Gwangju la révolutionnaire

Si l’on n’a jamais mis les pieds en Corée du Sud, il y a plein de villes dont on ignore totalement l’existence. Le français moyen connait Séoul, peut-être Busan, et cela s’arrête là. Le pays comporte pourtant plusieurs métropoles de plus d’un million d’habitants : Gwangju en fait partie. Située dans la province du Jeolla du Sud, elle est le berceau de la révolution coréenne et la ville symbole de la lutte pour la démocratie. Cela ne date pas de deux siècles comme chez nous, mais de 1987. C’est en effet à cette date que la dictature militaire prend véritablement fin dans le pays pour laisser place à à l’une des meilleures démocraties au monde.

Notre hôtel se situe à côté du parc du 18 Mai où nous démarrons notre journée de visite. Il commémore le 18 Mai 1980, où les militaires ont réprimés violemment une manifestation d’étudiants et de syndicats qui protestaient contre l’instauration d’un nouveau régime militaire. Le bilan officiel faisait état de deux cents morts mais les associations de défense des droits de l’homme estiment aujourd’hui le total à plusieurs milliers. Cette barbarie a profondément choqué l’opinion publique coréenne et a participé à la fin de la dictature quelques années plus tard. Dans ce parc, on rend hommage à ces jeunes gens courageux qui ont affronté les fusils. Il y a plusieurs statues et des noms gravés dans la pierre en leur mémoire.

Gwangju est aussi une grande ville de sport, avec des clubs en première division de multiples disciplines dont le football et le baseball. Elle a même accueilli des matchs de la coupe du monde 2002, notamment un fameux Corée du Sud contre l’Espagne en quart de finale où, dans une ambiance de folie, les coréens furent la première équipe asiatique à rejoindre les demi-finales. C’est surtout une ville de culture avec des musées à foisons et une biennale biannuelle. Aujourd’hui, nous visitons l’Asia Culture Center, connu sous le nom d’ACC.

C’est un fait largement ignoré en France mais le chant des révolutionnaires de Gwangju intitulé « La Chanson de Mai » se chante sur l’air de « Qui a tué Grand-Maman ? » de Michel Polnareff. A l’époque, la chanson est très populaire en Corée du Sud et personne ne sait vraiment comment elle a été transformée pour devenir le symbole de la lutte. Aujourd’hui encore, c’est le chant des travailleurs et des manifestations.

Ce complexe culturel et artistique se concentre sur la promotion des cultures asiatiques et offre une variété d’espaces et de programmes, notamment des expositions d’art contemporain, des performances artistiques, des ateliers et des espaces de résidence créative. Construit sur le site de l’ancien bâtiment du gouvernement provincial, il est associé au mouvement démocratique de mai 1980 et incarne un lieu de mémoire et de renouveau culturel. C’est ce centre qui accueille notamment la Biennale de Gwangju et d’autres festivals artistiques internationaux.

Les coréens ont la capacité de créer des espaces accueillants, verdoyants et aérés où l’on se sent tout de suite bien. Malgré l’affluence, l’endroit respire. Il faut dire qu’il y a des sections de tous les côtés. Nous nous dirigeons vers la partie du centre dédiée tout spécialement aux enfants. Autre particularité du pays, chacun des lieux culturels a sa version pour les petits. Et ce n’est pas un musée au rabais car les enfants sont invités à jouer en apprenant. Ici, on célèbre la culture de l’immense continent qu’est l’Asie avec toute sa diversité. On joue d’abord à placer les drapeaux au bon endroit sur une grande carte puis à tamponner des monuments iconiques sur une feuille. On peut aussi s’amuser à faire des marionnettes en papier pour faire des ombres chinoises. Bref, il y a tout un tas de jeux et d’activités ludiques à expérimenter.

