Après le premier jour de pluie vient le beau temps

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Au cours d’un long voyage à vélo, il faut savoir prendre des jours de repos. Mais il est toujours difficile de s’en ménager car même quand nous ne roulons pas, nous cherchons quand même à visiter des endroits ou faire des activités. Le seul moyen de ménager nos corps, c’est de nous forcer à ne rien faire. Et alors, quoi de mieux que la pluie ?

Elle était annoncée, elle a pointé le bout de ses gouttes pendant la nuit et il tombe des seaux d’eau quand nous nous réveillons. Nous n’hésitons pas vraiment à demander à notre hôtesse si nous pouvons rester une nuit de plus. La pension est tristement vide alors qu’elle comporte des dizaines de chambres, signe du déclin total du tourisme dans cette partie du Japon. Elle accepte volontiers pendant qu’elle nous sert le petit-déjeuner.

Petit-déjeuner japonais traditionnel comprenant du riz, des légumes, du poisson, des œufs crus et d'autres plats variés, servi sur un plateau en bois.

Nous voulions tester par curiosité. Il y a du poisson frit, du riz, de la soupe miso, de l’œuf (dont on réalisera en voulant en ouvrir un qu’ils sont crus) et des petits à-côtés dont on ignore le nom et qui ne nous paraissent pas apetissant à 8h du matin. Cela ressemble furieusement à n’importe quel autre repas japonais et nous savons qu’on ne retentera pas l’expérience du petit-déjeuner typique. Clémence se réveille après nous et elle dévore un bol de riz sauce soja. Nous remontons dans la chambre et nous allons tester le bain de la pension. Il est très commun au Japon d’avoir un « onsen », un bain partagé. Il y a tellement de montagnes sur l’archipel que l’eau coule à flots depuis des sources chaudes.

Cela fait passer le temps car la pluie ne s’arrête vraiment pas. Elle diminue parfois et nous profitons d’une accalmie sous forme de crachin pour rejoindre un restaurant en haut de la côte. C’est un restaurant traditionnel où l’on mange assis par terre, il est prisé des travailleurs locaux. Même si l’on attend nos plats assez longtemps, nous ne sommes clairement pas pressés et nous les savourons tranquillement.

La centrale nucléaire de Genkai, une des deux centrales de Kyushu, se trouve juste à côté et elle est accompagnée d’un immense musée des sciences complètement gratuit pour en apprendre plus sur le nucléaire et l’électricité en général. On s’y rend sous la pluie et nous sommes quasiment les seuls visiteurs. Il y a aussi une grande aire de jeux et d’autres activités d’extérieur mais à cause de la pluie, tout est fermé et/ou impraticable. Le musée a l’air intéressant mais tout est en japonais et on ne comprend pas grand chose. On appuie quand même sur les boutons au hasard pour essayer de divertir Clémence. On teste un simulateur de tremblements de terre très impressionnant et on s’amuse sur un jeu vidéo qui reprend des endroits que nous avons traversés à vélo. Il y a aussi une petite bibliothèque avec quelques jeux, ce qui nous permet de nous poser un petit peu.

Le musée ferme à 17 heures et nous voyons sur le radar météo que la pluie s’amenuise autour de 16h15 pour un petit moment et nous prenons cette fenêtre de tir. On essaie d’aller le plus vite possible mais c’est peine perdue avec une enfant de trois ans qui veut absolument marcher en tenant son doudou et sa peluche. Nous mettons quasiment 20 minutes à faire 800 mètres. Nous arrivons au supermarché pour faire les courses du soir à peu près secs mais le temps de faire nos achats et de ressortir, c’est un déluge qui tombe du ciel. Nous sortons les parapluies, Clémence grimpe dans les bras de Papa et nous filons aussi vite que possible jusqu’à l’auberge en bas au niveau du port. Une quantité d’eau impressionnante dévale les pentes et nos pieds pataugent presque dans l’eau.

Nous sommes trempés en arrivant en bas à la pension. On se change et Stéphane emmène bébé prendre son deuxième bain chaud de la journée. Les journées pluvieuses ne sont pas les plus marrantes et on la finit en mangeant nos plats dans le salon partagé en essayant tant bien que mal de communiquer avec les logeuses.

