Le retour en Corée

Le ferry de jour qui relie Fukuoka au Japon à Busan en Corée du Sud a l’immense bon goût de partir à 12h30. Depuis quelques temps, nous essayons au maximum de bannir les départs précoces le matin car ils sont sources de fatigue et d’insomnie. Au lieu de ça, nous nous réveillons naturellement et nous laissons Clémence émerger tranquillement. Ces derniers temps, elle demande après chaque trajet si nous sommes en Corée du Sud, elle a hâte d’y retourner aussi. Nous déjeunons dans la chambre et retardons un peu le départ car la pluie refait son apparition à dix heures.

Ce n’est qu’une averse passagère et nous voici sur nos vélos pour rallier le port, à seulement deux kilomètres. La signalisation en caractères romans n’est pas géniale et nous mettons un peu de temps à trouver l’emplacement exact du terminal. Quand nous entrons, une queue de taille moyenne s’est déjà formée pour l’enregistrement. Nos billets sont déjà réservés et quand vient notre tour, nous n’avons qu’à tendre nos passeports pour recevoir nos tickets physiques. L’enregistrement des vélos se fait aussi de manière fluide, nous les amenons à un comptoir où un jeune homme les récupère en échange de 3000 yens (15€). C’est infiniment plus simple que prendre l’avion et notre poussette-remorque passe gratuitement, ce qui nous laisse encore plein d’incompréhension quant à la fois à Amakusa où nous avons dû payer 1000 yens pour une traversée de quinze minutes.

Une foule de passagers attendant à l'enregistrement dans un terminal de ferry, avec des bagages et des sièges vides en arrière-plan.
Tout le processus est beaucoup plus simple que dans les aéroports.

Le bateau est très grand et avec nos billets les plus économiques nous avons trois places avec des petits matelas pour nous allonger dans une cabine-dortoir si nous le souhaitons. Il y a dix places dans notre chambre mais seul un couple de jeunes touristes est avec nous. De toute façon, nous ne nous éternisons pas et nous allons faire le tour du ferry. Il n’y a pas beaucoup de divertissements, une minuscule salle d’arcade et plusieurs salons avec des canapés. Nous découvrons que le restaurant à bord est fermé pour les traversées de jour. Ce bateau fait la navette en permanence entre Busan et Fukuoka, le trajet inverse au nôtre se fait de nuit.

On a encore du mal à comprendre la logique de ne pas proposer les repas à des passagers qui doivent arriver au port à 11 heures et qui sont donc forcément à bord pour le déjeuner et nous ne sommes pas les seuls. Les coréens et les japonais ont l’air mieux informés car ils ont tous des plats préparés qu’ils font réchauffer. Une toute petite boutique vend des chips, des gâteaux et des nouilles alors nous laissons de côté la diététique au plus grand plaisir de Clémence qui adore les chips.

Une mère et sa fille partagent un repas à bord d'un ferry, avec une vue sur la mer à travers une grande fenêtre.
De la haute gastronomie.

Le temps passe lentement en mer et il n’y a pas internet à bord. L’ennui se lit sur les visages et nous essayons tant bien que mal d’occuper Clémence. Tout le répertoire de nos jeux y passe. En haute mer, l’embarcation, pourtant énorme, commence à vraiment tanguer et Stéphane ne se sent plus très bien. On va s’allonger en espérant que Clémence puisse faire la sieste. Elle se repose pendant une petite demie heure, sage sous son petit drap mais elle ne s’endort pas. Notre dortoir est vide pour le moment alors elle en profite pour faire des galipettes, faire des chatouilles avec Cassandre et courir dans tous les sens.

Quand nos colocataires du jour reviennent, nous migrons vers le salon panoramique à l’avant pour les laisser tranquille. Et après presque six heures de voyage monotone, nous distinguons enfin Busan se démarquer dans les collines au loin. L’excitation gagne l’ensemble des passagers qui commencent tous à s’affairer. Avec un seul escalier et un seul ascenseur, la sortie de tout ce petit monde n’est pas rapide mais efficace quand même. Nous passons les douanes comme à l’aéroport et nous récupérons nos vélos qui nous attendent sagement derrière. Tout ce processus nous aura tout de même pris presque une heure. Le temps de réinstaller nos sacoches et la remorque, nous sortons quasiment les derniers du terminal pour découvrir… qu’il pleut des hallebardes. Décidément, la pluie ne veut pas nous lâcher. On se sent maudits et on soupire à l’idée de devoir encore se retrouver à rouler là-dessous tout trempés. Par chance, elle se calme vite et quand nous actionnons les premiers coups de pédale, il pleut relativement peu.

Une cabine-dortoir sur un ferry, avec une petite fille assise au sol et une femme qui range des affaires dans des compartiments.
Une chambre modeste mais confortable (en tout cas de jour).

