les abords du canyon présentaient plein d’irrégularités qui rendaient vraiment le tout dangereux.
Nous n’étions pas étonnés d’apprendre qu’il y avait une dizaine de morts par année, souvent des gens qui se prenaient en photo trop près du vide. On remarquait que nous n’avions pas la même notion de danger que d’autres personnes issues d’autres cultures. Quand on s’approchait à un mètre, des chinoises se mettaient à faire des grands cris pour nous inciter à reculer. La prudence était visiblement plus de mise chez eux.




On repartait vers Antelope Canyon où nous avions réservés un tour guidé des crevasses formées par les inondations régulières. D’ailleurs, en arrivant, l’hôte d’accueil nous prévenait des mesures de sécurité liées aux « flash floods », fréquentes dans la région, et qu’il n’était pas impossible de devoir sortir très rapidement. Il n’était même pas nécessaire qu’il pleuve sur Antelope Canyon pour qu’il soit inondé et un groupe de touristes en avait fait les frais en 1997, tous tués par un flot d’eau sorti de nulle part. Installé sur les terres Navajo, nous étions accueillis par un indien qui pratiquait une danse traditionnelle. Notre guide arrivait, un jeune homme d’une vingtaine d’années d’origine Navajo, et nous menait vers l’entrée du site. On y descendait via des échelles en métal solidement ancrées dans la roche, les précédentes en bois ayant été balayées par des inondations.






A l’intérieur, on était entourés par de la roche rouge orangée et on pouvait suivre un chemin chaotique pour remonter le lit de ce ruisseau ponctuel. Le soleil ne caressait l’endroit qu’à son zénith, il y faisait donc plus froid qu’ailleurs. La roche proposait des formes incongrues : des requins, des têtes de femme et tout ce que l’imagination pouvait y trouver. Notre guide maitrisait la photographie et réglait nos téléphones pour que le rendu soit le meilleur possible. La balade était très agréable, le calme faisait du bien aux oreilles. Les histoires contées par le guide nous captivaient et après avoir grimpé l’échelle pour sortir, nous lui laissions un généreux pourboire.

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