Premiers jours au pays du soleil levant

by

in ,

Se réveiller dans un nouveau pays n’est jamais vraiment anodin. Cela n’arrive qu’une fois par voyage et finalement peu de fois dans la vie. Nous sommes obligés de réveiller Clémence ce matin car elle s’est endormie tard à cause de toutes nos péripéties. Nous devons quitter l’hôtel à 10 heures alors nous ne traînons pas.

A l’heure pile, nous sommes sur nos vélos, prêts à affronter le trafic de Fukuoka. Nous visitons d’abord le temple Tochoji puis celui de Koshida, le plus important de la ville et point névralgique du très célèbre festival Hakata Gion Yamakasa qui se tient la première quinzaine de juillet à Fukuoka et qui attire chaque année près de deux millions de visiteurs. Des équipes formées par des hommes en tenue traditionnelle font la course en yamakasa, des chars d’une tonne décorés de toutes les couleurs, sur 5 km dans les rues de Fukuoka et plus particulièrement dans les quartiers de Hakata et de Gion.

Un char coloré exposé dans une rue de Fukuoka, décoré avec des figures traditionnelles et des motifs de dragons, représentant le festival Hakata Gion Yamakasa.

Les chars mesurent plus de 10 mètres de hauteur et sont décorés à l’effigie de samouraïs ou de personnages d’anime populaires. Dès le 10 juillet, de nombreux événements se déroulent et permettent d’admirer les chars de course à travers la ville. Le 15 juillet, le festival arrive à son plus grand événement : Oiyama, la fameuse course qui démarre tôt, 4 h 59 du matin. Les équipes les plus rapides terminent en environ trente minutes et sont jugées à la fois sur leur rapidité et leur style: les équipes doivent avoir l’air gracieuses et héroïques tout en portant leur char sur les épaules.

L’apogée du festival approche et il y a donc beaucoup de monde dans le temple Koshida. Ce dernier est bordé par une galerie commerçante, une sorte de marché où nous flânons. Il nous faut nous familiariser avec une nouvelle monnaie mais heureusement il suffit juste de diviser par 10 face au Won coréen. 10 euros font 16 000 Wons et 170 Yens à peu près. Il y a beaucoup plus de cyclistes urbains qu’en Corée et on doit s’habituer aussi à ne plus garer nos montures face aux endroits qu’on veut visiter. Ici, des panneaux préviennent clairement que c’est interdit. Les vélos ne peuvent être stationnés qu’à des endroits très précis. Le Japon n’aime pas le désordre : vous ne verrez pas de trottinette ou de vélo en libre service trainer n’importe où ni de voiture garée dans les rues d’ailleurs. Dans les villes japonaises, les automobiles ne sont autorisées à stationner que dans des parkings payants. Très peu de stationnements sur route existent et quand ils existent ils sont souvent payants. Etre cycliste est parfois un avantage pour le porte-monnaie.

On rejoint ensuite un grand centre commercial où un immense jardin en escalier constitue l’une des façades. Comme cela arrive parfois, l’endroit est plus joli vu de loin, donc sur des photos aériennes. Nous commençons à monter les volées de marche mais on s’arrête au milieu car la vue n’est pas du tout intéressante. Les restaurants sont tous pleins donc nous achetons notre repas à la superette du coin. Les étalages sont bien plus fournis et variés qu’en Corée et nous sommes certains de ne pas manger épicé ici. De plus, alors que les logements et les restaurants sont plus chers qu’en Corée, les supermarchés sont eux étonnamment plus bon marché. On peut manger 2 bons plats traiteur (donc frais) très copieux pour 5€.

Des enfants jouent dans un parc. Un enfant en t-shirt gris et un short joue au baseball, tandis qu'un autre enfant est assis sur une petite marche, portant un chapeau orange. En arrière-plan, on aperçoit des arbres verdoyants et une clôture.

