Nous nous réveillons excités ce matin car nous attaquons enfin une nouvelle véloroute. Nous ne sommes pas dans la partie la plus densément peuplée de la Corée alors nous avons dû scinder nos 90 kilomètres un peu étrangement. Notre étape du jour ne fera donc qu’une petite trentaine de kilomètres, ce qui explique notre réveil tardif. Le check-out des hôtels coréens se fait tard, 11h ou midi en général, et nous en profitons pour faire la grasse matinée et pour déjeuner tranquillement dans la chambre.

Nous démarrons vers 11 heures par un arrêt à la poste locale pour envoyer des objets vers la France. Contrairement à la poste japonaise, tout est très simplifié ici. L’employé comprend directement notre demande, nous donne une enveloppe au format adéquat, nous indiquons les adresses et c’est plié. Pour la modique somme de 3€ par envoi, des objets traversent le monde alors qu’il faut payer 1,39€ pour une simple lettre en France.
La véloroute que nous empruntons entre Gwangju et Mokpo a été abimée par les grosses inondations de mi-juillet, comme on peut vite le constater. Le lit de la rivière est saccagé par endroits, des passages à gué piétons ont disparu et il y a beaucoup de déchets végétaux sur la voie. Nous nous frayons quand même un chemin assez facilement, la route est plate et agréable. Le soleil n’est pas encore trop violent, caché par des nuages compacts. Il fait tout de même chaud et nous transpirons abondamment.

A mi-chemin, nous saisissons l’opportunité d’un centre culturel (malheureusement fermé le jour de notre passage) pour faire une pause fraîcheur. La Corée du Sud a cette capacité de mettre de grands édifices publics où on ne les attendrait pas. L’endroit est clairement très fréquenté par les cyclistes, comme en témoignent les arceaux et la gigantesque carte des véloroutes du pays. Une petite supérette est ouverte et permet d’acheter de quoi se rafraichir, se sustenter ou boire un café. Nous reprenons la route en direction d’un très joli café pas très loin où nous dégustons quelques patisseries, très inspirées des nôtres.

Nous arrivons tôt à l’hôtel mais notre chambre est prête alors on ne rate pas l’occasion de se terrer un peu loin du soleil. Nous ressortons pour le goûter dans un joli café avant de faire une promenade le long du fleuve. La ville de Naju est réputée pour son port de pêche sur le fleuve et ses skates, un genre de raie appelée rajidae en français. Les façades de la ville sont couvertes de l’animal et l’odeur qui se dégage trahit largement sa présence. La bourgade offre un paysage différent, bien plus bas. Ici, pas de grands bâtiments mais des petites maisons. Il y a un côté village qui nous va très bien et nous passons la soirée à flâner.





Mardi 19 Août
Une longue étape nous attend aujourd’hui et nous nous réveillons un peu trop tardivement à notre goût. Depuis le début de ce voyage, rares sont les fois où l’un de nous trois n’est pas réveillé avant 8 heures. C’est donc une exception car il est déjà 9 heures passées quand nous ouvrons les yeux. Certes nous avons la journée devant nous mais l’une des règles du voyage à vélo est qu’il vaut mieux avoir fait la majeure partie de son étape tôt dans la journée. En effet, il n’est jamais agréable de courir après le temps en fin de journée.

La première heure se déroule sans encombre et nous filons bon train à travers la campagne du Jeolla du Sud. La piste est bonne, le soleil pas encore trop brûlant. Mais comme tout ne peut pas toujours bien se dérouler, nous tombons sur une déviation de la voie cyclable. Elle nous fait faire un détour pour récupérer le tracé à un endroit… où la voie est complètement clôturée. La passerelle en bois est effondrée derrière, probablement des suites des inondations récentes. Sauf qu’il n’y a pas d’indications et nous devons trouver un chemin à travers les routes agricoles qui jalonnent le paysage. Après de nombreux zig-zag sur des toutes petites routes qui deviennent parfois des chemins, nous finissons pas retrouver le tracé officiel. La voie est de nouveau un billard. On la suit pendant 5 km jusqu’à arriver au sommet d’une colline où se trouve un observatoire.

