Gongju, Sejong et Mokcheon

Au fil de nos derniers coups de pédales en Corée du Sud, nous découvrons encore et toujours un pays fascinant : Gongju et ses croix rouges qui s’allument la nuit, Sejong la capitale administrative flambant neuve mais déserte, et les campagnes toujours rythmées par les rizières et les ponts en chantier. Pour plus de clarté, voici ci-dessous la carte du trajet effectué à vélo dans cet article.

Dimanche 31 Août

Depuis l’Europe, nous avons une vision des pays d’Asie de l’Est très stéréotypée. L’imaginaire collectif associe aisément la Corée au bouddhisme et même si c’est en partie vrai, les coréens sont majoritairement chrétiens. 33% de la population prie dans les églises (25% de protestants et 8% de catholiques) et celles-ci sont partout. On les repère peu de jour mais la croix qui allonge leur toit est illuminée de rouge la nuit dans tout le pays. Certaines villes se révèlent donc très croyantes le soir. C’est le cas à Gongju où une forêt de croix rouges s’éteint au petit matin.

Nous n’en avons rien vu car nous nous réveillons bien après le lever du soleil ce matin. Gongju est une ville au patrimoine historique très riche mais pourtant peu visitée par les touristes étrangers. Après un petit-déjeuner très simple dans la chambre, nous nous dirigeons de l’autre côté du fleuve, à un petit kilomètre de vélo où se trouve une autre forteresse majeure de l’époque Baekje. Nous sommes donc une fois de plus les seuls non coréens à nous promener ici. Il fait encore et toujours très chaud et humide aujourd’hui et les épouvantables nuées de moucherons nous fatiguent encore plus que la marche en elle-même. Elle se fait le long de remparts qui frôlent le vide, nous marchons parfois sur un fil et Clémence comprend bien qu’elle ne doit pas nous lâcher la main.

Après une longue série de montées et descentes, nous arrivons à la fin du tour trempés de sueur et nous allons nous réfugier dans un restaurant traditionnel. On se retrouve dans une cantine prisée des locaux, des yeux ronds s’ouvrent encore en grand à notre entrée. Le rythme est rapide, l’ambiance est amusante et nous sommes servis rapidement. Nos bibimbap sont bons et le patron essaie de nous mettre à l’aise avec un anglais acceptable. Nous mangeons à notre faim, reprenons les vélos et les laissons à l’hôtel. On saute ensuite dans un bus qui serpente trente minutes dans la campagne coréenne entre cours d’eau, rizières et collines verdoyantes.

Le temple Magoksa, notre destination, est l’un des joyaux de la Corée. Situé au bord d’une rivière au débit lent, il épate par ses couleurs et sa beauté. Malheureusement comme tous les vestiges du sud de la Corée, nous nous promenons dans une reconstitution. Le temple originel a été détruit par les japonais, comme presque tous les monuments du pays. Dans leur volonté d’imposer leur religion, le shinto, ils se sont attachés à effacer tous signes d’autres cultes. C’est peine perdue puisque nous visitons encore ces édifices des siècles plus tard. L’endroit est fort agréable car il est très aéré et le vent du sud refroidit nos organismes. Certes, pas autant que le bus du retour qui frôle les vingt degrés d’écart avec l’extérieur.

Clémence est une enfant très curieuse, qui suit tout à notre rythme presque sans jamais se plaindre, et pour la récompenser, nous essayons de profiter des kids cafés quand il y en a à notre portée. Gongju en comporte un tout petit, suffisant pour s’amuser une heure à sauter sur des trampolines et à faire des constructions en kapla. L’endroit ferme cependant tôt et nous rentrons à l’hôtel nous laver avant de ressortir manger des plats locaux et de coucher Clémence un peu plus tard que d’habitude.

Lundi 1er septembre

Aujourd’hui, c’est la rentrée en France… mais un jour comme les autres pour nous en Corée du Sud. On a un peu du mal à se dire que pour tous les Français, ce jour signe la véritable fin de l’été et des vacances alors que pour nous, les vacances continuent et l’été est encore bien présent. Cela fait maintenant 3 mois que l’on vit sous une humidité permanente et des températures supérieures à 30 degrés. On est finalement chanceux car nous dormons dans des chambres qui disposent toujours de la climatisation. Sans elle, nous aurions certainement passé plus de mauvaises que de bonnes nuits car la température descend rarement sous les 26 degrés même la nuit.

