Nagasaki, suite et fin.

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Prendre plusieurs jours pour visiter des villes secondaires est un luxe qu’on peut se permettre en voyage à vélo. Nos corps et nos esprits ont besoin de repos et c’est donc sans hâte que nous flânons à travers les rues. Ici, pas question de courir d’un point à ne pas manquer à l’autre et pas de lieux précis à cocher absolument sur une liste. Ce matin, nous sortons visiter un petit temple non loin de notre appartement, le temple Suwa-Jinja, le plus important sanctuaire shinto de la ville.

A notre grand étonnement, Clémence apprécie beaucoup visiter les temples. Ce n’était pas le cas à notre arrivée en Corée du Sud où elle était presque intenable. Le voyage fait beaucoup changer car elle s’est apaisée en deux mois et dorénavant, elle suit parfaitement les us et les coutumes des lieux de prières. Elle sait qu’il faut parfois enlever ses chaussures pour entrer dans des pièces, elle apprécie aussi se laver les mains et la bouche dans les « Temizu-ya » qui se trouvent à chaque entrée de temple.

Le Temizu-ya est une fontaine alimentée en permanence avec de l’eau courante, mise à disposition à l’entrée de chaque enceinte sacrée. Comme toujours au Japon, les choses sont très codifiées : avant de prier dans un temple ou un sanctuaire, il est nécessaire de se purifier le corps et l’esprit. A l’origine ce rituel se faisait dans une rivière, ou source ou en bord de mer. On purifie ses mains et la bouche, car ce sont ces deux parties de notre corps que l’on va utiliser lors d’une prière : on frappe dans les mains pour invoquer la divinité, et on prie en utilisant la bouche. Pour se faire, on utilise un hishaku, une sorte de louche avec un long manche, en bambou ou en métal, qui est toujours présente à côté de la fontaine.

Vue depuis un temple avec une silhouette de femme regardant le paysage urbain et les collines de Nagasaki.

Le temple est splendide. Sa grande porte ouvre sur les collines de Nagasaki comme un cadre ornerait un tableau. Il fait frais dans le lieu de culte qui est traversé par les vents et cela offre un peu de répit sous cette chaleur déjà harassante malgré l’heure plutôt matinale. Un petit point d’eau nous permet de nous rafraichir et de mouiller nos chapeaux. Nous passons sous des torii, des portes traditionnelles japonaises puis nous allons voir un petit bassin. Les japonais raffolent de ces petits bassins remplis de gros poissons et de tortues et Clémence aussi. Ils ont l’habitude d’être nourris car ils se dirigent vers nous systématiquement et sortent leur immense bouche à la surface.

Plus loin, un petit zoo gratuit présente quelques animaux. Les japonais ont très mauvaise réputation quant au bien-être animal et cela se vérifie parfois. Les animaux enfermés ont l’air triste. Il y a un cygne qui barbote dans quelques mètres d’eau, un pauvre renard seul dans un tout petit enclos grillagé et des singes moribonds. Nous ne trainons pas ici et nous continuer à déambuler sous l’ombre des arbres jusqu’à tomber sur une aire de jeu qui a le mérite de ne pas être en plein soleil donc on en profite pour y jouer un peu.

Clémence aime certes visiter les temples mais on essaie quand même d’aménager des moments au cours de la journée pour qu’elle puisse s’amuser comme n’importe quel enfant de trois ans. Malheureusement, Nagasaki n’offre que très peu d’endroits pour les enfants. Et de manière globale, après plus de 10 jours passés au Japon, force est de constater que le pays n’est pas très « kids-friendly ». Il est compliqué de trouver des endroits pour divertir des enfants, surtout les petits.

