En cheminant vers Incheon

Nous laissons pour de bon derrière nous la Corée du Sud rurale et nous entrons dans cette métropole urbaine qui gravite autour de Séoul. La fin de notre voyage dans ce pays se rapproche et c’est comme si nous recollions à la civilisation ultra-moderne en nous rapprochant de l’aéroport d’Incheon. Entre bus et vélo, voici le résumé de ces trois derniers jours.

Mercredi 3 Septembre

Nous vivons notre dernière semaine au pays du matin calme. Nos sentiments sont partagés, entre excitation de découvrir de nouveaux pays et envie de changement d’un côté et nostalgie de quitter ce pays si attachant de l’autre. Dans 7 jours, jour pour jour, nous quitterons la Corée du Sud pour l’Europe. En attendant, il nous faut cheminer vers Incheon où se trouve l’aéroport international de Séoul. Il n’y a que 130 kilomètres qui nous séparent de notre destination finale mais après moultes recherches et réflexions, il apparait clairement que le parcours ne sera pas très intéressant.

Les coréens aiment orner leurs villes de sculptures.

Nous sommes en effet à présent à moins de 100km de Séoul et la route jusqu’à Incheon ne sera qu’une traversée de villes toutes plus grandes les unes que les autres. L’idée de rouler la quasi-totalité du temps en ville sur des gros axes entourés de voitures ne nous enchantant guère, on décide de ne rouler que 10 kilomètres ce matin jusqu’au terminal de bus le plus proche. Il y a pas mal de voitures sur notre itinéraire mais, comme à chaque fois, nous ne sommes pas du tout inquiets car les conducteurs se déportent tous sur la voie de gauche pour nous dépasser et on ne se sent jamais en danger.

Nous visons la ville de Suwon, à 70 kilomètres au nord. Une ville historiquement importante dans l’histoire de la Corée du Sud avec plusieurs lieux incontournables classés au patrimoine de l’Unesco. A chaque terminal de bus, il y a toujours plein de machines très intuitives pour acheter les tickets de bus longue distance; nos billets sont donc achetés en moins de 2 minutes. Le prochain bus partant dans 1h30, on a le temps d’aller manger et de profiter d’une petite aire de musculation au bord d’un charmant petit ruisseau. C’est une habitude dans chaque ville coréenne : le moindre cours d’eau a des cheminements piétons et vélo aménagés. Beaucoup de pays ont fort à apprendre de l’aménagement urbain à la coréenne.

Une des aires d’exercice dont Clémence raffole.

Le trajet jusqu’à Suwon ne dure qu’une heure. Clémence occupe son temps en coloriant et en essayant d’écrire quelques lettres. Il n’est pas loin de 14h lorsque nous arrivons. Nous ne pouvons nous enregistrer à l’hôtel qu’à partir de 16h donc nous décidons de nous diriger vers un kids café en attendant. Il nous en coutera 10€ pour 2h. Les espaces sont multiples : dinette, trampolines, grand toboggan avec bouées, piscine à balles, constructions… Autant dire que Clémence ne voit pas le temps passer. Elle se fait un petit copain qui vient de fêter ses 3 ans aujourd’hui. Ils s’amusent à sauter comme des fous et à faire des galipettes sur les trampolines, c’est très mignon.

Un énième kids café.

Nous nous dirigeons finalement vers l’hôtel pour le temps calme et la douche. Cassandre part ensuite courir pendant que Stéphane emmène Clémence dans l’une des multiples aires de jeux du quartier. Elle cherche souvent à jouer avec les petits coréens mais il semble y avoir une barrière pour eux car ils sont toujours intimidés. Ce n’était pas du tout le cas au Japon où les enfants n’avaient aucun problème à jouer avec elle. On compense en jouant beaucoup ensemble mais on sent qu’il lui tarde de rentrer dans des pays où on la comprendra mieux.

Pour lui faire plaisir, nous sortons manger une pizza dans l’un des restaurants du coin. Par miracle, elle n’est pas épicée et s’il y a un aspect de la vie en Corée qui ne nous manquera pas, c’est bien celui-là. Ils épicent même des plats qui n’ont pas lieu de l’être et c’est complexe à gérer avec un enfant non habitué. Heureusement, ce soir c’est bonne pioche alors Clémence va se coucher rassasiée.

Suwon by night.

Jeudi 4 Septembre

Après avoir vécu quelques mois dans un pays, il y a parfois des habitudes à perdre. Et nous en avons pris une mauvaise, qu’il va vite nous falloir corriger à notre retour en Europe : celle de ne pas attacher nos vélos. La Corée du Sud est l’un des pays les plus sécuritaires du monde et ce n’est pas une légende, on voit bien des gens laisser leurs téléphones et leurs portefeuilles sur les tables des restaurants quand ils vont aux toilettes. Alors nous avons pris le pli et nous n’attachons presque jamais nos vélos. On se force quand même à y penser depuis quelques temps pour ne pas faire la dramatique erreur en Europe.