Les aires de jeux sont aussi dans le thème car on joue près d’une yourte, une piscine à balles représente un bain public indien, on peut construire des murs à la manière de la population mésopotamienne. Tout en s’amusant, on retient plein de choses. Le lieu possède plusieurs aires de jeux en intérieur et en extérieur, et nous finissons par passer la journée ici. Ce que l’on aime dans ces endroits, c’est que, pour le coup, on est tout le temps les seuls étrangers. Ces lieux ne sont pas touristique du tout mais au contraire, très fréquenté des locaux. Il est déjà 18h quand nous sortons de la structure qui ferme ses portes pour la journée. Clémence est ravie, elle en a bien profité et nous aussi.

Samedi 16 Août

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Cassandre et comme pour celui de Stéphane en juillet, il est difficile d’organiser quoi que ce soit en itinérance, quand vous ne savez pas vraiment où vous serez la semaine suivante. Hormis les appels et les messages, c’est donc une journée presque comme les autres qui s’amorce. On démarre lentement par un petit-déjeuner dans un café et on prend la direction du musée national de Gwangju où se trouve ici encore une section spécialement dédiée aux enfants.

Si nous fréquentons si souvent ces lieux de culture, ce n’est pas que par soif de savoir mais parce qu’il y fait aussi frais et c’est salutaire avec un enfant de trois ans. Clémence s’accommode très bien de la chaleur, elle ne s’en plaint jamais mais nous essayons de la ménager quand même. Après un trajet en métro et en bus, nous arrivons au musée national de Gwangju. L’endroit est moins bien aménagé qu’hier à l’Asian Cultural Center et un peu plus pénible à rejoindre. Nous réservons un créneau pour le musée des enfants et nous voilà à 13 heures dans la queue avec les petits coréens.

La ville de Gwangju a un passé dans la céramique, la poterie et la marine fluviale. Toute la partie enfants est donc tourné autour de ces thématiques. On peut jouer avec de la glaise, faire du toboggan, piloter un bateau relié à un jeu-vidéo, découvrir tout le processus d’une poterie en créant des animations. Les plus grands ont même droit à un vrai atelier poterie où ils confectionnent des petits vases. Notre créneau ne dure cependant qu’une heure et elle passe très vite.

Une fois sortis, nous nous dirigeons vers la supérette pour manger un morceau quand nous tombons sur une esplanade bien animée. Il y a un concours de danse k-pop, des jets d’eau et une piscine gonflable. Il y règne une ambiance familiale très agréable et bien que Clémence n’ait pas le droit de profiter de la piscine, on joue quand même avec les fontaines en regardant les adolescents danser. Certains sont excellents, d’autres moins bons mais ils ont tous le mérite de se produire sur une grande scène devant un jury. Ce qui devait être une halte rapide finit en longue pause et c’est déjà l’heure du goûter quand nous repartons.

On se dirige à présent vers le musée des traditions et de l’artisanat de Gwangju qui se trouve dans un très bel édifice traditionnel. Dans ce grand bâtiment très spacieux, on retrouve l’évolution de la ville à grands renforts de maquettes et de reproductions. On y voit des habitations traditionnelles, les bateaux de pêcheurs avec leurs ingénieux filets et les outils rudimentaires. L’étage se consacre à l’histoire contemporaine et il est fascinant de réaliser que la ville est passée de 80 000 habitants dans les années 50 à 1.5 millions aujourd’hui. On y parle beaucoup de l’occupation japonaise, qui a marqué durablement les corps et les esprits en Corée.

Nous poursuivons notre promenade par la traditionnelle aire de jeux quotidienne. Et quelle aire de jeux ! Elle est si grande qu’on se demande si on n’a pas mis les pieds dans un parc d’attractions. Dans sa partie centrale, des jeunes hommes sont en train de vider l’eau d’une grande structure pour enfants qui vient malheureusement tout juste de fermer. Ce n’est pas grave, il y a largement de quoi faire et nous avons bien du mal à faire partir Clémence plus d’une heure après car il faut encore que l’on rentre jusqu’à l’hôtel.