Nous rentrons à l’appartement pour midi et faire une petite pause au frais. Plus tard, nous ressortons pour nous diriger vers d’autres temples de la ville qui se situent à quelques minutes à pied de notre logement. Contrairement à la Corée, ici au Japon, quasi tous les temples sont payants : entre 2 et 3€ par adulte. Dans le premier que nous visitons, il n’y a personne à la caisse donc on « fraude » l’entrée sans trop le faire exprès. Dans le deuxième il y a quelqu’un, donc nous nous acquittons du droit d’entrée et nous y restons finalement assez longtemps car son jardin dégagé et très bien entretenu est aussi très bien ventilé. Nous marchons finalement pas mal et les rues sont assez calmes, cela reste agréable malgré la chaleur accablante.

Nous repassons encore par l’appartement pour prendre le goûter et le bain. Peu avant 18h, nous montons dans un bus pour nous rendre au sommet du mont Inasa, l’une des montagnes encerclant la ville. On peut y monter en téléphérique ou en bus. Nous choisissons l’option la plus économique. A l’arrivée du bus, on a ensuite le choix de monter à pied des escaliers sur environ 800 mètres ou bien d’emprunter un « slope car », une sorte de monorail pour la modique somme de 1,50€ par adulte. L’expérience a l’air quand même assez fun donc on se laisse tenter et Clémence a très envie de monter dedans.

C’est en effet très sympathique car la cabine prend de la hauteur lentement et elle dévoile les paysages des différentes baies de Nagasaki, toutes plus somptueuses les unes que les autres avec le soleil tombant. Au sommet, un escalier en colimaçon permet de rejoindre une plate-forme d’observation qui offre un panorama à 360 degrés. Les mots manquent pour décrire la splendeur de l’endroit. Au niveau des rues encombrées, on a du mal à réaliser que nous sommes dans un environnement aussi spectaculaire. La mer de Chine orientale qui nourrit les eaux de Nagasaki dévoile des îlets par dizaine et elle façonne un paysage de carte postale. On a du mal à repartir, nous serions bien restés pour apprécier le coucher du soleil mais Clémence a faim et l’heure du coucher approche. Nous faisons la route en sens inverse pour qu’elle puisse manger et elle ne demande pas son reste pour aller dormir.

Vendredi 25 Juillet

Les japonais ont un immense problème avec le plastique. Absolument tout est entouré de plastique. Vous pouvez acheter des paquets de gâteaux pour le petit-déjeuner, ils seront emballés individuellement. Nous mangeons des bananes le matin et il n’est pas rare de les trouver cernées de plastique elles aussi. C’est vraiment très étonnant à constater et nous avons du mal à nous y habituer. Pour le premier repas de la journée, nous faisons simple quand nous avons une cuisine : des œufs brouillés, du pain, du beurre et des bananes.

Deux personnes se baignent dans une eau claire, entourées de collines verdoyantes et d'un ciel bleu parsemé de nuages.

Encore une fois, le rythme est lent ce matin car nous ne prenons le bus qu’à 10h40 pour rejoindre une plage. Stéphane descend réparer le frein avant d’un des vélos pendant que Clémence écoute un album de comptines, sa nouvelle passion. A l’heure prévue, nous sortons acheter le pique-nique du midi puis prendre notre bus. Nous sommes étonnés car il passe presque dix minutes en avance mais cela nous arrange bien. Sauf qu’au bout de quinze minutes de trajet, le bus s’arrête et le chauffeur nous interpelle depuis son poste de conduite. « Finish », nous dit-il en mimant un signe de croix avec les bras.

En regardant Google et par la fenêtre, on constate bien que nous ne sommes pas du tout au bon endroit. Point de plage ici. Pourtant, nous avons bien pris le bus 9 mais il nous explique qu’il y a plusieurs bus 9 avec des destinations différentes. Comme nous ne lisons pas le japonais, nous nous sommes bêtement fiés au numéro. Sauf qu’à un embranchement, le bus a pris à gauche alors que celui de la plage allait à droite. Pour remonter à l’embranchement, nous devons marcher 30 minutes le long de la route en plein cagnard. Autant dire que c’est hors de question. A peine avons-nous le temps de nous faire cette réflexion qu’un bus arrive en sens inverse, le 50, alors vite nous courons le prendre afin de remonter à l’embranchement et nous remettre sur le trajet du bon bus 9, vous nous suivez ? En descendant du bus 50, nous avons juste le temps de traverser la route que voyons le bus de la plage arriver. Mais comment savoir si c’est le bon bus 9 ? Nous voyons quelques occidentaux alors on présume que c’est la bonne destination.

