Kumamoto, la ville de Kumamon et de One Piece.

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Après un rapide petit déjeuner dans la chambre et un petit détour par l’espace enfants de l’hôtel, nous prenons vers 10h un petit bus de campagne pour nous rendre à l’aéroport de Kagoshima qui se trouve à environ 30 minutes de notre village. Le bus ressemble à tous les bus de ville ou de campagne que nous avons pu emprunter jusqu’ici mais son tarif est bien plus élevé : il nous en coûtera 10€ pour rallier l’aéroport alors qu’à Nagasaki par exemple, un trajet aussi long nous coûtait moitié moins… Pas étonnant qu’il soit quasi vide. Les seules personnes à l’emprunter sont en visite comme nous, ou n’ont peut-être pas d’autre alternative.

Une petite fille en kimono bleu avec des motifs japonais, se tenant dans une chambre d'hôtel, montrant des signes de paix avec ses mains.

A l’aéroport, il nous faut attendre une petite heure le bus longue distance qui nous mènera 2h30 au nord dans la ville de Kumamoto, troisième plus grosse ville de Kyushu. L’aéroport de Kagoshima est plutôt grand et il dispose d’un large deck d’observation extérieur qui donne sur les pistes et permet de voir décoller et atterrir les avions, au grand ravissement de Clémence. Il est à peine 11h et le thermomètre sur la terrasse indique déjà 34 degrés : ça vous donne un léger aperçu de la chaleur estivale japonaise… D’ailleurs, ce mois de juillet a été le plus chaud jamais enregistré dans le pays avec une pluviométrie incroyablement faible. Un nouveau record de chaleur a été battu ce jour dans la région de Tokyo : 42 degrés (à l’ombre), température à laquelle il faut rajouter l’humidité ambiante.

La correspondance se déroule finalement assez vite et après un petit casse-croute nous embarquons dans le bus. Les bus longue distance sont bien moins confortables qu’en Corée et plus cher mais on s’en contente. Nous avons toute la rangée du fond pour nous donc on s’étale. A peine installée, Clémence ferme son rideau, son éternel rituel des « bus à rideaux ». On joue aux cartes et on écoute des comptines. Le voyage passe vite et nous arrivons à Kumamoto vers 14h. Notre hôtel est tout proche de l’arrêt de bus, nous sommes un peu en avance sur l’horaire du check-in de 15h mais le monsieur de l’accueil nous laisse gentiment accéder à la chambre. Elle est petite mais fera très bien l’affaire pour les 3 nuits qui nous attendent. Nous prenons possession des lieux et nous sortons rapidement pour entamer la visite du chateau de Kumamoto qui ne se trouve pas très loin.

Intérieur d'un bus de campagne, montrant des sièges vides et des passagers assis, avec des fenêtres grandes et des rideaux.

Datant du 15e siècle, il est considéré comme un des trois plus beaux châteaux du Japon, avec le château de Himeji et le château de Matsumoto, que nous avions déjà visité lors de notre précédent voyage en 2018. Treize structures de l’ensemble du château ont été désignées « biens culturels importants». En avril 2016, le château de Kumamoto a été gravement endommagé par une série de séismes qui ont atteint une magnitude de 7,3. En 2018, le programme de restauration lancé par la ville prévoyait la fin des réparations d’ici à 2037. Cependant, une nouvelle étude estime plutôt que la réouverture complète ne sera possible qu’en 2052, soit 15 ans plus tard qu’initialement prévu !

Des mesures anti secousse, comme des amortisseurs sismiques, ont été mises en œuvre et les travaux ont permis d’améliorer l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. Toutefois, de nombreux bâtiments et de larges parties des fortifications sont toujours fragiles ou détruites et en cours de restauration. 8 000 m2 de murs ont été détruits et, au total, un tiers des murs en pierres ont été endommagés, soit 23 500 m2 sur 79 000. Les murs en pierre du château de Kumamoto font partie du patrimoine culturel protégé, aussi, chaque pierre doit être remise exactement au même endroit qu’avant les tremblements de terre. Cela signifie qu’avant que toute réparation puisse commencer, chaque pierre doit être cataloguée et analysée pour déterminer où elle se trouvait à l’origine. En attendant, le site réouvre au fil de la progression des restaurations et le donjon principal Tenshukaku peut de nouveau accueillir du public depuis l’été 2021.

