Kagoshima, Kirishima et l’envie d’ailleurs.

by

in ,

Encore une fois, nous avons complètement oublié les jours de la semaine. Nous mettons un certain temps à comprendre pourquoi la gare de Kagoshima est si vide alors que nous allons prendre le train. Evidemment, c’est samedi ! Nous montons dans un tout petit train pour Sengan-en, à seulement 10 minutes du centre-ville. On y trouve un des sites historiques incontournables de Kyushu, le jardin Sengan-en. Construit en 1658 par le clan Shimazu, ce magnifique jardin japonais abrite des plantes tropicales et offre une vue imprenable sur le volcan Sakurajima. La villa Goten, ancienne demeure du clan Shimazu, mérite également une visite pour comprendre le mode de vie de l’aristocratie locale. On y découvre que les rois de plusieurs pays dont Nicolas II de Russie et Edward III d’Angleterre ont visité cette maison typiquement japonaise et ont été épatés par son design et son confort.

Dans leurs mémoires, ils racontent tous avoir été impressionné par la propreté des lieux, l’ingéniosité des installations et la beauté géométrique du jardin. Déjà à la fin du 19ème siècle, la bâtisse possédait l’électricité grâce à une installation hydroélectrique. Nous nous y promenons avec d’autant plus de plaisir qu’il fait une chaleur intense dehors. La vue sur le volcan Sakurajima est spectaculaire. On croise beaucoup d’étrangers, notamment des chinois.

Nous achetons à manger à la supérette qui se trouve juste en face et nous profitons de la climatisation pour faire manger Clémence à l’intérieur, dans un coin. Enfin, jusqu’à ce qu’un employé vienne nous chasser en nous disant que c’est interdit de manger dans la supérette, même debout. Pour l’hospitalité, on repassera… En effet, contrairement à la Corée, les supérettes japonaises ne permettent pas de s’asseoir pour manger. Vous achetez votre plat, vous réchauffez si nécessaire, et vous sortez. Ainsi, sur chaque parking de supérette au Japon, vous verrez toujours plusieurs voitures garées moteur allumé avec leurs conducteurs assis dedans pour manger dans leur clim qui tourne à plein régime. Il fait déjà une chaleur suffocante sur les parkings et cela ne fait qu’en rajouter. L’individualisme poussé à son paroxysme ne cessera jamais de nous surprendre.

La route qui passe entre le temple et la plage qui lui fait face fait partie de l’itinéraire cyclable proposé par l’office de tourisme de Kyushu. Mais nous ne regrettons vraiment pas d’avoir laissé nos vélos quand nous voyons le trafic. Il est incessant, voire complètement bloqué, il y a des bus et des camions et on ne voit vraiment pas comment on aurait pu circuler en sécurité avec tout ce monde. C’est le constat qu’on fait en traversant pour aller à la plage. Elle nous tend les bras et nous sommes vite dans l’eau. Comme toujours, on respire mieux les pieds dans l’eau avec le vent qui balaie le sable.

Nous sommes samedi et peu de trains circulent. Nous repartons à quinze heures pour éviter aussi d’être trop longtemps exposés au soleil. Pendant le goûter, nous cherchons nos étapes des prochains jours. On voudrait se rendre demain au nord de Kagoshima dans le parc national de Kirishima-Kinkō, le plus ancien parc national du Japon qui comprend plus de 20 volcans actifs aux formes diverses, ce qui lui vaut le surnom de « musée des volcans ». Mais, contrairement à la Corée, il est compliqué de se déplacer en transports au Japon quand on sort des grandes villes. Bien sûr, leur territoire est fantastiquement maillé par les trains entre les grandes métropoles (notamment sur l’île de Hunshu, donc pas là où nous sommes) mais dès qu’il s’agit de rallier un point isolé ou dans une zone moins peuplée, c’est tout de suite un casse-tête. Les bus sont peu fréquents, quand il y en a, et on se fait des nœuds au cerveau en se demandant si notre poussette sera tolérée à bord des bus. Au cours de ce voyage au Japon, nous avons perdu la sensation de liberté du voyage à vélo et on commence à ne plus s’amuser du tout.

