Après plus de 1500 kilomètres de vélo en Corée du Sud, c’est aujourd’hui que nous lançons les compteurs kilométriques sur le sol japonais. Après avoir pris un énorme petit-déjeuner et rangé toutes nos affaires, nous mettons un coup de pompe dans nos pneus et nous voilà partis pour une nouvelle aventure. Le tour de Kyushu nous tend les bras mais il faut pour ça déjà sortir de Fukuoka. La ville est vraiment pensée pour les voitures et nous mettons un temps fou à parcourir les dix kilomètres qui signent à peu près la sortie.

Pile sur la marque des quinze kilomètres parcourus, nous apercevons une aire de jeu au loin au bord d’une plage. Bien entendu, nous nous arrêtons et bien entendu, nous jouons à chat perché car c’est le nouveau jeu préféré de Clémence. Elle pratique avec ses propres règles, c’est-à-dire qu’elle a le droit de nous toucher quand on est perchés mais l’inverse n’est pas vrai. C’est un concept bien à elle. Après une bonne heure de jeu, nous partons en mission couches. Notre vie de voyageurs a bien changé depuis que nous sommes parents. Avant, on cherchait les plus belles plages, les bons restaurants et les endroits cachés. Mais aujourd’hui, on doit taper dans Google « où trouver des couches au Japon ? ».
Car nous avons déjà fait plusieurs magasins dans Fukuoka sans succès et le supermarché, pourtant de bonne taille, n’en a pas non plus. Il y a pourtant pléthores de couches pour personnes âgées et une tonne de protections hygiéniques. On découvre alors qu’il faut se rendre dans des drugstores et c’est chose fait deux kilomètres plus loin. Ici aussi, la section couches pour vieux ridiculise celle pour les bébés. Clémence ne met plus des couches que la nuit, ce qui nous soulage grandement dans la logistique car le paquets de vingt couches tient en théorie presque trois semaines.
Nous avons fait quelques emplettes au supermarché et nous mangeons sur une plage très bien aménagée. Toutes les installations ont l’air vieillot mais elles sont toutes fonctionnelles. Il y a des tables de pique-nique, une petite piscine avec un toboggan construite dans la carcasse d’un vieux bateau de pêche, plein de balançoires entre des cocotiers, des grandes tyroliennes, un énorme seau perché en l’air qui se remplit et se vide d’un coup sur les courageux qui attendent en dessus. Une immense aire de jeux aquatiques/base de loisirs en bord de plage et complètement gratuite. Le lieu respire une ambiance conviviale et la plage est vraiment sublime, ce qui ne nous étonne pas trop car le Japon est réputé pour la beauté de ses plages. Un gros groupe de français joue dans l’eau, ils sont en échange universitaire à Fukuoka et ils nous confirment que la vie y est très douce.


Après plus de deux heures de jeu, nous reprenons la route. Et elle dévoile enfin tous ses charmes. La partie méridionale du Japon est tropicale et les paysages côtiers sont spectaculaires. Si on les montrait à quelqu’un sans savoir ce qu’il regarde, il penserait que c’est Hawaii. Nous en prenons plein la vue en roulant et même le vent de face devient insignifiant. Une petite averse nous tombe sur les casques, on en profite pour s’arrêter dans un surf café pour boire un thé glacé et profiter de la vue sur des chaises longues au soleil. L’averse aura duré littéralement 1 minute.


On ne s’attarde quand même pas trop car il faut qu’on arrive à 17 heures maximum au camping pour le check-in. Oui, ce soir nous campons. Nous avons réservé un emplacement et une tente en location pour une nuit. En dehors des grandes villes, l’offre hôtelière se fait très rare au Japon et nous n’avons guère le choix, d’autant que la péninsule sur laquelle nous sommes offre peu de logement et ceux disponibles coûtent à minima 150€. Ce n’est pas grave car c’est une nouvelle expérience pour Clémence qui n’a encore jamais campé. En arrivant au camping, la gérante est si surprise de nous voir à vélo qu’elle nous prend en photo pour poster sur son compte Instagram. La tente n’est pas dure à monter et après quelques ajustements, la voilà prête. Notre emplacement dispose d’un petit barnum en bois avec tables et bancs, un lavabo avec eau courante taillé dans la pierre et de l’électricité. La pelouse est très bien entretenue et paraît moelleuse et nous avons la vue sur la mer.

Sur les coups de 17h, la gérante s’en va en nous demandant de remettre le matériel de camping à l’accueil le lendemain en partant car elle ne revient qu’à 11h. Elle nous prête aussi un chargeur de téléphone car notre adapteur ne rentre pas dans la prise murale disponible sur notre emplacement de camping. On sent que les japonais ont une confiance aveugle en autrui. Il n’y a personne d’autres que nous sur le camping et celui-ci est complètement ouvert : aucune barrière, aucun portail. Autant dire que dans un autre pays, on ne se serait peut-être pas sentis en sécurité mais ici on laisse toutes nos affaires sorties sur les tables et on laisse nos vélos tel quel sur la pelouse non attachés. C’est l’avantage de pays comme le Japon ou la Corée du Sud où les vols que l’on connait si bien en Europe n’existent tout simplement pas.