Nos bicyclettes sont donc bien attachées quand nous descendons de la chambre d’hôtel pour nous diriger vers la forteresse Hwaseong et son palais temporaire. Temporaire car c’est en ce lieu que le roi Jeongjo (et bien d’autres après lui) venait pour se reposer ou se retrancher en cas de guerre. Sans surprise, le lieu est une reconstruction. Initialement construit en 1789 sur ordre du roi Jeongjo, c’était le plus grand palais du pays en dehors de la capitale pendant la dynastie Joseon. Mais il a été en grande partie détruit lors de l’occupation japonaise. Les japonais y avaient alors construit une école et un hôpital. En 1989, plus de 40 ans après l’occupation, la restauration du palais a été lancée. Les travaux ont pris fin en 2023 après une trentaine d’années. Des panneaux explicatifs permettent d’identifier chaque pièce du palais, ses usages, et certaines scènes de la vie quotidienne sont même parfois représentées avec des mannequins en habits traditionnels.

Nous mangeons ensuite un sauté de riz au porc dans un petit restaurant très mignon le long d’une rue pleine de cafés, restaurants et petites boutiques de créateurs. Nous continuons à pied en direction des remparts de la forteresse qui entoure le centre de la ville pour admirer une vue plus en hauteur de Suwon. Sur près de 6 kilomètres, les remparts suivent les contours du paysage vallonné. Accessible à pied, la promenade demande un peu d’effort sur certains passages. En chemin, on découvre des bastions pentagonaux et des tours d’artillerie conçues pour accueillir des canons, reflétant l’histoire militaire de la région.

C’est déjà la banlieue de Seoul même si nous sommes à 30 kilomètres et la ville est très dense. Elle comporte une gare KTX, plusieurs stations de métro et plus d’un million d’habitants. Elle est quand même très aérée avec plusieurs grands parcs dont le parc du lac Gwanggyo que nous traversons. Le lac principal est scindé en deux « réservoirs » : le lac Wonchon et le lac Sindae, tandis que le parc dispose d’un sentier de promenade circulaire de 5 km. Doté d’infrastructures, le parc est idéal pour pique-niquer, se balader, courir ou faire du vélo au cœur de la forêt. Cette oasis urbaine a reçu un prix de Fédération internationale des architectes paysagistes. Nous souhaitions nous rendre au musée de l’agriculture qui dispose d’un hall dédié aux enfants mais il est malheureusement fermé à notre arrivée, à la grande déception de Clémence. Nous nous rabattons donc sur une aire de jeu au bord du lac.

Toujours à vélo, nous retournons prendre le goûter à l’hôtel et Stéphane sort ensuite courir pendant que Cassandre et Clémence vont découvrir une nouvelle aire de jeux. Oui, nous pourrions écrire un guide touriste rien que pour les aires de jeux du pays tellement nous en avons vu. On finit la soirée dans un restaurant japonais où le serveur nous assure que nos plats d’adultes ne piquent qu’un tout petit peu et le plat de Clémence pas du tout. Il doit avoir le palais anesthésié car nos trois repas nous brûlent la bouche et nous sommes mêmes obligés d’aller acheter à manger à Clémence dans une supérette car elle n’a rien pu avaler. Une fois le goût du piquant passé de sa bouche, nous montons la coucher.

Vendredi 5 Septembre

Nous avons fait une erreur dans notre parcours. Nous sommes trop proches de Séoul pour pouvoir prendre des bus longue distance pour l’aéroport. Dans ces bus intercités, on peut sans problème mettre nos vélos et la remorque dans la soute, personne ne trouve jamais rien à redire. Mais puisque nous sommes dans l’aire urbaine de la capitale, il y a dorénavant le métro et le train, les bus n’ont plus le monopole du transport. Nous n’avons pas vraiment d’autres solutions que de couvrir la distance à vélo.

Nous n’étions pas enchantés à l’idée et nous avions raison. L’itinéraire proposé par les applis de guidage à vélo est affreux. La sortie de Suwon se fait sans encombre, nous roulons majoritairement sur la route. En nous éloignant, nous nous retrouvons sur de toutes petites routes vallonnées qui deviennent parfois de simples chemins de terre, ce qui est un moindre mal puisqu’on finit par devoir emprunter la bande d’arrêt d’urgence d’une immense route à 70 km/h et des passages très dangereux où nous n’aurions jamais dû nous trouver à vélo. Heureusement que nous sommes expérimentés. Vingt kilomètres plus loin, nous faisons une pause au terminal des bus d’Ansan pour essayer de trouver un bus. Manque de chance, certains vont de la ville d’Incheon jusqu’à ici mais ils ne font pas le trajet inverse.