Samedi 19 Juillet

Comme hier, un réveil sonne dans tout le village à 7 heures du matin. C’est une petite musique jouée par des haut-parleurs. Elle nous arrange bien car nous voulons partir tôt. Nous avons une étape de presque cinquante kilomètres à affronter aujourd’hui avec plus de 750 mètres de dénivelé positif. Le petit-déjeuner est avalé, Clémence est réveillée et nous voilà partis à 8h30 pétantes.

Chambre d'hôtel japonaise avec deux matelas et des couvertures en désordre, une petite télévision et une fenêtre laissant entrer la lumière.

Nous n’aurons aucun répit aujourd’hui car la première difficulté, une côte à 10%, nous attend dès le premier kilomètre pour remonter du port où se trouvait la pension vers la route nationale que nous devons emprunter. Sur les quinze premiers kilomètres, nous enchaînons les montées et nous transpirons des litres avec l’humidité ambiante de Kyushu. Heureusement, le temps est aux nuages et le soleil ne vient pas se mêler à la partie ce qui aurait accentué la difficulté du parcours. Les routes ne sont pas très empruntées, on ne croise pas grand monde et cette partie du pays nous semble bien loin de la modernité indécente qu’on associe au Japon.

Vue panoramique sur un paysage de rizières verdoyantes bordées par l'océan, sous un ciel nuageux.

En réalité, 80% des habitants vivent sur seulement 6% du territoire, la Taiheiyō Belt, un long couloir qui part de Fukuoka jusqu’à Tokyo, le long du Pacifique. Hormis cette zone, le pays est donc très peu dense. Nous nous arrêtons à un point de vue sur des rizières et des ilets disséminés dans un estuaire et l’installation semble n’avoir pas été utilisée depuis trente ans. Cela nous fait une impression très étrange. Plus loin, nous nous arrêtons dans un tout petit village pour profiter de son supermarché mais l’endroit semble mort. Les villages coréens étaient toujours plein de monde, peu importe l’heure de la journée.

Nous mangeons sur place avant de rejoindre une grande aire de jeu. Elle paraissait magnifique sur les photos mais dans la réalité, le constat est le même : elle semble sortir des années 80. Le bois est décrépit, les couleurs sont passées depuis longtemps, la structure rouille et d’immenses toiles d’araignées trahissent le peu d’utilisation. Un dicton résume l’impression qui nous colle au cerveau depuis quelques jours : « Le Japon est en l’an 2000 depuis les années 80. » Autrefois à la pointe d’absolument tout, place forte de l’innovation et de la finance mondiale dans les années 90, il est maintenant un pays bloqué par sa rigidité et sa complexité.

Imari (伊万里市), située dans la préfecture de Saga sur l’île de Kyūshū, compte environ 56 000 habitants début 2025. Réputée mondialement pour la porcelaine « Imari ware », exportée dès le XVIIᵉ siècle depuis son port, elle reste un centre actif de poterie traditionnelle. Parmi ses points d’intérêt figurent le village ancien d’Okawachiyama avec ses fours historiques, et le festival Ton‑Ten‑Ton, une fête de sanctuaires rituels de lutte annuelle. Ville tranquille et riche en culture, Imari charme par son patrimoine artisanal et festif.

Nous restons quand même une petite heure pour que Clémence puisse se défouler car elle a passé beaucoup de temps la cariole ce matin. Mais l’aire de jeux est encastrée en haut d’une colline entourée d’arbres et il n’y a aucun air qui passe. Il y fait très chaud donc nous finissons par repartir. On reprend nos montures, on fait un arrêt glace au 7/11 et on rejoint Imari, notre étape du jour. C’est notre premier vrai hôtel au Japon, jusqu’ici nous n’avons dormi que dans des appartements, des auberges et un camping. La chambre est minuscule, comme souvent ici.

Vase en porcelaine décoratif, vue avant, situé sur un trottoir près d'un canal avec un ciel nuageux en arrière-plan.

Après les douches, nous sortons nous promener dans cette ville un peu quelconque (quoique mondialement reconnue pour sa porcelaine) et nous mangeons dans un restaurant typique tenu par un couple de personnes âgées. C’est fréquent au Japon, on appelle ces établissements des shokudo. On pourrait volontiers se croire dans leur salon : il y a juste un comptoir avec 4 tabourets et 2 petites tables où l’on s’assoit à-même le sol. Les patrons sont très sympathiques et ils essaient tant bien que mal de communiquer avec nous. Nous nous régalons de tempura et de katsudon, un bol de riz surmonté de tonkatsu (escalope de porc panée et frite) dans une sauce à base d’œuf battu et d’oignons cuits.