Il fait une chaleur terrible dans la ville et on arrive au pied du château complètement trempés de sueur après juste un petit quart d’heure de marche. Les murailles étant complètement fermées au public pour réhabilitation, une grande passerelle en acier permet d’atteindre l’entrée du château qui se trouve en hauteur par rapport à la ville. L’intérieur du château n’est plus du tout authentique, en raison des divers dégâts causés par les incendies, guerres et plus récemment le tremblement de terre. A la place, des expositions permanentes s’étalent sur les 6 étages du château pour en relater l’histoire. Histoire que nous ne comprendrons pas car tout est écrit en japonais. Comme très souvent au Japon, les lieux culturels et artistiques ne sont pas traduits. La visite se fait donc finalement assez vite et on se retrouve rapidement au dernier étage du donjon où de grandes baies vitrées permettent d’admirer le paysage sur la ville et les collines environnantes dominées par le mont Aso. Du haut de ses 1592 mètres, c’est le volcan le plus actif du Japon.

Nous quittons le chateau vers l’heure du goûter. En sortant du château, nous croisons un groupe de taïwanais qui avait pris le bus avec nous l’avant veille pour se rendre à la randonnée du lac Onami-ike. On se dit bonjour et on se fait de grands signes car le hasard est vraiment comique. Stéphane quitte ici Clémence et Cassandre pour prendre le tramway puis le train. Eh oui, vous n’avez pas de nouvelles de nos vélos mais nous non plus ! Ils sont à la gare de Matsubase depuis une semaine et il faut bien les récupérer un jour. Stéphane va donc chercher le premier aujourd’hui. Après un trajet d’une trentaine de minutes, il les retrouve en bon état.

Un parc à vélos avec plusieurs bicyclettes garées sous un abri, dont une vélo bleu et un vélo noir avec un petit support arrière.

Nous n’étions pas trop inquiets car le niveau de criminalité au Japon est relativement faible. Après 18 kilomètres d’une route où les japonais roulent vraiment proche, il arrive à l’hôtel. Mais mauvaise surprise, ils n’ont aucun emplacement pour garer les vélos et ils refusent qu’on les laisse devant l’entrée. Il faut donc aller à un garage à vélos payant, ce qu’on trouve à 300 mètres de l’hôtel. Le système n’est pas simple, on comprend juste qu’il nous en coûtera 300 yens par 24 heures. Pour passer ce désarroi, on se console dans un excellent restaurant de ramens avant d’aller nous coucher.

Intérieur d'un restaurant avec des murs en pierre, affiches et comptoir où un chef prépare des plats. Des assiettes et tasses sont visibles sur la table.

Mercredi 6 Août

Kumamoto possède son tramway, comme presque toutes les villes secondaires du Japon. Il fonctionne sur le même système, avec de tous petits wagons et une lenteur presque méditative. Nous le prenons ce matin pour rejoindre le parc Suizenji Jojuen avec son immense jardin historique. L’étang est alimenté directement par l’eau qui coule du mont Aso et deux ponts en pierre y sont particulièrement fameux. C’est un lieu hautement historique de la ville car il a vu passer des batailles et des personnages importants, dont Tadatoshi un illustre samouraï.

Un tramway à l'arrêt à la station Suizenji Park, avec un toit orange, sous un ciel partiellement nuageux.

Nous reprenons le tramway vers le centre-ville pour aller manger avec un ami québécois qui vit au Japon depuis presque vingt ans. Il a un fils de neuf ans, nommé Masaki. Nous nous installons dans un petit restaurant de ramens, l’un des meilleurs de la ville, et Clémence et Masaki commence à s’apprivoiser malgré la barrière de la langue. Une fois repus, nous flânons dans les rues en suivant les conseils de Luc qui connait la ville comme sa poche.

Les japonais adorent les mascottes et les personnages mignons. Celui de la ville de Kumamoto est mondialement connu et s’appelle Kumamon. Les mascottes s’appellent des Yuru-kyara et elles ont plusieurs critères à respecter. Elles servent à promouvoir une région ou une ville en particulier, ses mouvements doivent être uniques et bizarres et son apparence doit être simpliste. Cette fascination pour des personnages fictifs renvoie au polythéisme du Japon et à son folklore rempli de créatures et d’esprits.

Kumamon, la mascotte de Kumamoto, interagissant avec des enfants et des visiteurs dans un espace public animé, entouré d'un public enthousiaste.

