Derniers jours en Corée

De Songdo à l’aéroport d’Incheon, la boucle se referme après quatre mois de voyage en Corée du Sud et au Japon. Entre averses soudaines, musées pour enfants et derniers repas épicés, les journées s’égrènent avec un mélange de nostalgie et d’excitation. Vient enfin l’heure du grand retour, marqué par la logistique des vélos et un interminable vol vers l’Europe.

Samedi 6 Septembre

Le soleil est bien gris et pluvieux ce matin lorsqu’on ouvre les immenses rideaux de notre chambre d’hôtel. Mais cela ne pose pas de problème car le check-out est à 12h et nous n’avons pas prévu de rouler aujourd’hui à part quelques kilomètres jusqu’à l’hôtel du soir. Comme rien ne presse, on traine dans la chambre et Stéphane et Clémence ont même le luxe de reprendre un bain. Il faut quand même aller déjeuner et, ça tombe bien, le quartier regorge de délicieux cafés et boulangeries. Il ne pleut plus lorsqu’on met le nez dehors sur les coups de 10h30, on peut même dire que le soleil a repris ses droits et qu’il tape. On prend un très bon petit déjeuner brunch dans un café avec d’immenses baies vitrées, ce qui le rend très lumineux et accueillant. On se dit que la vie doit être bien douce ici et on s’imaginerait bien faire de ce lieu le petit café du quartier où l’on se rend tous les dimanche matins.

Vue nébuleuse d'un paysage urbain sous une pluie intense, avec des immeubles en arrière-plan flous, vus à travers une fenêtre mouillée.
Le temps n’est pas très encourageant au réveil.

Rassasiés, nous revenons à l’hôtel pour finir de boucler les sacoches car il est presque 12h et il faut rendre les clés de la chambre. On laisse tout à la consigne à bagages qui se trouve à l’accueil le temps d’aller dans un immense centre commercial (dit ici « outlet ») à deux kilomètres de là. Songdo est un quartier d’affaires plutôt cossu et, en dehors de ses immenses parcs et de son abondance de restaurants et cafés, il n’y a pas grand chose à y faire si ce n’est du shopping. Nous ne sommes pas de grands consommateurs mais il faut reconnaitre que leurs centres commerciaux ont le goût d’être toujours très bien aménagés, pleins de verdure et de terrasses, et il y a souvent des espaces de jeux pour les enfants.

L’objectif de cette « visite » est donc plutôt de profiter de l’infrastructure. Cassandre se cherche tout de même un nouveau jean mais sa recherche fera chou blanc. Au final, on passera plutôt des heures à profiter des activités prévues pour les enfants : un carrousel sur un rooftop, des chevalets avec de grands coloriages format A2 que les enfants peuvent colorier, des jeux en bois en tous genres… Clémence ne voit pas le temps passer et elle nous fait un caca nerveux quand vient l’heure de vraiment partir. Il est plus de 16h et le soleil qui brillait jusque-là à cédé la place à des nuages noirs menaçants. C’est donc avec Clémence qui pleure sur sa selle que nous remontons sur nos vélos en direction de l’hôtel. Nous ne sommes qu’à 2 kilomètres mais ce qui devait arriver arriva : il commence à pleuvoir et le déluge s’abat sur nous alors que nous sommes presque arrivés. Nous ne roulons que 30 secondes sous la pluie mais cela suffit à bien nous tremper.

Nous récupérons nos sacoches et la cariole à la consigne et préparons nos vélos. Nous enfilons aussi nos habits de pluie car, même si le gros est déjà passé, il pleut quand même toujours. Nous ne faisons que quatre kilomètres jusqu’à l’hôtel suivant et la pluie cesse heureusement en chemin. Le quartier où nous dormons ce soir est sans intérêt, limite glauque, sale, sans aucun espace vert ni aire de jeux. Juste des routes, des voitures partout et même des chiens errants, fait rarissime dans ce pays. Le temps de faire un petit temps calme et de prendre la douche, il est finalement déjà l’heure de manger. Même si le quartier ne donne pas envie, il y a toujours de la vie dans les rues et on sait qu’on trouvera forcément un endroit sympa où manger.