Si les coréens sont très respectueux des cyclistes, ils n’ont que faire des piétons. Ici, vous n’existez pas quand vous marchez et ça se reflète au traitement des passages cloutés. Pour traverser l’un de leurs grands boulevards, on patiente parfois cinq minutes et cela manque de nous faire rater notre bus. Heureusement, on l’a de justesse pour rejoindre un grand marché. Nous pensions que c’était un de ces marchés nocturnes avec plein de stands de street-food mais on tombe tout simplement sur un marché classique avec des étals de légume et des boutiques de vêtements. On reprend le métro direction l’hôtel, Clémence mange sur le pouce avant de tomber de fatigue et nous sortons manger au restaurant juste en bas afin de célébrer dignement la nouvelle année de Cassandre !

Dimanche 17 Août

Nous avions prévu d’aller randonner aujourd’hui mais Clémence a eu un réveil nocturne. Elle a manqué au moins une heure de sommeil pendant la nuit et Stéphane aussi, ce qui rend la sortie des bras de Morphée difficile. On décide donc de changer les plans et de faire une journée encore une fois tranquille. Pour nous dégourdir les jambes, nous prenons cette fois les vélos et nous rallions la voie verte longeant le fleuve Yeongsangang qui traverse la ville.

Il est incroyable de constater que l’aménagement urbain des villes est le même dans toute la Corée du Sud. Chaque fleuve et chaque rivière de ville sont agrémentés d’une promenade piétonne et d’une piste cyclable de part en part. Nous profitons d’une aire d’exercices avec un auvent pour bichonner un peu nos vélos pendant que Clémence grimpe partout. Nous rejoignons ensuite l’aire de jeux de la veille afin de profiter de la structure aquatique. Elle est en accès libre, totalement gratuite avec une immense ombrière pour éviter que les enfants prennent le soleil.

Un parc aquatique pour enfants avec des jeux d'eau et des toboggans, entouré d'une verdure luxuriante sous un ciel bleu.

Ce qui nous frappe, c’est qu’il n’y a que des enfants en bas âge. Les plus grands doivent avoir au maximum huit ans. Il n’y a pourtant pas de limite d’âge mais une règle tacite semble s’appliquer. On ne peut pas s’empêcher de penser que l’endroit serait rempli d’adolescents en France. De manière ingénieuse, toute la structure s’arrête une fois par heure pendant dix minutes. Le staff fait sortir tout le monde, ils vérifient l’eau avant de rouvrir l’entrée. Cela permet aux petits de faire une pause, de s’hydrater et de manger car il est facile d’oublier le temps qui passe quand les enfants s’amusent.

Nous restons trois heures sur place et quand Clémence commence à montrer des signes de fatigue, nous reprenons nos vélos pour aller goûter. Nous l’avions déjà constaté lors de notre premier passage en Corée du Sud mais les coréens sont d’excellents pâtissiers. Dans la boulangerie où nous cassons la croûte, tout est très bon. Les gâteaux et les beignets sont souvent faits à base de farine de riz, ce qui donne une texture plus gluante et plus savoureuse. Nous rentrons faire un temps calme à l’hôtel avant de ressortir pour une expérience un peu différente.

Nous nous rendons en bus au World Cup Stadium de Gwangju afin de voir un match du Gwangju FC. L’horaire est confortable puisque le match commence à 19 heures. Il n’y a pas foule, à peine 4000 personnes pour un complexe de 40 000 places, mais une ambiance animée se dégage des travées. Nous nous installons à côté du kop de Gwangju, qui donne fièrement de la voix. Les rangs nous étonnent un peu car contrairement à l’Europe où le supportérisme est une affaire d’homme assez jeune, il y a ici une mixité d’âge et de sexe. Le match n’est pas passionnant, Gwangju affronte Daejeon, mais c’est quand même enrichissant de se mêler à la population locale. Les gens sont d’ailleurs très étonnés de nous voir et on reçoit des pouces en l’air à la pelle. Nous essayons de donner de la voix sur l’un des nombreux chants entonnés par les fans mais nous ne pouvons que suivre l’air. Nous rentrons à l’hôtel sur une victoire 2 à 0 de l’équipe à domicile.


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