La pente est raide mais l’endroit vaut sa petite pause. Dans leur souci du détail, les coréens ont pensé à beaucoup de choses et nous trouvons là-haut un petit préfabriqué. Il y a la climatisation, un frigo avec de quoi boire et manger dedans, un micro-ondes et une bouilloire. C’est le sens du service public puissance 1000. Nous en profitons allégrement, surtout de la clim’ car nous sommes ruisselants. L’endroit est parfait pour faire la pause repas. Comme d’habitude, les cyclistes qui s’arrêtent sont très sympathiques et Clémence reçoit encore des petites sucreries en cadeaux. Nous avons d’ailleurs déjà croisés plus de vélos en une journée qu’en un mois à Kyushu.



Nous repartons pour les trente derniers kilomètres d’une voie verte abimée par endroits et comme nous sommes passés derrière une colline, nous avons le vent dorénavant de face. Comme partout en Corée, des ponts poussent ça et là. Au détour d’un chemin, l’un de nos pneus avants subit une crevaison. Un petit os est planté à la verticale, nous ne savons pas comment il est arrivé là mais une chose est sûre, il faut changer la chambre à air. Nous repartons dix minutes après et au détour d’un virage, alors que le vent de face ne nous laisse aucun répit et nous fatigue, un café providentiel fait son apparition.
On ne sait pas où on a atterri mais il y a quatre bâtiments entourés de luxurieux jardins avec tout plein de petites statues de personnages rigolos, les monnani, qui signifie littéralement en coréen « personne laide ». On en fait le tour avant de se rafraichir à l’intérieur du café où le patron nous trouve sûrement exotiques car il demande à nous prendre en photo. Il sort son bel appareil, nous shoote puis imprime la photo instantanément pour nous la donner. Clémence est ravie et elle ne veut plus la lâcher. On s’amuse bien dans ce micro-village mais il faut encore boucler l’étape et atteindre Mokpo.








Huit petits kilomètres plus loin et nous nous garons à l’hôtel. Encore une fois, tout est d’une simplicité confondante et nous avons la clé de la chambre en moins de trois secondes. Celle-ci est grande avec une salle de bains spacieuse. Nous sortons tôt pour aller manger dans un restaurant de tonkatsu (porc pané) et nous profitons ensuite du quartier qui semble très récent. Tout est très propre, bien aménagé, avec de larges trottoirs et pistes cyclables. Nous nous dirigeons vers l’immense esplanade qui se trouve près de notre hôtel et de la musique à fond les ballons attire notre attention. Nous nous rapprochons et nous découvrons qu’on cours de zumba (ou disons de fitness sur de la musique techno coréenne) se tient ici en plein air gratuitement. Plusieurs femmes et hommes de tous âges se donnent à fond et reproduisent les chorégraphies de la professeure qui leur laisse à peine 3 secondes de répit entre chaque chanson. Nous restons là à les regarder et à faire les foufous pendant un bon moment.

Sur cette même esplanade un peu plus loin, on trouve de grandes fontaines musicales avec des jeux de lumières comme les coréens savent si bien le faire. On en voit très souvent à travers les villes du pays. Les coréens adorent les spectacles de sons et lumières. On retrouve également les aires d’exercice physique qui plaisent tant à Clémence (et à tous les enfants en fait car ils les préfèrent souvent aux aires de jeux qui leur sont dédiés). Entre le « spectacle-cours de danse », les fontaines illuminées et l’aire d’exercices, elle ne sait plus où donner de la tête. Toutefois, l’heure du coucher est grandement dépassée pour elle donc nous reprenons le chemin de l’hôtel pour amorcer le dodo. Dodo qui finalement mettra beaucoup de temps à venir car mademoiselle ne s’endormira qu’à 22h30 passées.
https://strava-embeds.com/embed.jsMercredi 20 août
Les villes coréennes ont parfois une conception étrange des zones touristiques. L’endroit où nous avons dormi cette nuit est plutôt un quartier excentré de la ville de Mokpo, habité uniquement par des locaux. Il est très aéré, agréable, d’une propreté étincelante. Quand nous arrivons à midi à notre hôtel situé dans le « tourist center », nous ne pouvons cacher notre déception. Ce n’est qu’une enfilade d’hôtels sans trottoir et il se dégage une impression de saleté globale et d’omniprésence de la voiture.
Nous ne venions que pour déposer nos bagages mais le patron, en découvrant que nous sommes français, nous donne la carte d’une chambre déjà prête. On ne se fait pas prier pour aller s’abriter un peu, la chaleur est encore étouffante aujourd’hui. Après un repas dans un restaurant de pâtes à l’angle d’une rue avoisinante, on enfourche les vélos allégés des sacoches pour rejoindre une promenade en bois. Les coréens adorent aménager leur littoral et le font partout. On se balade le long jusqu’au musée des sciences marines de Mokpo. Il a comme d’habitude une section pour les enfants où nous passons un long moment avant d’essayer d’entrer dans le musée pour adultes.