Dimanche 3 Août

Nous sommes aujourd’hui dimanche et les trains circulent peu. Nous avons le choix de patienter deux heures à notre départ ou à notre arrivée du train avant de prendre un petit bus de campagne. Puisque nous avons une aire de jeu à proximité, on quitte l’appartement et on emmène Clémence s’amuser. Il ne fait pas trop chaud, il y a de l’ombre, c’est donc parfait. Quand il est l’heure, nous allons prendre nos tickets de train à la gare centrale. Comme d’habitude, nous repérons notre arrêt sur le grand panneau d’informations, nous notons le montant du tronçon et nous prenons deux tickets correspondants à la somme mentionnée.

Mais une fois à bord du train, le contrôleur nous informe que nous devons payer plus. On ne comprend pas trop pourquoi. Il nous explique avec Google Traduction que nous avons bien pris le bon ticket mais qu’à bord de ce train, qui est un train « express », il faut payer 4€ en plus par adulte pour le siège. Décidément, rien n’est simple. Heureusement que c’est le Japon et qu’on sait qu’ils sont d’une honnêteté à toute épreuve car dans n’importe quel autre pays, on aurait pensé qu’il cherche à nous escroquer.

Après à peine une heure de train, nous arrivons dans une toute petite gare où il nous faut encore prendre un bus pour dix minutes de trajet. Mais on ne peut pas prendre un simple ticket, il faut payer le ticket journalier. Alors au lieu de coûter une centaine de yens comme un bus normal, il facture plus de 1000 yens. Mais en voyant des taxis arrêtés, on leur demande leur tarif et il s’avère qu’ils pratiquent le même. Alors nous montons avec eux, nous sommes au moins sûrs que nos bagages et notre poussette sont acceptés.

Vue intérieure d'un taxi japonais avec un chauffeur en uniforme, les sièges sont couverts de housses blanches à motif floral.

Arrivés au temple de Kirishima, nous descendons du taxi pour déposer nos bagages à l’auberge qui se trouve juste en face et où nous allons passer la nuit. Cela ne paye vraiment pas de mine, l’hôtel est très moche, les murs sont tous décrépis mais bon, cela ne veut pas dire que l’intérieur n’est pas correct. En Corée notamment, les chambres étaient souvent incroyablement propres et spacieuses alors que l’extérieur de l’hôtel ne donnait vraiment pas envie. On commence notre visite des alentours par le temple Kirishima-jingu, l’un des plus anciens sanctuaires shinto du Japon et l’un des plus visités. Il a une superbe façade rouge vif et des reliefs colorés détaillés, qui contrastent avec la nature verdoyante. Nous empruntons ensuite un petit sentier nature qui nous fait passer par de jolies cascades et des petites gorges avant de retourner à notre auberge pour nous installer.

Vue d'un hôtel ancien et décrépit à Kirishima, Japon, avec un extérieur en métal vert et des fenêtres blanches.
La façade de l’hôtel ne fait pas rêver.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que la première impression était la bonne. L’hôtel est très vétuste, sale et mal entretenu. Il y a des fissures dans les murs, de la poussière partout et de surcroit, ça pue le souffre. Car nous sommes dans une région volcanique où tous les hôtels ont leur propre onsen alimenté par des eaux volcaniques. Heureusement, la chambre est quant à elle convenable. On essaie de ne pas faire trop attention aux tâches au plafond et aux poussières qui se baladent. La pilule un peu difficile à avaler quand on sait qu’on a payé 50€ pour la nuit mais bon, c’est la réalité du tourisme au Japon. Des hôtels de luxe à des prix inabordables réservés à une poignée de privilégiés, une grosse masse d’hôtel à des prix qui tournent autour de 100-300€ la nuitée donc pas abordable non plus pour beaucoup de gens, et des hôtels miteux pour que ceux qui ne peuvent pas se permettre mieux mais sans forcément que cela soit bon marché.