On profite du terminal climatisé pour faire une pause fraîcheur quand un monsieur vient nous voir avec un petit ballon en forme de cœur pour Clémence. Il est très sympathique et il revient nous voir quelques minutes plus tard pour nous demander s’il peut nous prendre en photo. On accepte bien volontiers et il revient encore une fois avec la photo dans les mains, dont il nous fait cadeau. Après la première partie de journée horrible sur la route, ce petit geste nous met du baume au coeur.

Pour la suite, nous décidons de suivre le tracé du métro, ce qui nous laissera l’option de laisser les vélos à une gare si nous en avons assez. Dans Ansan, les trottoirs/pistes cyclables sont très larges donc nous avançons doucement mais surement. Doucement car nous passons un temps incroyable arrêtés aux feux piétons. En Corée, les pistes cyclables sont systématiquement sur les trottoirs et nous devons donc respecter les feux piétons. Comme ils durent deux fois plus longtemps que les feux voitures, on perd un temps monstrueux à chaque croisement. Dès qu’on a le champs libre, on traverse sans attendre le vert car on peut parfois se retrouver à attendre plusieurs minutes rien qu’à un feu ! Si vous avez un croisement tous les 200 mètres, on vous laisse faire le calcul du temps perdu…

A vélo dans des grandes villes, le sentiment d’injustice est prégnant car la voiture a droit à une place faramineuse quand nous devons nous partager des trottoirs cabossés avec les piétons. Nous allons sur la route dès que nous pouvons mais les axes sont parfois trop gros avec trop de voitures et il ne sert à rien de tenter sa chance. On fait un arrêt repas au pied d’une station du métro, dans un petit restaurant bon marché où l’on mange des côtelettes de porc au fromage ainsi que des mandus.

Ceci est une piste cyclable.

On se remotive pour affronter les derniers quinze kilomètres de la journée mais il se révèlent être les plus difficiles. Hormis quelques passages à bonne allure sur des pistes cyclables dignes de ce nom, nous nous retrouvons parfois sur des trottoirs qui ressemblent plus à des pistes de motocross tellement ils sont en mauvais état. Non content d’occuper tout l’espace, les automobilistes se permettent en plus de se garer sur le trottoir, ce qui rend notre progression d’une lenteur exaspérante par endroits. Il faut jongler entre les pavés défoncés, les racines d’arbres gigantesques et les piétons. L’arrivée sur le quartier de Songdo où se trouve notre hôtel se fait sur de grandes avenues avec de larges trottoirs très bien entretenus mais une fois de plus, l’attente aux feux rouges est interminable et nous avons l’impression que nous n’atteindrons jamais l’hôtel. Nous arrivons épuisés, psychologiquement et physiquement. Il nous aura coûté quatre heures de pédalage pour avaler 45kms, presque le double de notre vitesse habituelle.

Nous sommes en plein cœur du quartier de Songdo, le centre d’affaires d’Incheon et c’est peu dire que le Central Park qui est en son centre nous époustoufle. Autour d’un cours d’eau, des gratte-ciels ultra modernes ornent le paysage avec des ponts, des fontaines, des espaces verts etc. Cassandre ne perd pas l’occasion d’aller y courir et Stéphane emmène Clémence s’y promener puis à l’aire de jeu. C’est ici qu’a lieu le petit drame de la journée. En découvrant une structure de cordes, Clémence se rattrape mal et ses dents viennent frapper un arceau métallique. Le bruit glace le sang de Stéphane qui la relève directement pour découvrir justement du sang partout.

Il récupère des serviettes dans un café voisin et lui nettoie la bouche. Finalement, ses dents n’ont que cogné ses lèvres et ce sont elles qui saignent abondamment. Plus de peur que de mal mais une grosse frayeur qui nous vaut un retour précoce à l’hôtel pour désinfecter la plaie. Nous ressortons quand même manger et une fois le petit choc passé, Clémence retourne même jouer à la même aire de jeu. Il a beau être tard mais elle est pleine d’enfants qui s’amusent. Les coréens vivent sur un rythme différent du nôtre, probablement guidé par la chaleur, et les petits jouent relativement tard le soir. Il faut dire qu’il fait tellement bon qu’il serait dommage de s’en priver. Nous rentrons tout de même à l’hôtel pour aller nous reposer de toutes les émotions de la journée.


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