Une femme se baigne dans une eau calme, tandis qu'une petite fille en maillot de bain et chapeau orange joue dans l'eau peu profonde. En arrière-plan, des collines verdoyantes et un ciel bleu parsemé de nuages blancs.

Et effectivement, celui-ci nous dépose bien à la plage. Elle valait bien tout ce périple car elle est somptueuse. Située dans une petite anse cernée de petites falaises, l’eau y est d’un calme olympien et les arbres proposent une ombre salutaire sur tout l’un des côtés. Il y a des petits crabes qui courent en pagaille sur le sable et des poissons de petite taille dans l’eau. Nous avons la plage presque à nous seuls, seul un petit groupe d’étudiants est présent aussi. Le rafraichissement fait très plaisir car depuis notre arrivée à Nagasaki, on a du mal à trouver de la fraicheur. La ville est dotée d’un grand port mais d’aucune plage et il y a peu de fontaines ou jets d’eau où se rafraichir.

Après avoir profité du sable chaud plusieurs heures, nous faisons le chemin en sens inverse. Dans l’autre sens, le bus ne s’appelle plus le 9 mais le 17. Il fait exactement le même trajet mais il a changé de numéro. Il nous dépose au bon endroit alors on ne cherche plus à comprendre la logique. Pour reposer nos peaux et nos têtes, on essaie de ne pas rester dehors trop longtemps l’après-midi alors la pause goûter se fait encore à l’appartement.

Plage calme avec des eaux cristallines, entourée de petites falaises et de verdure, sous un ciel bleu parsemé de nuages.

On en ressort plusieurs heures plus tard pour aller profiter d’une nouvelle aire de jeu. Nous croisons vraiment peu d’enfants dans les parcs ou dans les rues. Il paraît que les enfants japonais ne sortent pas du tout quand il fait trop chaud. Ici, les petits sont souvent gardés par leurs mamans jusqu’à 5 ans.

Pour prendre le train ou le bus avec des vélos au Japon, il faut obligatoirement un Rinko Bag. C’est un sac prévu pour accueillir un vélo. Nous avons prévu de prendre le train dans les jours qui viennent pour éviter le stress de certaines routes trop empruntées et trop dangereuses. Mais il est presque impossible de trouver le fameux sac dans les villes secondaires. Nagasaki facture quand même 200 000 habitants et nous n’en trouvons pas. Il est décidément plus difficile que prévu de se déplacer à vélo au Japon. Ce qui est censé être le mode de déplacement de la liberté commence à ressembler fortement à un fardeau.

La ville est vraiment peu cyclable, nous ne nous y sommes d’ailleurs pas risqués depuis notre arrivée. Il est interdit de rouler sur les trottoirs au Japon mais les cyclistes préfèrent visiblement braver l’interdit car tous ceux que l’on croise (et il y en a peu) circulent dessus. Le fait de ne pas trouver le fameux sac nous agace et nous passe l’envie de manger dehors. L’organisation d’un voyage au long cours à vélo est un véritable casse-tête quand on ne peut pas se déplacer en bus ou en train comme on le veut comme c’est le cas dans la plupart des pays du monde..! En tout cas, Clémence est ravie de faire un apéro à la maison et elle est toute fière de trinquer avec sa brique de jus. Elle grandit à toute vitesse !

