Jeju, suite et fin.

L’hôtel ne sent vraiment pas la première fraicheur mais à ce prix, on ne peut pas trop se plaindre. Quand on ouvre les fenêtres, une odeur de poisson vient nous chatouiller les narines mais nous sommes dans un port de pêche après tout. Après le petit-déjeuner dans la chambre, on ne s’attarde pas à Seongsan. L’endroit est peut-être sympathique quand il fait beau mais la grisaille habille tout le paysage d’un côté sombre et glauque que nous ne sommes pas malheureux de laisser derrière nous.

La pluie menace mais s’en tient à ça. Il doit cependant pleuvoir dans les terres car il nous semble voir les rideaux d’eau au loin vers le mont Halla. Sur la route, on s’arrête à la plage malgré le temps peu propice. Clémence aime jouer dans l’eau, peu importe le climat et ce ne sont pas quelques nuages qui vont nous empêcher de faire des tortues de sable et des circuits pour faire passer l’eau. Stéphane a essuyé plusieurs refus pour les cartons de vélo et c’est finalement quand nous repartons qu’il reçoit une bonne nouvelle.

Femme en tenue de vélo regardant son téléphone sur un chemin en bord de mer, avec des rochers noirs et une eau turquoise en arrière-plan.

L’un des magasins de vélos de la ville de Jeju a plusieurs cartons à disposition ! Cela résout déjà une partie du casse-tête logistique. Nous communiquons en anglais par Instagram, ce qui rend les choses vraiment plus simples. Nous roulons désormais sur une partie plus surf de la côte, on voit beaucoup de planches dans l’eau et les cafés jouent beaucoup de surf rock. C’est le cas aussi du petit restaurant de burgers où l’on s’arrête pour la pause midi. On y mange très bien pour une somme modique.

Les nuages noircissent au fil de la journée et on décide de ne pas jouer avec la chance. On avance jusqu’à un petit kids café au plus grand plaisir de Clémence. Il y a plein de petits jeux rigolos et des livres en anglais. Nous en ouvrons un au hasard pour le lire à Clémence et sur l’une des pages, une surprise nous attend. Cachés dans un passeport du personnage de l’histoire se trouvent des tickets pour le cinéma Utopia d’Avignon. Est-ce un signe du destin ? Le clin d’œil nous fait sourire.

Page de livre interactif montrant des illustrations colorées d'enfants et des objets comme des billets, un passeport et un globe terrestre, accompagnée de textes manuscrits.

On poursuit notre route jusqu’à l’hôtel du soir près de la plage d’Hamdeok. Le lieu est très prisé des étrangers et on découvre où sont la majorité des touristes de l’île. On entend d’un coup beaucoup parler chinois et russe. Après s’être lavé et changé, nous sortons nous balader sur la promenade. Encore une fois, le bord de mer est complètement hostile aux piétons. On a du mal à comprendre comment il peut y avoir autant de place pour les voitures et une minuscule bande pour le flot incessant de gens à pied.

Clémence s’amuse à l’aire de jeux de la plage pendant un long moment avant qu’on aille manger dans une petite chaîne de restaurants de bibimbap.

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Jeudi 10 Juillet

Aujourd’hui marque la fin de notre tour de Jeju car il ne nous reste plus qu’une vingtaine de kilomètres avant de rallier notre point de départ et ainsi terminer la boucle. Il fait encore très mauvais temps alors nous traînons à l’hôtel après le petit-déjeuner. Clémence a même le droit de regarder quelques dessins animés.

Comme souvent sur Jeju, la véloroute n’est pas très agréable. Cassandre nous guide et nous fait souvent sortir du tracé afin d’éviter les gros axes de l’itinéraire officiel. Globalement, nous sommes déçus de l’infrastructure sur l’île, ce n’est pas exactement ce qui est promis sur les sites spécialisés. La dernière partie ne fait donc pas exception du tout et nous ne prenons aucun plaisir à rouler. Le seul moment fun est l’arrêt aire de jeu mais nous sommes bien obligés de la quitter pour entrer dans Jeju City.

Mur peint représentant des pêcheurs sur une porte en métal rouillé, avec le ciel et la mer en arrière-plan.
Fresque murale représentant les haenyeo (plongeuses) de Jeju, une communauté de femmes, parfois octogénaires, qui gagnent leur vie en plongeant dans la mer jusqu’à 10 m, sans masques à oxygène, pour pêcher. Ces femmes pêchent jusqu’à sept heures par jour, 90 jours par an en retenant leur souffle pendant une minute à chaque plongée.