La météo annonçait une journée pluvieuse, mais force est de constater qu’elle se trompait car le soleil cogne quand nous sortons de l’hôtel pour entamer notre étape du jour. Les vingt premiers kilomètres jusqu’à Sejong, la capitale administrative, se font à bonne allure malgré le vent de face et quelques petites côtes. Sejong est une ville nouvelle : elle a été construite de toutes pièces et inaugurée officiellement en 2012. Ce projet d’aménagement du territoire a été initialement lancé en 2002 avec l’objectif de donner au pays une nouvelle capitale pour lutter contre le gigantisme de Séoul. Sa réalisation s’est ensuite heurtée à des intérêts politiques et économiques divergents et il a été décidé de déplacer vers Sejong seulement certains ministères et autres établissements gouvernementaux et publics pour en faire une capitale administrative.

Une enfant répare un vélo sur un terrain de jeu en plein air, entourée de grands arbres et d'un ciel bleu.
Un atelier mécanique en plein cœur d’une aire de jeux.

La ville est donc évidemment toute propre, bien aménagée, avec de larges avenues, des trottoirs et des pistes cyclables, de grands buildings… On se croirait dans une ville australienne. La différence qui saute aux yeux lorsqu’on arrive dans la ville, c’est juste l’absence complète de bruit et de passants. On a l’impression que personne ne vit là. Et pourtant il y a 400 000 habitants. L’explication réside dans le fait que Sejong n’attire pas les coréens car il y a peu voire pas de festivités, de vie nocturne, d’évènements culturels ou sportifs, et le prix du logement y est très cher. Par ailleurs, elle se destine principalement à des coréens travaillant dans les institutions gouvernementales donc à des personnes avec un certain niveau de vie et de salaire. Ce qui freine considérablement l’installation des jeunes qui font pourtant l’âme d’une ville et qui la rendent vivante et animée.

La ville ne compte que 4 hôtels et ils sont inabordables donc nous n’y resterons pas. Il est néanmoins intriguant de se promener dans les rues immaculées d’une ville récente. Le Sejong Central Park est immense, il faudrait une bonne journée pour en faire le tour en se promenant à pied. Evidemment, il possède une sublime aire de jeux, ce qui nous pousse à faire un long arrêt. Les infrastructures sont toutes neuves et d’une propreté digne d’un hôtel 4 étoiles. Il y a même un petit abri climatisé avec des fontaines à eau fraiche. Nous en profitons pour nettoyer les chaînes des vélos, elles subissent aussi les affres du climat. Nous sommes d’ailleurs globalement très heureux de nos bicyclettes qui résistent bien à tout ce périple.

Nous jouons à chat avec l’orage depuis ce matin et il n’arrive pas à nous toucher. On doit quand même se réfugier sous un abri quelques minutes après avoir quitté Sejong car un rideau de pluie se déverse sous nos yeux. Heureusement, il se referme rapidement et nous passons entre les gouttes jusqu’à Jochiwon, notre destination du soir. Nous sommes à 40 kilomètres de Sejong et cette petite bourgade n’est pas vraiment une ville en tant que telle mais plutôt un arrondissement de Sejong. Les villes coréennes peuvent être très différentes les unes des autres et celle-ci nous laisse une drôle d’impression. Les gens nous dévisagent, les voitures roulent vite et sont garées partout, nous n’avons pas envie d’y flâner.

Nous prenons les vélos pour refaire une machine à laver puis nous allons manger dans un restaurant de dak-galbi. C’est l’un des premiers plats que nous avions dégusté lors de nos premiers jours à Séoul. Il s’agit de morceaux de poulet marinés dans une sauce épicée à base de gochujang (pâte de piment) et sautés avec des légumes comme le chou et la patate douce et des galettes de riz (tteok). On peut aussi y ajouter du fromage fondu, du riz sauté… Les serveurs le font cuire sur un réchaud posé directement sur la table, ce qui rend l’expérience très conviviale. Les coréens ont une notion particulière de l’épicé car quand vous demandez un plat qui ne pique pas, la nourriture agresse quand même le palais. Nous retournons assez tard à l’hôtel mais c’est volontaire car nous essayons de décaler Clémence en vu de notre vol du 9 Septembre, afin d’atténuer le jetlag au maximum.