Nous avions pris la mauvaise habitude en Corée d’avoir toujours une supérette à portée de main. Elles étaient vraiment partout, ce qui n’est plus le cas ici. Nous n’avons qu’une option, un restaurant italien où nous mangeons des lasagnes pour un prix correct mais les portions sont ridicules. On ressort en ayant encore faim car Clémence a mangé comme un ogre mais tant pis. Le soleil se couche quand on finit de manger alors nous allons l’admirer sur la plage. Le paysage est idyllique et même si Clémence a un peu de mal à s’endormir, ça ne gâche pas le plaisir de cette première journée très agréable sur les routes du Japon.
https://strava-embeds.com/embed.jsMercredi 16 Juillet
La nuit dans la tente n’a pas été glorieuse. Trop froid dans la nuit, trop chaud au matin, un chaton qui vient hurler pendant notre sommeil et des oiseaux aux chants improbables ont participé à animer l’ensemble. On se réveille autour de 7h30, pas loin de la sensation de la gueule de bois. On commence à ranger ce que l’on peut pendant que Clémence dort encore. Après un petit déjeuner très rudimentaire avec ce qu’il nous reste de nos dernières courses à Fukuoka, nous entamons notre deuxième journée autour de 9h. Ce n’est pas plus mal car la brise marine est agréable et arrive encore à cette heure à couvrir un petit peu la chaleur annoncée pour la journée.
On roule en espérant trouver une supérette ou un petit snack ouvert pour pouvoir s’alimenter dignement (pour un cycliste qui n’a quasiment rien mangé la veille) mais après 2 déconvenues sur des cafés fermés, on finit par enfin trouver une supérette ouverte dans un petit hameau au bout d’une heure de route. On rachète des pains au lait, des mini croissants et du jus histoire de compléter le petit déjeuner raté du matin. En roulant un peu plus loin, alors que nous longeons le rivage, on aperçoit une petite plage toute tranquille à l’eau très calme cachée derrière les pins qui la sépare de notre route. On décide de s’y arrêter pour barboter un peu.



Un groupe d’enfants de 3 à 6 ans se trouve sur place accompagné de quelques parents. Avec des sacs poubelles, il ramassent les déchets plastiques qui trainent sur le sable et au bord de l’eau. Et il faut dire qu’il y en a un paquet. C’est malheureux mais la plage est très sale. Nous sommes au nord-ouest de Kyushu et ce côté de la côte doit ramasser les déchets de toute l’Asie qui viennent s’échouer sur ses plages. Les japonais sont sûrement aussi responsables de cette pollution étant donné que, comme en Corée du Sud, ils emballent encore absolument tout dans du plastique et n’ont pas encore dit adieu aux ustensiles à usage unique.
Les enfants ont l’âge de Clémence donc on essaie de l’encourager à aller jouer avec eux mais elle s’obstine à jouer de son côté. Stéphane discute avec l’un des parents présent, c’est un américain de Salt Lake City. D’origine japonaise, il a rencontré sa femme (présente aussi) aux USA avant de venir s’installer ici. Ils sont très sympathiques mais ils ont beaucoup d’enfants à surveiller et la discussion tourne finalement court.
Nous reprenons la route car l’heure du déjeuner approche et nous n’avons rien pour manger donc on roule jusqu’à trouver un bon supermarché. On prend le déjeuner sur une plage presque déserte, seules quelques personnes barbotent dans l’eau. Comparées à la Corée, toutes les installations côtières semblent vétustes. Ce sont souvent des constructions en bois et en tôle qui semblent avoir déjà traversé quelques décennies. Mais surtout, tout semble fermé partout où l’on passe. Nous sommes pourtant en plein mois de juillet et même si les petits japonais ne sont en vacances qu’en Août, cela nous étonne beaucoup.


La dernière partie de la route n’est pas amusante même si elle est scénique. La plupart des japonais conduisent comme les français, ils roulent vite et passent près des cyclistes. Ils anticipent aussi plutôt mal et se soucient peu qu’une voiture arrive en face quand ils commencent à doubler. C’est un changement radical de la Corée du Sud où les conducteurs doublaient sur la voie opposée. On essaie d’avancer le plus vite possible car les portions urbaines ne sont pas agréables du tout et nous sommes heureux d’arriver à Karatsu.
Nous avons pris un appart’hôtel un peu cher mais avec une cuisine pour se faire à manger. Cela réduit finalement nos dépenses. Après avoir déposé nos bagages et garé nos vélos, nous sortons acheter un goûter au supermarché. Nous avions repéré un café pour boire quelque chose de frais mais nous trouvons un espace minuscule et pas d’autre boissons que du thé et du café. C’est aussi un grand changement par rapport au voisin coréen où ces endroits étaient toujours design et joliment décorés.

