En se réveillant, devant le petit-déjeuner, on évaluait qu’il ne servait pas à grand-chose de rentrer en France. Nous serions tout aussi impuissants auprès d’elle et le temps d’arriver à Marseille, elle serait probablement déjà sortie. Non, nous allions continuer ce voyage et essayer d’en profiter au maximum. Route 6 sur deux cent kilomètres puis route 94 sur une centaine de bornes et nous voilà à Te Anau. Cette ville posée à la frontière du parc national des Fjordlands était la porte d’entrée parfaite à toute une zone sauvage réputée pour ses circuits de randonnées et ses paysages spectaculaires. Les touristes défilaient évidemment, soit pour faire du tramping (des randonnées de plusieurs jours) soit pour visiter les prestigieux Milford Sound.
Le soleil était déjà bien haut quand nous arrivions sur la commune et après avoir posé nos bagages au backpack, on entreprenait une lente visite des alentours. On se reposait, on prenait un jour off d’activités comme les cyclistes du tour de France entre plusieurs longues étapes. On appréciait d’ailleurs ces jours de repos, on apprenait à prendre notre temps, à ne plus se sentir obliger de maximiser notre temps à essayer de tout voir et tout faire. Dans notre chambre de huit personnes, on s’endormait tôt pour se réveiller à 7h car on voulait éviter le plus de touristes sur la route des fjords.





C’était une bonne pioche jusqu’au moment où nous étions rattrapés par les cars de chinois. Le seul moyen de les éviter était d’entamer des randonnées. On partait donc pour une marche de trois heures jusqu’au Key Summit, un point de vue sur lequel on pouvait voir toute la vallée. Malheureusement, les nuages commençaient à s’attacher au sommet et plus on montait, plus la brume était épaisse. On rebroussait chemin à cent mètres de l’arrivée car on n’y voyait absolument plus rien. On redescendait déçus d’avoir manqué la vue et d’avoir marché deux heures pour pas grand-chose. Ce n’était que partie remise. On avalait des sandwichs au pâté à un point de vue et on se lançait sur une autre grosse randonnée.
Elle facturait trois heures aller-retour et les gens prévenaient sur internet qu’elle était difficile. Et effectivement, il fallait naviguer entre les cailloux, les branches énormes, les racines glissantes et une pente vraiment raide. On avançait en silence, complètement écrasés par la chaleur sous les arbres de cette forêt touffue. Au terme d’une heure et demie de lente avancée, on finissait par tomber sur une trouée dans la végétation. Devant nous se dressait le plus beau lac qu’on avait jamais vu, cerné par des montagnes immenses. Les photos ne rendront pas justice à l’endroit mais il était vraiment sublime. On avait la chance d’avoir le ciel bleu avec nous et même si on n’avait pas pris de maillots de bain, on se baignait quand même.





L’eau était fraîche mais pas gelée et on ne voulait pas manquer l’opportunité de nager dans un endroit aussi spectaculaire. On se rafraichissait ainsi et on prenait un nombre incalculable de photos. La marche avait été dure mais la récompense en valait largement le prix. Le retour ne fut pas plus simple, bien qu’en descente. On devait prendre nos précautions pour ne pas glisser sur les énormes racines humides et les cailloux glissants. A mi-chemin, on rencontrait un français fort sympathique sur le point de rebrousser chemin, usé par la difficulté du terrain. Après une agréable discussion, on le convainquait que le jeu en valait la chandelle. L’aller-retour facturait en tout pas loin des trois heures indiquées. On prenait ensuite notre temps pour se diriger vers notre dernière activité de la journée. On avait réservé une croisière dans les fjords pour admirer l’un des plus beaux paysages de Nouvelle Zélande depuis la mer.
Notre choix s’était porté sur le départ à 17h15 car c’était le dernier de la journée. On était ainsi sûrs de ne pas avoir trop de monde sur le bateau et surtout aucune autre embarcation pour nous gâcher le paysage. La croisière durait deux heures avec repas (fish and chips évidemment) inclus et elle traversait les fjords de Milford Sounds. Pour la deuxième fois de la journée, aucune photo ne réussissait à rendre justice à la grandeur et à la majesté du lieu. Les montagnes mesuraient 700 mètres de haut, les oiseaux volaient en rase-motte sur l’eau et le soleil inondait la baie d’une lumière tombante. On était totalement béats d’admiration sur le pont le plus haut du bateau. L’attraction principale de cette croisière était la cascade de Stirling. Elle était haute de 151 mètres soit trois fois plus que les chutes du Niagara et approximativement autant que l’Empire State Building.





Pourtant, autour de ces gigantesques montagnes, elle paraissait vraiment minuscule. Le capitaine du bateau nous emmenait juste en-dessous et l’équipage proposait à qui voulait de se mettre sur la proue pour en profiter. Évidemment avec nos âmes d’enfants, on y allait et on finissait trempés des pieds à la tête mais avec le sourire aux lèvres. On avait même aperçu un double arc-en-ciel dans la cascade. La croisière se terminait, on retrouvait la terre ferme. Le retour sur la route se passait tranquillement et on profitait encore des paysages jusqu’à plus soif. À l’auberge, on discutait une partie de la soirée avec un américain, un suisse, une finlandaise et une néerlandaise. Le sujet du débat était les ananas sur les pizzas qui dérivait bientôt sur les différences culturelles entre les États-Unis et l’Europe. On allait se coucher autour de minuit alors que nos camarades d’un soir se préparaient à aller se baigner dans le lac qui bordait l’auberge de jeunesse.

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