On remarque vite qu’il y a beaucoup de restaurants arabes. L’immigration en Corée du Sud est très différente de la notre. Elle vient principalement de pays d’Asie bien évidemment (Chine, Malaisie, Vietnam, Thaïlande etc.) et des pays occidentaux. En 3 mois, nous avons croisé très peu voire pas de personnes venant d’Afrique ou de pays du Moyen-Orient. On décide de s’arrêter dans un restaurant au hasard et celui-ci sert de la cuisine yéménite. Pour une fois, nous ne sommes pas les seuls non coréens dans le restaurant. Il n’y en a d’ailleurs aucun mais uniquement des immigrés des pays cités ci-dessus. Autour de nous, on entend parler arabe, anglais, iranien. La sympathique serveuse est elle marocaine et parle français. Elle nous explique les différents plats car, habitude coréenne oblige, on ne voudrait pas choisir quelque chose d’épicé. Les plats ont tous l’air plus alléchant les uns que les autres mais on fait finalement un choix et cela se révèlera être un festin délicieux. Après 4 mois en Corée du Sud et au Japon, cela fait du bien de découvrir d’autres saveurs et de manger un peu autre chose !

Après le restaurant, nous décidons d’aller prendre un dessert dans un café. On pourrait penser qu’il n’y en a pas dans ce quartier un peu laissé à l’abandon. Et pourtant, pas très loin, en haut d’une côte à au moins 25% qui ferait pâlir plus d’un cycliste, nous débouchons sur un ensemble de restaurants coréens (ils sont donc là). Le café est encore une fois très beau mais ses prix le sont moins. Clémence et Cassandre se partagent une grosse part de layer cake chocolat chantilly et Stéphane prend une coupe de glace à la vanille artisanale. Addition finale : 10€ (très cher pour la Corée).

Dimanche 7 Septembre

C’est aujourd’hui que nous bouclons la boucle. L’aéroport de Séoul se situe en fait sur l’île de Yeongjong qui appartient à la ville d’Incheon et c’est vers là que nous allons aujourd’hui, à l’endroit où notre voyage a commencé il y a presque quatre mois. Un van nous attendait pour nous emmener en ville car nous n’étions pas confiants d’affronter seuls la nouveauté de ce pays. Mais en ce dimanche, nous sommes totalement confiants sur notre capacité à faire tout le trajet à vélo.

Nous n’avons que onze kilomètres à parcourir depuis notre hôtel jusqu’au petit port de Wolmido, où nous visons un ferry. Le vélo est encore une fois le parent pauvre de la mobilité car il est impossible de rejoindre l’île d’Incheon en bicyclette. Vous pouvez prendre le métro les week-ends avec vos vélos mais seulement si vous ne dérangez pas les autres usagers, une prouesse impossible à réaliser avec deux vélos chargés à ras bord et une remorque. Nous roulons encore une fois sur des parodies de pistes cyclables et nous aimerions bien connaître le nom de la personne qui les a homologué. Fait-il du vélo ? Si oui, a-t-il jamais roulé dessus ? Enverrait il ses enfants se retrouver à vélo sur les routes où il nous envoie ?

Les onze kilomètres nous prennent plus d’une heure et nous sommes encore épuisés d’avoir eu à naviguer les micro trottoirs, les zones de travaux et les voitures. Arrivés à Wolmido, nous prenons nos tickets de ferry et on s’installe dans un café pour nous remettre de nos émotions. Depuis l’immense baie vitrée, on a vue sur la fête foraine de Wolmido, qui a dû connaitre son heure de gloire quelques décennies auparavant. L’endroit a un petit côté « boardwalk » à l’américaine mais sans le côté immaculé. Les bâtiment sont vieux et on sent que ce n’est plus très populaire.

Nous faisons tout de même faire quelques manèges à Clémence, qui est maintenant assez grande pour monter seule. Nous embarquons sur le ferry de 13 heures dans un joyeux foutoir en compagnie des voitures, des motos et des piétons. La traversée ne dure que quinze minutes et nous nous éloignons bien vite des bouchons pour rallier la vraie piste cyclable sécurisée de l’île. Après une dizaine de kilomètres, nous mangeons dans une supérette avant d’aller visiter un musée des sciences pour les enfants. Encore, nous direz-vous.

Deux vélos stationnés sur le pont d'un ferry, avec un paysage marin en arrière-plan.
Les vélos dans le ferry.

Mais il faut reconnaître que ce sont des endroits où les enfants s’amusent et où le temps passe à toute vitesse. Dans ce musée, il y a des expériences à tenter sur quatre étages. On peut tester la gravité, fabriquer des tsunamis, faire tourner des éoliennes, observer les constellations dans un dôme, jouer de la harpe invisible, fabriquer de l’énergie en sautant etc etc. Le champ des activités est si vaste qu’on quitte les lieux sans avoir tout essayé. Nous nous enregistrons ensuite à l’hôtel, à 5 minutes de là, et Stéphane s’en va aussitôt prendre seul le métro. Il a pour mission d’aller à l’aéroport et de vérifier si les informations obtenues d’internet sont bien véridiques quant à l’emballage des vélos.