Après avoir joué dans l’aire de jeu du quartier au milieu des petits japonais, nous achetons de quoi manger pour la soirée. On déguste un apéro et le repas en regardant le résumé du tour de France. Clémence sait qui est Pogacar et elle ne manque pas de nous le montrer quand il apparaît à l’écran. Il n’y a plus qu’à espérer que la nuit de repos nous donne les mêmes jambes que lui.
https://strava-embeds.com/embed.jsJeudi 17 Juillet
Au réveil, nous cuisinons un petit-déjeuner d’ogre. Des saucisses, du bacon, des oeufs, du yaourt, des bananes, du pain, du beurre. Bref, de quoi prendre le maximum de forces pour enclencher une nouvelle journée de fortes chaleurs. Nous sommes particulièrement vigilants à bien manger car le corps réclame paradoxalement moins quand il fait chaud alors qu’il aurait besoin de plus.
Nous prenons la route à dix heures et la sortie de Karatsu se fait paisiblement, en roulant sur les trottoirs qui sont globalement larges. Nous avons vite pris le pli des cyclistes japonais qui roulent systématiquement tous hors de la route. Pourtant, « officiellement » il est interdit de rouler sur le trottoir et les cyclistes doivent emprunter la route. Pour avoir croisé plusieurs policiers dans Fukuoka en roulant sur les trottoirs, on peut vous confirmer que c’est globalement très bien toléré par les autorités. Ce n’est pas agréable, ça secoue dans tous les sens, il y a des bateaux à passer tous les cinquante mètres mais on s’y sent plus en sécurité pour le moment en ville.
A une quinzaine de kilomètres, on gare nos vélos pour descendre sur une plage. Elle est splendide, digne des plus belles cartes postales et presque vide encore une fois. Nous jouons dans l’eau en nous méfiant beaucoup du soleil dont l’indice UV est bien supérieur à notre soleil français (même sudiste). Clémence est toujours couverte de crème solaire, voire d’un t-shirt, et elle n’a pas le droit de quitter son chapeau.



Nous reprenons l’asphalte pour un arrêt supermarché. Les repas y sont vraiment d’excellente qualité et à des prix défiant toute concurrence. On en profite aussi pour remplir nos gourdes car les points de ravitaillement en eau manquent cruellement. Les cafés sont rares dans la région où nous sommes et il n’y a jamais de fontaine à eau. Donc on remplit nos gourdes aux lavabos des toilettes publiques car heureusement au Japon il y en a quand même souvent. Mais l’eau n’est pas très fraiche, limite tiède.
L’itinéraire cyclable fait un crochet par le Cap Hado et la route pour y mener est un enchainement de bosses bien ardues pour les gambettes. La plage qui s’y trouve est étonnamment quelconque et jonchée de détritus. On y trouve même une énorme méduse échouée et un poisson mort. Lors de notre voyage au Japon il y a 7 ans, nous avions été scotché par la propreté du pays. Mais nous étions restés sur l’ile principale de Hunshu et sur les itinéraires touristiques les plus importants. Peut-être que cette région du Japon est plus rurale, moins peuplée et donc moins entretenue ? En tout cas, cela fait l’affaire pour se rafraichir et faire une pause jeux et gouter.




Il ne nous reste que 7kms à parcourir jusqu’à notre destination du soir, une petite auberge japonaise traditionnelle. 7 kilomètres qui se font bien sentir car nous ne faisons quasiment que monter. Les paysages sont splendides car nous sommes dans une région de rizières. On finit par descendre quasiment au ras de l’eau pour rejoindre le petit port où est nichée notre auberge, qu’on appelle ici « ryokan ». Cet hébergement japonais des plus typiques est caractérisé par un ensemble d’éléments communs : un sol en tatami, des futons, des bains communs privés (en extérieur parfois), le yukata (kimono d’été), un somptueux dîner maison kaiseki composé de plusieurs plats et un petit-déjeuner japonais traditionnel.

Nous n’avons pas pris l’option diner pour ce soir mais nous avons pris le petit déjeuner donc on vous dira ce que vaut un petit déjeuner bien tradi. La dame qui nous accueille ne parle pas anglais mais on arrive quand même à se comprendre pour accéder à notre chambre. L’auberge est sur deux étages avec de sublimes parquets en bois verni. Après la douche dans les bains communs, on se rend dans un autre établissement traditionnel japonais pour manger, un izakaya. On y mange assis en tailleur dans des petites salles séparées par des portes coulissantes. Le repas est copieux et abordable, ce qui nous ravit tous les trois après une grosse journée sur la route.
https://strava-embeds.com/embed.js
Laisser un commentaire