Mardi 2 Septembre

La Corée du Sud a une conception de l’urbanisation très différente de la nôtre. Il n’est pas question d’étalement urbain et de maisons individuelles avec jardins. Les villes sont très denses et resserrées, avec des grandes barres d’immeubles dont les numéros sont écrits en immense sur les façades, probablement pour faciliter la tâche de se repérer à tout le monde. Souvent, les grands ensembles concentrent plein d’infrastructures en leur milieu, nous y avons souvent profité des aires de jeu. Cet aménagement concentré donne du cachet au paysage car nous nous retrouvons en pleine nature en quelques coups de pédales.

Nous sinuons le long d’une petite rivière entre les collines, accompagnés par les sempiternelles rizières. On voit souvent des vieilles dames travailler dans les champs, assisses sur des petits tabourets en caoutchouc ceinturés à leur taille. Cela leur donne une drôle d’allure quand elles marchent, avec cette protubérance à l’arrière mais ça a l’air confortable quand elles sont dessus. Le climat n’a pas raté le passage au mois de Septembre car il fait miraculeusement moins chaud aujourd’hui. Et il ne fait même pas chaud du tout, le fond de l’air qu’on soulève en pédalant est frais, ce qui nous émerveille.

On est moins enchantés par la succession de ponts en construction que l’on croise. Depuis notre départ de Séoul, on a dû en voir au moins une cinquantaine et ils sont parfois rapprochés de deux cent mètres comme ce matin. C’est à croire qu’on a pour tradition de fabriquer des ponts quand on s’ennuie dans ce pays. Ce qui nous agace surtout, c’est que les camions défoncent souvent la piste cyclable et celle sur laquelle nous avançons ne fait pas exception à la règle. Elle est même ravagée, les engins ont éclaté le bitume et nous devons rouler dans la boue sur plusieurs centaines de mètres.

Ce n’est pas ça qui stopperait notre avancée et nous rallions un petit village où nous déjeunons des plats occidentaux avant de poursuivre jusqu’à notre hôtel du jour. L’emplacement n’est pas top car il se situe au bord d’une nationale type N7. La magie de ce pays réside aussi dans le fait que les chambres d’hôtels sont souvent prêtes très tôt et dans notre cas, avant 14 heures. On peut reprendre des forces avant d’aller visiter le Hall de l’Indépendance de la Corée à 3 kilomètres de là. Cet endroit ne figure sur aucun guide mais pourtant son gigantisme vaut le détour. Tout le lieu est tourné vers le jour glorieux où les indépendantistes ont finalement damé le pion aux japonais, avec l’aide des chinois et de la communauté internationale : le 15 août 1945.

Nous n’avons évidemment pas le temps de tout voir mais nous apprenons beaucoup d’informations sur la naissance des différents mouvements indépendantistes, sur l’origine du drapeau coréen, sur la mise en place de la démocratie et sur la malheureuse scission du pays. Un jardin pour l’unification est d’ailleurs présent, un signe que le sud n’oublie pas sa voisine du nord. Les Sud-coréens sont, dans leur immense majorité, pour un retour à un pays unique. Il faut se souvenir que la péninsule a été unie pendant plus d’un millénaire avant que les intérêts russes et américains la coupent en deux en 1948. Mais l’histoire prend parfois des virages étonnants et au pays du matin calme, on se donne toujours le droit de rêver.

Le lieu dispose aussi d’une vaste aire de jeux, d’un grand étang où nagent de gigantesques carpes, d’une fontaine à jets d’eau, d’un hall d’exposition spécialement dédié aux enfants… Autant de choses qui font que l’on pourrait aisément y passer la journée. A la fermeture, nous reprenons les vélos pour retourner à l’hôtel nous doucher avant d’aller manger au KFC local.

Intérieur d'un restaurant de fast-food Mom's Touch, avec un comptoir de commande et des écrans affichant le menu.
Notre restaurant du soir : les coréens ont beaucoup de chaînes d’établissements qui n’existent que chez eux, ici le KFC local.


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