Deux stations de métro plus loin et après quelques moments de confusion dans cet immense aéroport, il trouve le service qui s’occupera donc de mettre nos précieuses montures dans des cartons. Cela nous évite le casse-tête logistique de devoir trouver de quoi les emballer nous-même. Satisfait, il retourne trouver Clémence et Cassandre à une aire de jeu proche de l’hôtel. On y passe un bon moment à jouer à chat perché et à faire de la tyrolienne. La nuit tombe, nous allons manger puis nous coucher en réalisant que nous vivrons notre dernière journée en Corée demain.

Lundi 8 septembre

C’est notre dernier jour en Corée aujourd’hui. On aimerait vous dire qu’on l’a passé à profiter à fond et à faire tout un tas d’activités. Spoiler alert : vous serez déçus. Déjà car c’est aujourd’hui que nous amenons les vélos à l’aéroport au service d’emballage et de stockage des bagages volumineux. Et cela va s’avérer plus long et compliqué que prévu. Après un simple mais copieux petit déjeuner à l’hôtel, nous avalons les 11 kilomètres qui nous séparent de l’aéroport à une allure confortable étant donné l’absence d’attelage. Une piste en très bon état permet de se rendre jusqu’au terminal.

Nous arrivons peu après 12h à l’entrée du terminal et jusqu’ici tout va bien. Stéphane ayant repéré les lieux la veille, nous atteignons sans difficulté le comptoir pour l’emballage des vélos. Il faut à présent les démonter : roue avant, pédales et cintre/guidon. Sur le Kona, le démontage est vite réalisé et, une fois le cintre bien scotché au cadre, il part à l’emballage. Sur le Touring, c’est une autre paire de manche. La pédale droite est complètement grippée. On y passe facilement 45 minutes à essayer de multiples façons. On force et à la fois on craint d’abimer le pas de vis si on insiste trop. On demande au service d’emballage s’ils ont du WD40 ou un dégrippant similaire pour tenter d’huiler le mécanisme mais ils n’en ont pas et cela semble compliqué à trouver dans un aéroport.

Voilà quelque chose que nous n’avions pas envisagé. Mais la forte chaleur combinée à l’humidité des trois derniers mois, sans oublier les pluies torrentielles, n’ont pas épargné les transmissions et les rouages de nos vélos. Il faut reconnaitre que beaucoup de petites pièces ont rouillé, se sont grippées, ou grincent. Une heure s’est déjà écoulée, il est 13h passées et la situation semble inextricable. Nous ne savons pas comment faire car, dans les cartons utilisés les dernières fois, les vélos passaient pile poil sans les pédales donc nous savons d’avance que ça ne rentrera pas.

En dernier recours, nous demandons quand même aux employés du service si le vélo pourrait rentrer en l’état, avec la pédale droite toujours montée. Et bingo, le carton est pile à la bonne taille en largeur. Carton dont les longueurs sont aussi aux normes pour passer l’enregistrement des bagages de la compagnie aérienne. Le problème est donc résolu, on emballe le vélo tel quel. Il nous en coutera tout de même 20€ par carton. La boutique fait aussi zone de stockage et nous laissons donc les cartons ici pour la nuit. Nous les récupérerons le lendemain en arrivant à l’aéroport.

L’aéroport d’Incheon se trouve sur une île. Enfin techniquement, entre deux îles. Cela ne se voit plus sur les cartes mais tout l’aéroport a été construit en grapillant du terrain sur la mer. Il y a donc des plages et nous profitons de ce dernier jour pour aller y faire un tour. Cela tombe très bien car cela nous permet aussi d’abandonner tous les jouets de plage pour que d’autres enfants en profitent à leur tour. Il ne fait pas très beau mais il fait bon et nous jouons dans le sable pendant quelques heures avant d’aller boire un chocolat chaud.

Nous prenons ensuite un très long bus pour rentrer à l’hôtel et pour peaufiner les derniers préparatifs. Voyager avec des vélos et une remorque est une logistique très exigeante et rien ne doit être laissé au hasard. Après un dernier repas en Corée, nous essayons de faire tenir Clémence le plus tard possible avec pour objectif qu’elle fasse la sieste le lendemain dans l’avion. Parce que l’occuper douze heures risque d’être un sacré challenge !

Mardi 9 Septembre – Voyage au bout de l’ennui

Voilà, c’est le grand jour. Il faut bien une fin à tout, se dit-on en prenant le petit-déjeuner à 6h30 du matin. Ce voyage en Corée du Sud aura été superbe du début à la fin et nous préférons partir avant d’en avoir assez. Nous réveillons Clémence à 7 heures mais elle n’arrive pas à émerger, elle est de mauvaise humeur. Elle est préparée depuis quelques semaines à cette grande journée de voyage et ça la perturbe sûrement. Nous l’habillons à travers les pleurs et elle réussit à se calmer juste avant de prendre la navette de l’hôtel.