On déjeune dans un parc, en observant la vie qui nous entoure. On remarque tout de suite qu’il y a beaucoup plus d’enfants et que les goûts vestimentaires démontrent un peu plus de variété. On reprend nos vélos pour aller au parc Ohori, le poumon vert de Fukuoka agrémenté d’un joli lac dont le tour fait deux kilomètres. Il y a une immense aire de jeu, c’est donc le moment de Clémence qui ne se fait pas prier pour se mêler aux petits japonais.

Le baseball est le sport roi au Japon et deux petits japonais d’à peine six ans s’entrainent dans un coin. Clémence est fascinée, elle les regarde avec attention et se fait un plaisir de renvoyer la balle quand elle arrive près de nous. En repartant, nous faisons le tour du lac à vélo qui délimite clairement 3 voies : une pour les coureurs, une pour les piétons et une pour les vélos. Mais contrairement au cliché tenance sur les japonais qui respecteraient les règles à l’extrême, ici chacun fait comme il veut et ça nous convient très bien.

Vue d'un pavillon traditionnel sur pilotis au bord d'un lac, avec un ciel bleu parsemé de nuages et des immeubles en arrière-plan.

Après un rapide tour à l’hôtel, nous sortons prendre le goûter dans un café. Il faut cependant nous rendre à l’évidence, le temps des petits plaisirs en Corée est révolu. Au Japon, les logements vont nous coûter beaucoup plus cher et nous allons devoir couper dans le superflu. D’autant plus qu’on se fait un peu arnaquer dans le petit café du coin car on s’en tire pour 15€ pour trois pauvres chocolats chauds et un minuscule cheesecake. Nous ne souhaitions prendre qu’un chocolat chaud pour Clémence mais le barista nous a imposé une boisson par personne, ce que nous ne comprenons pas vraiment. Nous avons un peu l’impression d’avoir jeté l’argent par les fenêtres en ressortant, il va falloir nous habituer au taux de change !

Les supermarchés japonais ont excellente réputation et nous faisons des courses pour manger à petit prix ce soir. Les rayons sont pleins de nourriture bon marché, ce qui compensera le prix des logements. Après un repas autour de la table où il faut s’asseoir en tailleur, Clémence sombre à 20 heures. Nous profitons de la soirée pour prendre un apéro et souffler un peu.

Dimanche 13 Janvier

Les petits-déjeuners dehors sont terminés aussi. Nous mangeons un bon repas à l’appartement et nous profitons du beau temps pour rallier la plage de Momochi qui est surplombée par la tour de Fukuoka, perchée à 234 mètres. Il n’y a que 5 kilomètres et on est dimanche, donc c’est très calme et on apprécie beaucoup la balade. A l’arrivée, un parking pour bicyclette nous attend et nous rejoignons le sable. On constate tout de suite les différences avec les coréens. Les japonais sont bien plus dans l’eau et beaucoup moins couvert, mais toujours beaucoup plus qu’en France.

Vue sur une plage sous un ciel partiellement nuageux, avec des palmiers en premier plan et un bâtiment élevé en arrière-plan, à Fukuoka, Japon.

On installe notre serviette sous une grande ombrelle et on file jouer dans l’eau. Alors qu’on fait trempette, une occidentale arrive avec sa fille qui semble avoir le même âge que Clémence. Nos regards se croisent et on comprend vite que nous venons du même pays. C’est une française d’Annecy. Avec son mari japonais, elle vit ici depuis sept ans. Clémence joue avec la bouée de sa fille pendant que nous en apprenons plus sur ce que cela signifie de vivre ici. Elle réside à Kobe (se dit Kobé), une ville dont elle nous vante longuement les charmes.

Les nuages commencent à arriver alors nous prenons nos précautions et on se quitte en échangeant nos contacts. En haut de l’escalier de la plage se trouve une petite rigole d’eau avec une fontaine, des petits japonais jouent dedans et Clémence se joint à eux. Elle s’amuse à imiter les copains, ils profitent à leur manière. Au bout d’une heure de jeu, l’orage semble au-dessus de nous alors on prend la tangente.