Samedi 26 Juillet

Nous commençons à redouter les routes au Japon. Le plaisir du vélo est progressivement remplacé par une appréhension permanente. En fouillant les forums internet, on lit que si on trouve les routes dangereuses au Japon, c’est que nous ne sommes pas sur les bonnes routes. Cela ressemble fortement à du « victim blaming » car à partir du moment où les vélos sont autorisés sur les routes, on ne devrait pas s’y sentir en danger. Pourtant, nous n’empruntons que des voies limitées à 50 kilomètres heures maximum.

Et nous ne sommes pas partis depuis cinq minutes que cela ne manque pas, une conductrice nous frôle sur une double voie avec toute la voie de droite complètement vide. Cela commence à devenir redondant et désespérant. Le soleil est caché par une belle couverture nuageuse ce matin, ce qui rend la montée du matin moins difficile. Nous essayons de rouler autant qu’on peut sur les trottoirs mais ils finissent toujours par disparaître. Parfois, nous devons emprunter des tunnels mais ils ne sont pas du tout aménagés pour que les cyclistes puissent y passer en toute sécurité et ils sont en plus très mal éclairés. Mais une fois qu’on est arrivés devant, on n’a pas le choix donc on y va. On met nos lumières et on croise les doigts pour que les voitures nous voient et ne nous roulent pas dessus.

L’étape du jour ne fait que 33 kilomètres et elle consiste en une succession de côtes difficiles à passer. Pas de grande ascension mais un dénivelé cumulé de 600 mètres au final. Pour reposer les jambes, nous faisons une pause à mi-chemin au Yui No Hama Marine Park, une baie avec une jolie plage faisant face à des ilets. En arrivant à l’entrée, on réalise que l’accès est payant pour tous les véhicules même les vélos (alors qu’il n’y a aucun garage à vélo en bas donc on se demande pour quoi on paye). On se gare donc un peu plus haut que l’entrée et on finit à pied. Les plages sont l’une des rares activités gratuites donc on en profite à fond. Clémence s’éclate comme une folle et ne semble jamais se fatiguer de jouer dans l’eau et sur le sable.

C’est une enfant incroyable car elle ne rechigne quasi jamais quand il faut repartir. Cet après-midi, elle monte sur sa selle shotgun à l’avant et on repart pour la deuxième moitié du trajet. Malheureusement, notre trace rejoint parfois la nationale à 50 kilomètres heure et c’est toujours super stressant de se retrouver dessus car il n’y a pas de bas-côté et les voitures nous frôlent. Quand une route nous autorise à bifurquer, le Japon qu’on attendait se dévoile vraiment. Le paysage tout vert de forêt tropicale avec la mer de Chine à notre droite est une récompense bien méritée. Les rizières inondent les collines, il y en a tellement que même Clémence a renoncé à toutes nous les montrer.

Un cycliste sur une route bordée de champs et surplombant la mer, avec des collines en arrière-plan sous un ciel partiellement nuageux.

Pour rejoindre l’hôtel du soir, il faut reprendre la route maudite sur les 3 derniers kilomètres et elle ne nous offre aucun répit car c’est une enfilade de voitures qui circulent dessus. On met même un temps fou rien que pour pouvoir la traverser et s’insérer dessus. On ne peut pas y aller comme un cow-boy car on ne peut pas démarrer sur les chapeaux de roue en faisant crisser les pneus comme en voiture. Il nous faut une certaine distance entre les voitures pour pouvoir nous insérer. La route monte toujours, elle est très fréquentée et les automobilistes continuent de nous frôler à des distances hallucinantes.

En arrivant dans notre bungalow, nous n’avons même plus envie de ressortir. On constate sur l’un des murs que nous pouvons commander à manger et nous faire livrer dans la chambre. Nous ne manquons pas l’occasion et on ne ressort plus de la soirée. Quitte à ne pas bouger, on en profite pour faire une lessive et sécher notre linge car le vent et le soleil sont réunis. On fait aussi un lavage complet de nos vélos et de nos transmissions. La soirée est calme et il fait très bon grâce au vent donc on traine un peu sur la terrasse avant d’aller se coucher pour la toute petite étape du lendemain.

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