Tout ceci ne préoccupe pas les enfants venus admirer le vrai Kumamon donner un petit spectacle dans un centre commercial pile au moment où l’on arrive. Même Clémence qui ne le connaissait pas trois minutes avant se prend au jeu et elle est toute fière quand il vient lui taper la main et lui faire un câlin. Nous continuons notre tour de la ville et nous finissons sur le toit du centre commercial Sakuramachi, un magnifique édifice arboré à plusieurs étages. Au tout dernier étage se trouve une immense pataugeoire gratuite pour les enfants avec des parcours imitant une rivière sauvage. L’endroit est beau, verdoyant, propre et constitue une pause salvatrice pour les petits.

Le copain Misaki n’est pas farouche et il se fait des copains en un rien de temps. Clémence s’amuse à suivre un parcours et à le répéter des dizaines de fois pendant que nous discutons avec Luc des spécificités de la vie au Japon. Il est professeur à l’université de Kumamoto et il n’envisage pas un seul instant de retourner vivre au Canada. Il nous donne plein de conseils sur les endroits où aller en ville, c’est une véritable mine d’informations.

Un enfant joue dans un petit bain d'eau entouré de rochers et de verdure.

Ils nous raccompagnent à notre hôtel car Clémence et Misaki tombent de fatigue. La soirée passe vite et Clémence s’endort d’un coup à 20 heures. Nous en profitons pour aller à un izakaya collé à notre hôtel. Au Japon et en Corée, il est fréquent de trouver des restaurants dans les étages, ce qu’on ne voit jamais en Europe. Nous montons donc au troisième étage, entrons dans le restaurant désiré et… on se fait recaler. « Japanese only », nous disent les trois hommes assis au bar à l’unisson. Un peu choqués, nous allons à celui d’à côté et grand bien nous a pris. L’endroit est convivial et animé, les cuistos sont tous très gentils et nous accueillent avec un grand sourire. Nous y passons un excellent moment à savourer des yakitoris et autres spécialités en sirotant plusieurs bières japonaises. Tant pis pour les autres !

Jeudi 7 Août

Avis de tempête sur Kyushu ! La météo annonce des jours catastrophiques à venir et elle semble ne pas se tromper car il pleut déjà quand nous ouvrons les yeux. Clémence ne semble pas vouloir se réveiller alors nous descendons prendre le petit-déjeuner sans elle. Elle émerge à 9h30 après une nuit de plus de 13 heures. Stéphane profite d’une accalmie pour aller chercher le second vélo à la gare de Matsubase. Il reprend le même tramway, le même train et refait le même trajet. Les japonais conduisent toujours aussi dangereusement et il se fait frôler plus d’une fois.

En arrivant sur Kumamoto, le ciel s’assombrit d’un coup et un immense nuage gris noir approche à toute vitesse. Il a tout juste le temps d’arriver au garage à vélos que le déluge démarre. Il est bientôt suivi par les éclairs et l’un des coups de tonnerre ressemble à une explosion. Dans l’arcade commerçante, les gens poussent même un cri de surprise. Quand il retrouve Cassandre et Clémence, des rideaux d’eau s’abattent sur la ville et nous sommes trempés en arrivant au restaurant vietnamien. On y mange convenablement pour un budget modique puis nous filons rejoindre Luc et Masaki à l’aire de jeu du musée d’art contemporain.

Intérieur coloré d'un restaurant avec des lanternes décoratives et des drapeaux. Une petite fille avec un sac à dos se tient debout au centre, regardant autour d'elle.

Ils se sont tellement bien entendus tous les deux qu’ils voulaient rejouer ensemble aujourd’hui. La barrière de la langue affecte moins les enfants que les adultes et ils se retrouvent à s’amuser avec d’autres petits japonais accompagnés de leurs mamans. Nous discutons avec Luc des différences culturelles entre les pays et nous attendons aussi surtout la fin de la pluie. Car la météo annonce des jours pluvieux et nous ne savons pas tellement de quoi sera fait notre trajet jusqu’à Fukuoka. Nous achetons des bâches de motos à 100 yens afin de recouvrir nos vélos si nous devons prendre le train. Ce n’est pas le rinko bag officiel recommandé mais ça fera l’affaire. Luc nous accompagne aussi à la poste et grâce à son aide, Cassandre peut envoyer quelques colis en France assez facilement. Notre soirée ressemble ensuite à celle de tous les parents du monde, nous ne vous la raconterons donc pas ici.

Une petite fille portant un yukata rayé et des bottes, se tenant dans un ascenseur tout en montrant deux doigts en signe de paix. Elle porte un petit sac à dos rose et a l'air joyeuse.

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