Une petite fille endormie sur un lit, tenant un morceau de tissu contre son visage.

Nous voilà donc à 8 heures dans un grand van avec nos bagages et la remorque. L’aéroport n’est qu’à dix minutes, nous descendons au terminal 1, nous remontons la poussette et nous filons récupérer les vélos. Nous voilà ensuite dans la file pour enregistrer nos bagages avec la compagnie T’Way. Avec autant de bagages, ce moment est toujours un peu stressant car l’agent au sol peut avoir envie de poser des problèmes ou tout simplement ne pas connaître les règles. A l’aéroport de Marseille, le préposé au comptoir ne savait pas qu’avec Korean Air, on pouvait prendre des vélos sans supplément et nous avions dû lui montrer l’extrait du site web.

Nous sommes aussi inquiets au sujet de la remorque car si c’est bien notre poussette du quotidien, c’est aussi un accessoire vélo. Les poussettes passent en soute gratuitement dans tous les avions du monde alors notre astuce est tout simplement de mettre Clémence dedans pour que les employés du comptoir n’aient pas de doutes et ça fonctionne à chaque fois, aujourd’hui compris. T’Way présente un avantage considérable : ils combinent le poids de vos bagages. Nous n’avons donc pas à nous soucier du poids de chaque carton et nous envoyons tout en soute. Voilà, pour la première partie, tout se passe à merveille. C’est après que ça se corse.

Photo d'un comptoir d'enregistrement à l'aéroport, avec des bagages empilés, dont des sacoches de vélo et un carton, dans une file d'attente.

Nous passons les formalités aéroportuaires rapidement et nous sommes à notre porte d’embarquement une heure en avance. On fait passer le temps comme tout le monde dans cette situation : en regardant les avions et en buvant des boissons chaudes. A l’heure où nous sommes censés monter dans l’habitacle, le panneau indique 15 minutes de retard. Nous finissons par entrer dans l’avion et nous décollons finalement avec une heure de retard. Et aussitôt dans les airs, nous découvrons que les coréens voyagent dans le noir. Personne n’ouvre son hublot, les lumières restent éteintes. On ne comprend pas bien puisqu’il est midi et on pense que c’est pour permettre aux gens de faire une sieste mais non, on reste les 13 heures de vol dans le noir.

Certes, les lumières s’allument pour les petites barquettes qu’ils osent appeler repas mais elles s’éteignent dès que c’est débarrassé. Nous demandons à une hôtesse pourquoi les hublots restent fermés, elle nous répond qu’on peut ouvrir le notre sans problème si on veut. Mais nous sommes au milieu et elle nous délivre une moue désolée, l’air de dire qu’elle ne peut rien y faire. Le trajet est un véritable calvaire, nous avons l’impression d’être dans un tunnel sans fin et les heures ne défilent pas. Clémence se comporte comme un ange, comme à son habitude, et on l’occupe autant qu’on peut à la lumière du plafonnier. On lit, on écoute des histoires et des chansons, on dessine, on apprend à écrire, on se promène dans les rangées. Elle fait une sieste quelques heures avant l’atterrissage.

Un homme souriant, assis dans un avion, tenant un écouteur, avec une jeune fille endormie sur son épaule.
Notre seule source de lumière pendant treize heures.

Les hublots s’ouvrent vingt minutes avant que l’avion se pose. Il fait un superbe ciel bleu, la lumière nous rappelle qu’on est vivants et que tout ça n’est pas un mauvais rêve. Nos bagages arrivent sur le tapis normal, les vélos et la poussette sur un autre mais tout est là et nous sortons vite de l’aéroport pour trouver l’hôte de notre appartement de ce soir qui vient nous chercher en voiture. L’hébergement n’est qu’à cinq minutes de voiture (le monsieur conduisant à une vitesse bien plus élevée que la réglementaire) et il fait un aller avec Clémence, Cassandre, les vélos et la remorque puis il revient pour récupérer Stéphane et le reste des bagages.

Ouf, cette journée d’horreur est terminée. Clémence est à bout de nerfs et elle fait une crise monumentale dans le petit appartement. Tant qu’elle était dans un environnement stressant et étranger, elle a sûrement gardé toutes ses angoisses pour elle et elles ressortent sous forme de larmes et d’humeur incontrôlable. Elle s’endort dans le lit en pleurant et nous ne tardons pas à faire de même.


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