On fait le tour d’un grand centre commercial à proximité où on achète des vêtements plus adaptés à la chaleur tropicale de Kyushu. Clémence est ravie avec un nouveau petit pantalon, elle n’arrête pas d’en parler et elle a hâte de l’enfiler. On s’achète de quoi goûter et il ne pleut finalement pas alors on mange tranquillement dehors avant de retourner vers l’appartement. Sur le chemin, on croise les fameux coureurs avec leurs chars en train de s’entrainer en défilant dans les rues.

Leurs tenues sont marrantes car ils ne sont couverts que sur la partie haute du corps avec un simple tissu blanc passant entre leurs fesses. C’est donc assez comique de voir des hommes dans un tel effort avec cet accoutrement. Il faut dire que l’exercice est usant. Environ trente coureurs à la fois portent le char, tandis que les autres courent devant, à l’arrière ou sur les côtés. Deux hommes montent à bord du char (l’un tourné vers l’avant, l’autre vers l’arrière) et dirigent les coureurs. Ils utilisent des teppou, des bâtons rouges, pour désigner les coureurs qui doivent être remplacés par de nouveaux coureurs. Le poids du char est tel que même les coureurs les plus forts ne tiennent pas plus de trois ou quatre minutes avant d’être remplacés par un autre participant plus reposé.

Des hommes en tenue traditionnelle défilent à Fukuoka, lors d'un festival, tandis qu'un bâtiment en rénovation est visible en arrière-plan.

Sur ces entrefaites, il se met à pleuvoir alors nous filons à notre logement. On s’y pose un bref instant avant de ressortir pour aller au centre commercial Canal CIty, à deux pas de chez nous juste derrière le fleuve. Nous avons lu qu’il y avait des spectacles de jeux d’eau et de lumière et notre déception est un peu grande quand nous découvrons qu’ils ne durent que quatre minutes. Le show est quand même agréable et rigolo mais nous restons un peu sur notre faim. Notre logement dispose d’une cuisine assez bien équipée donc ce soir on cuisine des nouilles sautées aux légumes avec des raviolis vapeur. Encore une fois, on s’en sort pour un prix très correct. On sait au moins que l’alimentation ne nous coûtera pas un bras dans ce pays et c’est rassurant.

Lundi 14 Juillet

C’est notre dernière journée à Fukuoka alors nous comptons bien en profiter. Déjà pour flaner le matin car nous démarrons le tour de Kyushu à vélo demain et ce ne sera pas de tout repos. Mais aussi car Fukuoka a la réputation d’être une ville très agréable à vivre. Elle est d’ailleurs l’une des villes à la mode du Japon et elle gagne des habitants chaque année. C’est la plus grande ville de l’île avec presque deux millions d’habitants.

Nous rejoignons la gare à vélo et notre insouciance coréenne est bien terminée. Ici, il n’est pas question d’attacher son vélo n’importe où. Les panneaux nous indiquent un garage à vélos que nous rejoignons. Comme pour les voitures, nous prenons un ticket et une barrière s’ouvre. Il y a beaucoup de bicyclettes garées, nous faisons de même et nous prenons la direction du train.

Un grand parking à vélos avec de nombreuses bicyclettes alignées, sous un éclairage fluorescent dans un espace urbain.

Autant tout était écrit aussi en caractères latins en Corée, ici ce n’est plus le cas et la gigantesque gare de Fukuoka ressemble vite à un dédale. Pour acheter un ticket de train au Japon, il faut repérer la gare où l’on veut aller sur un plan, noter le montant indiqué pour le tronçon que l’on souhaite faire puis payer celui-ci sur la machine pour que notre billet indique la bonne somme. Les japonais aiment se compliquer la vie, ça ce n’est pas une légende. Une fois les tickets dans la main de Clémence, il faut encore trouver le bon quai parmi la multitude. Ce n’est pas une mince affaire car les panneaux d’affichage indiquent les destinations en japonais mais on s’en sort quand même en demandant à une employée.