Heureusement, on peut féliciter les coréens pour les aménagements urbains. Une passerelle piétonne relie le terminal des ferrys à la gare centrale, distante pourtant de presqu’un kilomètre. Nous devons prendre un ascenseur pour rejoindre la piste cyclable en contrebas. Nous devons nous y prendre à 3 fois pour tout descendre mais l’ascenseur est large. La piste cyclable nous dépose à 200m de notre hôtel où nous sommes attendus. En arrivant, le vieil homme nous indique où garer nos vélos puis il nous donne la carte de la chambre. Nous n’avions plus l’habitude d’une telle facilité. Au Japon, il fallait montrer nos passeports, remplir des formulaires papier et indiquer systématiquement une adresse japonaise et un numéro de téléphone. Nous avons même parfois dû faire des vérifications vidéos.

La chambre est immense, presque la taille d’un appartement. On retrouve le confort et la propreté des hôtels coréens. Ici, on vous met systématiquement à disposition du café, de l’eau, du thé et plein de produits cosmétiques gratuitement. Après une rapide douche et avoir étendu nos vêtements de pluie pour qu’ils sèchent, nous sortons au pub qui est collé à notre hôtel pour manger des pizzas. Le sentiment est étrange, on a l’impression de revenir en terres familières. Malgré nos péripéties avec la pluie, on est très heureux d’être de retour en Corée. Il est tard pour Clémence alors on ne s’éternise pas trop et on retourne à notre chambre sur les coups de 22h.

Mercredi 13 août

Il est plus de 9h quand nous émergeons. Pas particulièrement de programme aujourd’hui donc on ne se presse pas. Stéphane et Clémence vont prendre un bain et nous ne sortons de notre chambre que vers 10h30 pour aller prendre un petit déjeuner type brunch dans un café très cosy de notre quartier. On est aussi très contents de retrouver les jolis cafés coréens. Au Japon, ils étaient souvent petits, plutôt sombres et étroits. De plus, les cafés japonais ne proposent que très rarement des chocolats chauds, au grand désarroi de Clémence. On se régale de pain perdu, d’une assiette américaine et de boissons chaudes.

L’une des différences notables entre les deux pays nous saute dorénavant aux yeux. Les japonais aiment s’enfermer dans des espaces clos individuels. Ainsi, on peut rarement apercevoir depuis l’extérieur l’intérieur des endroits. En Corée du Sud, les cafés et les restaurants ont presque tout le temps de grandes baies vitrées et des petites terrasses, un concept inexistant au Japon. Cela donne tout de suite un côté convivial et accueillant que nous sommes heureux de retrouver. L’infinie gentillesse des coréens envers les enfants ne se fait pas attendre et la serveuse du café offre une sucrerie à Clémence.

Nous parcourons ensuite les magasins pour trouver un téléphone à Cassandre. Si vous avez suivi nos péripéties, vous savez déjà que le sien n’a pas résisté au déluge que nous avons dû affronter deux jours auparavant. Les magasins spécialisés ne vendent que les modèles dernier cri, ce qui ne nous arrange guère. Elle n’a pas besoin du nec plus ultra mais juste d’un téléphone fonctionnel. Nous trouvons notre bonheur dans une grande boutique Samsung où la vendeuse parle un anglais presque parfait. Pour patienter, Clémence et Stéphane dessinent sur un cahier de coloriages achetés le matin même. L’un des vendeurs, en voyant la scène, offre à Clémence un petit jeu de crayons de couleurs.

C’est une sensation étrange car ce retour en terres coréennes nous fait l’effet d’un retour dans notre zone de confort. La culture du pays nous est probablement plus adaptée. Nous mangeons au restaurant puis Cassandre emmène Clémence s’amuser dans un kid’s café. Après la journée monotone d’hier, nous avons décidé de lui dédier complètement ce jour. Pour son âge, elle s’adapte vraiment parfaitement à toutes les situations et elle a énormément gagné en gestion des émotions en trois mois. Elle exprime maintenant complètement ses besoins et ses envies, et il faut qu’elle soit très fatiguée pour faire des crises de larmes sans raison valable.

Rue animée en Corée du Sud, avec des vêtements colorés et des drapeaux sud-coréens accrochés aux lampadaires, entourée de magasins et de véhicules.
L’une des rues commerçantes de Busan.

Stéphane profite de ce temps en solitaire pour aller écrire dans un autre café que nous avions pu tester lors de notre séjour à Busan deux mois auparavant. On se retrouve pour le goûter sur le toit du centre commercial du quartier qui abrite un sublime jardin en rooftop avec un point d’observation et un café (somptueux, comme à l’accoutumée). Nous étions déjà venus de nuit mais le panorama est vraiment beau de jour aussi. On voit clairement les différentes Busan : l’industrielle avec son port hyperactif, la montagnarde avec les immenses collines verdoyantes et l’urbanisée avec les gratte-ciels qui percent les nuages de toutes parts. Nous rentrons ensuite à l’hôtel pour couper la journée. Cassandre va courir pendant que Clémence a droit à vingt minutes de Tchoupi à la télé. Nous sortons ensuite manger dans une autre pizzeria du quartier où Clémence vole encore la vedette à tout le monde. Pas de doute, nous sommes bien de retour en Corée du Sud.