La petite ville est déserte, elle a dû voir du tourisme dans les années 90 mais tout ici respire la décrépitude. On voit d’ailleurs beaucoup de maisons en ruines et d’endroits délabrés. Heureusement, un petit restaurant izakaya est ouvert et la propriétaire est très sympathique. Nous y mangeons de la nourriture simple en bonne quantité mais au moment de payer, nous constatons qu’il y a 1000 Yens de trop sur l’addition. Nous pensons qu’il y a eu une erreur mais non, elle nous explique que nous payons 500 yens par personne de frais de siège. On commence à être un peu lassés par les frais cachés car pour 2000 yens de nourriture, nous payons la moitié en frais non annoncés.

Pour ne rien arranger, nous découvrons des cafards dans notre chambre en revenant à l’hôtel. Nous ne sommes pas vraiment difficiles mais la perspective de dormir à même le sol avec ces bestioles ne nous enchante guère. Nous descendons à la réception et demandons à être changés de chambre. Les patrons sont un couple de personnes âgées qui semblent dépassés par la charge de cet hôtel immense. Lui aussi a dû connaître son heure de gloire trente ans auparavant. Mais aujourd’hui, il sent mauvais, il est plein de poussière et de rouille. Les petits vieux sont gentils quand même et on sent bien qu’ils essaient de faire du mieux qu’ils peuvent. La femme va vérifier une chambre de fond en comble avant de nous la proposer. Nous ne faisons pas les fines bouches et nous dormons dedans.

Une mère assise sur un futon avec sa fille dans une chambre à tatami. La pièce a des murs en papier japonais et une vue sur la nature à travers des fenêtres en verre.

Lundi 4 Août

Après des dizaines d’éternuements à cause de la poussière, nous nous réveillons à une heure correcte. Le petit-déjeuner pris dans la chambre, nous attrapons le bus de 10h04 direction l’onsen de Maruo. C’est une bourgade très touristique, réputée pour ses sources d’eau chaude multiples. Nous ne passons pas inaperçus avec notre chargement. Nos bagages sont dans la remorque, que nous plions avant de prendre les transports. Les chauffeurs de bus japonais roulent lentement et nous apprécions car ça évite à Clémence d’être malade.

Intérieur d'un bus japonais vide, avec des sièges bleus et des publicités accrochées au plafond.

Il fait gris aujourd’hui, le ciel est bas, un contraste saisissant avec les jours de soleil éclatant que nous a réservé le Japon jusque là. Aux nuages se mêle la fumée pleine de souffre de l’eau bouillante des volcans. Nous arrivons à l’hôtel très tôt, nous y laissons notre attelage et nous repartons déjeuner en attendant le bus. Le parc national est le plus ancien du Japon mais il y a quatre bus par jour pour aller le visiter. En prenant en compte le retour, ça nous laisse trois heures pour nous balader. Nous grimpons un kilomètre de marches pour rejoindre le lac de volcan Onami-Ike. Clémence monte plus de la moitié toute seule avant de sauter dans le sac à dos.

Une fois en haut, une boucle fait le tour du lac mais nous n’avons pas le temps de la finir car nous allons à un rythme enfantin. Ce n’est pas bien grave, il y a des nuages, du brouillard et de la fumée et nous n’apercevons le lac que par intermittence. Nous sommes tout de même tous les trois heureux de pouvoir marcher en pleine nature, de nous dégourdir les jambes et de faire un peu d’effort. Finalement, nous avons laissé les vélos il y a quatre jours et ils commencent à nous manquer. Très tranquillement, nous redescendons pour prendre le bus de 16h06 et pour rejoindre l’hôtel. Nous avons pris un hébergement assez spacieux et sympathique. Il y a même un espace de jeux pour les enfants et plusieurs bains chauds, ce qui occupe bien notre soirée. Une fois Clémence couchée, nous pensons à l’après et nous arrêtons une décision : nous retournons en Corée du Sud le 12 Août.


Commentaires

Laisser un commentaire