Notre train est un train local un peu vieillot mais les vues sur l’extérieur valent le coup. Il pleut quand il s’arrête en gare de Kidonanzoin-Mae et nous descendons avec les autres touristes pour aller visiter le temple Nanzoin qui doit sa renommée à son immense statue de bronze de Buddha allongé, la plus grande du monde. Une fois encore, on se fait avoir avec nos mauvaises habitudes coréennes. Là-bas nous pouvions absolument tout payer partout en carte de crédit. Nous avons retiré de l’argent au distributeur 2 fois seulement et surtout par précaution. C’est une autre affaire au Japon. La dame à l’entrée nous signale qu’ils ne prennent pas la carte. On doit monter à l’étage du hall principal du temple, demander à l’un des moines de payer sur son terminal puis redescendre montrer notre preuve de paiement. Décidement, rien n’est simple.

Le lieu de culte est très joli et les fins rideaux de pluie lui donnent un charme presque mystique et font ressortir le côté luxuriant de la jungle qui l’entoure. A son sommet se trouve donc l’immense Bouddha allongé. La statue est si grande que les pieds de Buddha sont plus hauts que nous. On en profite tant bien que mal car la pluie a redoublé d’intensité. Nous flânons entre les petites volées de marche à admirer les cascades et l’architecture nippone.

En arrivant à la gare pour repartir, on réalise qu’il n’y a pas de machine automatique pour payer son ticket comme à Fukuoka. Le chef de gare nous explique qu’on ne peut pas payer par carte dans cette station. Il nous écrit donc un petit papier que l’on doit donner à la gare de Fukuoka en arrivant pour régler notre dû, ce que l’on fait. Les gares japonaises ont toujours des guichets pour corriger les erreurs de tickets. Mais là encore, le monsieur au guichet nous explique qu’ils ne prennent pas la carte non plus. On ne sait plus comment se débrouiller de cette histoire mais l’employé finit par abandonner et nous laisse sortir sans payer.

Nous ne sommes pas au bout de nos peines car le garage à vélo est gratuit pendant 2 heures puis coûte 100 Yens à la journée passé ce délai, il nous faut donc payer 200 Yens pour nos 2 vélos mais là non plus, pas de carte de crédit. Il nous faut soit des espèces, soit des cartes spécifiques de transport pour pouvoir payer. L’employé n’insiste pas et nous laisse sortir. Il faut vraiment que l’on retire du cash.

Panneau indiquant un parking à vélos à Solaria Terminal, avec les heures d'ouverture et le tarif journalier de 100 yens.

Nous devons prendre le train à une autre gare de la ville pour nous rendre au joli village de Dazaifu et puisque nous passons devant l’appartement, on s’y arrête pour manger les restes de la veille. On ne lambine pas et nous sommes vite ressortis. A cette gare aussi, direction le parking à vélos. Les japonais souhaitent garder l’espace public libre. Cette gare est plus petite et on s’y repère plus vite. Nous sommes vite à Dazaifu et on s’y promène sans réel but, si ce n’est d’apprécier les façades des maisons, visiter son temple, traverser les petits ponts typiques et admirer les jardins joliment entretenus.

Après le goûter, nous rentrons faire un brin de toilette à l’appartement puis nous ressortons manger. Fukuoka est la ville de la streetfood au Japon et les petits étals, appelés ici « Yatai », poussent comme des champignons dès que le soleil commence à décliner. On en trouve dans plusieurs coins de Fukuoka et l’un des principaux se trouve à quelques encablures de notre logement, en bordure du fleuve Mikasa qui traverse la ville. On s’installe sur des tabourets précaires d’une petite échoppe et on commande un bol de ramen et des yakitoris. Clémence se régale mais nous restons sur notre faim. On ne peut pas non plus prendre tout ce qu’on veut car le budget est plus serré pour le Japon.

Ce n’est pas grave parce qu’après avoir profité des berges du fleuve au coucher du soleil, écouté des chanteurs de rue et observé la vie nocturne, nous rentrons coucher Clémence qui s’endort comme une masse. Stéphane va chercher un plat au supermarché au pied de l’immeuble pendant que Cassandre va courir. Les assiettes préparées sont vraiment délicieuses et on va se coucher rassasiés.


Commentaires

Laisser un commentaire