Mais aujourd’hui, un exercice militaire de grande ampleur a lieu dans tout le pays. Les coréens qui le souhaitent sont invités à participer à des manœuvres de défense, notamment pour se mettre en sécurité dans les immeubles. Tout le premier étage du musée est ainsi bloqué mais devant notre désarroi l’un des gardes nous escorte jusqu’au second étage. Ici, on peut admirer des épaves récupérées dans l’archipel de Shinan. En effet au large de Mokpo se trouve 1025 îles réunies en un comté : Shinan. On y pêche depuis la nuit des temps et certaines carcasses de bateaux ont presque un millénaire. Toutes les explications sont en coréen mais on s’en sort avec les applications de traduction.

On fait ensuite le chemin dans le sens inverse pour aller prendre un goûter et jouer à l’une des aires de jeu qui se trouve sur notre chemin. Nous ne rentrons pas trop tard car nous avons prévu d’aller voir un autre spectacle particulièrement apprécié des locaux. Trois fois par soir, au bout du Peace Square, d’immenses fontaines dansantes se mettent en rythme au son de morceaux de k-pop. On en prend plein les yeux en même temps que la foule qui pousse des cris d’exclamations bien mérités. Clémence va se coucher, encore pleine d’étoiles dans les rétines.
Jeudi 21 Août
Comme souvent quand nous ne sommes pas en train d’avaler les kilomètres d’une véloroute, nous aimons prendre notre temps. C’est nécessaire pour notre organisme mais aussi pour Clémence qui a parfois besoin d’un peu de stabilité dans cet océan de nouveautés permanentes. Alors nos jours en ville se font sous le signe de la lenteur, ce qui explique nos départs de l’hôtel autour de onze heures.






Cette fois-ci, nous prenons un bus pour nous épargner la torpeur de ce mois d’Août coréen. Il nous emmène au pied du téléphérique de Mokpo, le plus long de tout le pays avec ses 3.23 kilomètres. C’est aussi le plus haut car il culmine à 155 mètres de hauteur à son point le plus élevé. Clémence est aux anges et nous aussi. L’aller dure vingt minutes, nous descendons de la cabine à son terminus pour nous promener autour de l’île de Gohado. Les vues sont incroyables entre une nature sauvage d’un côté et domptée de l’autre par des immenses ponts et ports industriels.



Au retour, les télécabines permettent de faire une halte à mi-chemin au « quasi-sommet » du parc du Yudalsan, un petit massif qui se situe en pleine ville. L’arrivée de la télécabine ne nous amène quand même pas complètement au sommet, il faut grimper une belle volée de marche pour l’atteindre. Clémence épate toujours les gens que nous croisons car elle marche aussi longtemps et souvent plus vite que des adultes. Ils poussent des petits cris admiratifs en voyant ses petites jambes grimper à toute vitesse. On profite du sommet pour sécher un peu, nous sommes ruisselants. Pour la dernière partie du trajet, nous embarquons dans une cabine avec un sol en verre car toutes les cabines dites « classiques » qui vont dans le même sens que nous sont occupées. C’est assez vertigineux de voir nos pieds passer au dessus des arbres et de la mer.
Nous reprenons ensuite un bus pour rallier le musée maritime des enfants. L’endroit est étonnamment mal desservi et nous regrettons de ne pas avoir pris nos vélos. Nous marchons une bonne distance, Clémence a abandonné et elle se repose dans le sac à dos de randonnée. Au guichet du musée, aucune de nos cartes bancaires ne fonctionne et nous n’avons pas assez de liquide pour payer le modeste ticket d’entrée donc la dame du guichet nous laisse gentiment entrer sans payer. Heureusement car le lieu n’est pas à la hauteur de tout ce qu’on a pu voir jusqu’ici en Corée du Sud. Il y a bien quelques animations et activités interactives mais ce n’est pas passionnant et nous faisons finalement le tour en même pas une heure. A peine sortis, nous courons presque pour attraper un des rares bus qui permet de se rendre dans le centre pour retourner à l’hôtel. Après un goûter dans un très bon café pâtisserie où l’on entend du Philippe Katerine, une lessive et un repas de pâtes, nous rentrons coucher Clémence car nous devons nous lever tôt le lendemain pour attraper un ferry.



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