Jeudi 14 Août

Nous avons déjà visité Busan en Juin alors il n’est pas question de s’y attarder trop longtemps. C’est pourtant une ville de bord de mer très attachante, à l’atmosphère vibrante. Nous déjeunons dans un des nombreux petits cafés du quartier avant de préparer nos bagages, nos vélos et de prendre la direction du terminal de bus. La ville est posée sur d’innombrables collines alors nous avons dû étudier soigneusement le trajet pour s’éviter des dénivelés impossibles. Lors de notre arrivée à vélo sur Busan fin mai, nous avions dû affronter une pente dantesque avec un dénivelé colossal qui nous avait forcé à descendre de nos vélos et les pousser pendant 20 minutes. On souhaiterait donc s’éviter la peine de repasser par là. On pense avoir trouvé un chemin faisable avec un dénivelé correct. Il y a tellement des côtes de tous les côtés que l’appli de navigation Komoot ne voit pas les quelques ascenseurs urbains conçus pour effacer la pente. En haut d’une côte, nous nous retrouvons donc face à un cul-de-sac avec un ascenseur néanmoins, ce qui nous permet de monter une trentaine de mètres sans effort.

Nous n’avons pas roulé trois kilomètres que nous sommes déjà en nage, le souffle court. Il faut dire que nous n’avons pas vraiment eu une pratique soutenue du vélo ces derniers temps et nous accueillons le sommet de la montée avec allégresse. Le reste se fait en descente sur une grande avenue mais nous ne sentons jamais en danger. Malgré le trafic, aucune voiture ne s’approche, les bus tiennent une distance respectueuse quand ils doublent et malgré le chaos apparent, tout est sous contrôle. Nous retrouvons la véloroute par laquelle nous étions arrivés à Busan deux mois auparavant et nous arrivons au terminal.

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Comme tous les édifices publics du pays, il est bien pensé, spacieux et facile à naviguer. Nos tickets pour Gwangju, à l’ouest du pays, sont pris en une minute et nous déjeunons dans l’un des nombreux restaurants de l’endroit. Une inquiétude nous habite cependant. Le 15 Août est un jour férié, c’est d’ailleurs le seul jour férié partagé par les deux pays de la péninsule coréenne. La Corée du Sud et la Corée du Nord se détestent mais ils arrivent à se mettre d’accord pour détester encore plus un autre pays : le Japon. C’est donc l’anniversaire de la libération du pays par les USA, 80 ans aujourd’hui. Et puisque les coréens ne travaillent pas, nous avons peur que la soute de notre bus soit pleine à craquer.

Cela ne loupe pas et quand notre autocar se présente, les passagers remplissent tout un côté en une fraction de seconde. Nous montrons tout notre attelage au chauffeur qui décroche une tête signifiant « oh non, pourquoi ça tombe sur moi ? ». Il empile néanmoins toutes les valises d’un côté et Stéphane empile les deux vélos et la poussette pliée de l’autre côté. Le conducteur n’y croyait pas trop, nous non plus mais finalement tout rentre de justesse. On pousse un soupir de soulagement et on remercie l’impressionnante adaptabilité des coréens. Il y a trois heures de route jusqu’à Gwangju, qu’on occupe en lisant, en écoutant des comptines et en regardant le paysage défiler sur l’autoroute.

Un bus KIA rouge et blanc stationné sous un ciel bleu dégagé.

A Gwangju, nous remontons les sacoches sur les vélos, rattachons la remorque et nous filons à travers cette ville de plus d’un million d’habitants. L’hôtel n’est qu’à trois kilomètres mais nous mettons un temps fou à le rejoindre. En arrivant, l’employé au comptoir ne semble pas avoir notre réservation. Ce n’est pas la première fois que ça nous arrive et Stéphane lui donne plus de détails pour qu’il la retrouve. Il ne risque pas de trouver puisque Stéphane s’est tout simplement trompé d’hôtel. Nous sommes bien à un hôtel de la chaine Brown Dot mais pas le bon. Le bon hôtel se trouve à sept kilomètres de l’autre côté de la ville. Après une minute de tergiversation, nous décidons de rester à celui-ci. Il est déjà tard et nous n’allons pas faire subir à Clémence un autre trajet. Après toutes ces péripéties, nous sortons manger dans un restaurant qui propose des poke bowls et où nous retrouvons les plats trop épicés. La Corée du Sud a des dizaines d’avantages mais pas celui-là.

Une vue du terminal de bus à Gwangju, en Corée du Sud, avec des bus garés et des vélos avec remorque.
Les vélos ont survécu.

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