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Dimanche 20 Juillet

Notre hôtel est plein, archi plein. Le parking déborde tellement que des voitures sont garées les unes derrière les autres et que nous devons faire la queue pour entrer au petit-déjeuner. Nous n’avions jamais vu ça, un employé prend les noms et puis appelle quand notre tour vient. Nous ne patientons pas longtemps et nous découvrons le buffet. Les japonais mangent le premier repas de la journée comme tous les autres, avec du riz, des crudités, des oeufs, des saucisses, du poisson, de la soupe miso etc. Le coin occidental ne comporte que quelques croissants surgelés et des petits pains. Nous goûtons un peu de tout et commençons même à nous habituer à manger salé dès le matin.

A l’heure de quitter l’hôtel, nous y laissons nos bagages car nous allons visiter un petit village à cinq kilomètres et nous serons plus léger sans les sacoches. D’autant plus qu’il est perché dans les collines environnantes et que le trajet ne fait que monter. Okawachiyama est un village historique de la poterie japonaise. Les pièces en porcelaine façonnées ici étaient destinées à la cour impériale et les potiers obtenaient le statut de samouraï tant leur travail était précieux.

Aujourd’hui, le village ressemble à un musée touristique. Toutes les échoppes vendent des produits en porcelaine blanche et bleu mais il est difficile d’estimer la qualité pour des néophytes comme nous. Les pièces exposées sont en tout cas très belles les plus gros vases peuvent atteindre des prix allant jusqu’à 5000€ ! Les petites ruelles restent agréables à parcourir, il y règne une atmosphère paisible. Nous sommes étonnés du peu de fréquentation pour un dimanche mais cela reflète l’attractivité actuelle de l’île de Kyushu. Nous reprenons nos vélos pour amorcer la descente et récupérer nos précieuses sacoches à l’hôtel. La descente se fait bien évidemment beaucoup plus rapidement et on prend le temps d’apprécier la traversée de cette campagne japonaise faite de collines et de rizières verdoyantes.

Depuis l’hôtel, nous n’avons que vingt kilomètres à parcourir pour rejoindre notre ville-étape du soir alors nous prenons bien notre temps. De toute façon, la route principale est bien trop pleine de voitures alors nous prenons des chemins de traverse à travers les villages qui l’entourent. Après des courses dans une supérette, nous mangeons à l’abri du soleil sur le banc d’un grand parc pour prendre un peu de « fraicheur » (comprendre : ne pas cuire sur place). Nous trempons nos pieds dans la grande fontaine puis nous jouons à l’aire de jeu avoisinante. Nous laissons trainer le temps pour que Clémence profite un maximum. La fin de la route n’est pas agréable car nous sommes obligés de retourner sur la « grosse » route, qui n’est finalement qu’une petite nationale limitée à 50 km/h mais avec un flot continu de voitures. Nous sommes pourtant en rase campagne de Kyushu, ce qui ajoute à notre incompréhension d’un tel trafic.

Nous arrivons à l’hôtel pour le goûter. Le patron n’a pas trop l’habitude de voir des étrangers car il nous rappelle qu’il ne propose que des chambres japonaises avec des futons au sol et nous demande si cela nous convient. Cela ne nous pose évidemment aucun problème. On apprécie même plutôt bien les chambres à la japonaise. Il parle un petit peu anglais alors la communication se fait facilement. Nous prenons une rapide douche avant de ressortir visiter la petite ville. Notre hôtel est bordé par un pont qui passe au-dessus d’une rivière.

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Mais en y regardant de plus près, il s’avère en fait que ce n’est pas une rivière qui coule ici mais l’un des plus petits détroits du Japon. Avec 10 mètres de large seulement par endroits, le courant possède une vitesse exceptionnelle quand vient l’heure des marées. Et d’ailleurs, l’eau change de sens selon les marées. C’est donc un spot très prisé des amateurs de kayak et de canoé. En dehors de ça, la petite ville de Haiki reste somme toute sans intérêt et est même assez endormie. On ne croise pas grand monde qui se balade, il n’y a que des voitures qui la traversent. Une fois de plus, le diner se fera à base de repas traiteur du supermarché devant le petit récap quotidien du Tour de France. Pas de folie ce soir, demain une étape de grimpette nous attend.


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