La ville est très dense en circulation automobile, peut-être la pire des villes de Corée car les voitures se garent littéralement n’importe où. Des doubles sens se transforment en voie unique avec des véhicules garés des deux côtés, ce qui rend le croisement impossible. Nous traversons donc des rues où il nous faut attendre que l’un recule et que l’autre manœuvre pour pouvoir passer. C’est complètement absurde et ça ne s’améliore pas en centre-ville où nous arrivons. C’est même pire car il n’y a plus d’espaces pour les piétons. Nous lâchons les vélos et les bagages à l’hôtel pour aller dans la grande rue piétonne de la ville. L’hôtel que nous avons choisi pour notre dernière nuit coréenne est tellement bon marché que nous avons dû communiquer avec un employé via un écran pour nous enregistrer à l’arrivée. Ça nous a laissé la drôle de sensation d’un futur dystopique mais c’est peut-être déjà notre réalité.

Après deux mois en Corée du Sud, on repère tout de suite les étrangers. Dans le petit établissement où nous nous arrêtons pour manger, nous sommes entourés de chinois et ceux à notre droite sont un peu malpolis avec la serveuse, ce qu’on ne voyait jamais jusque là. Ce quartier situé à deux kilomètres de l’aéroport est plein de boutiques détaxées. Beaucoup de touristes chinois s’y promènent jusque tard dans la soirée pour y faire du shopping, notamment refaire leur plein de skincare (produits de beauté et de soin) coréenne.

Nous en profitons pour entrer dans un magasin de souvenirs. Clémence en ressort avec un nouveau chapeau (nous avons perdu sa casquette), un pyjama, un stylo et une brosse à dents. Le tout en orange, la couleur des mandarines emblématiques de l’île.

Vue d'une rue moderne et peu fréquentée à Jeju, avec des bâtiments commerciaux et des espaces verts, sous un ciel partiellement nuageux.

Clémence et Cassandre vont ensuite à une aire de jeux pendant que Stéphane va au magasin de vélos. Sur place, il rencontre l’employé avec qui il communiquait hier. Ouf, il a bien des cartons, ils sont bien à la bonne taille. Il accepte qu’on vienne le lendemain matin à l’ouverture pour démonter nos vélos sur place et cerise sur le gâteau, le patron propose de nous emmener lui-même à l’aéroport dans son grand pick-up pour 30 000 Wons (un peu moins de 20€). Stéphane accepte bien volontiers car cela retire le stress de devoir commander un taxi et de ne pas être sûr que tout rentre dedans.

Pour fêter ça, on emmène Clémence à un nouveau kids café dans le secteur. On y croise toujours le même genre de public, des femmes seules avec un seul enfant en bas âge. Nous commençons à être habitués, ces lieux sont toujours bien organisés et on peut y passer deux heures sans voir passer le temps, ce que l’on fait. En sortant, on se rend chez Daiso, un genre de Gifi amélioré, pour acheter du scotch et du papier bulle en prévision de l’emballage des vélos.

Un espace de jeu intérieur pour enfants avec des jouets colorés, deux enfants jouant dans une voiture, et une adulte assise sur le sol.

On finit la soirée assez tôt par un repas frugal dans la supérette au pied de l’hôtel très bon marché où nous logeons. On doit se reposer car la journée de demain risque d’être intense.

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Vendredi 11 Juillet

Le réveil n’a pas besoin de sonner ce matin, nous sommes réveillés par le bruit alentours. Nous prenons tout doucement le petit-déjeuner dans la chambre et on se met en route pour arriver à 10 heures au magasin de vélo Halla Cycle. Le patron est déjà sur place avec son pick-up. On ne s’attendait pas à une mauvaise surprise mais cela nous rassure quand même. Il a déjà préparé les cartons et il aide Stéphane à démonter les pédales, le guidon et la roue avant pour faire tenir le vélo dans la boîte.

Cassandre va boire un chocolat chaud avec Clémence et elle est surprise de découvrir que tout est fini même pas une heure après. On réfléchit encore à l’agencement de ce qu’on met ou pas dans les cartons puis on les ferme. Il n’est que 11 heures, notre vol est à 14h50 mais Choi est prêt à nous emmener alors nous montons en voiture.

Intérieur d'un magasin de vélos avec des vélos pliants exposés sur des étagères en bois. Le sol en bois est encombré d'outils et de pièces de vélo.

Dix petites minutes après, nous sommes déjà à l’aéroport. On embarque nos bagages sur des chariots et on avance vers les comptoirs de Korean Air. Finalement, nous ne sommes pas mécontents d’arriver longtemps en avance car l’enregistrement des bagages prend du temps. Notre plus gros vélo est lourd et son carton pèse 31 kilos alors que nous n’avons droit qu’à 23.

Avec l’aide d’un employé, on réouvre le carton qui avait été solidement fermé au scotch, on retire les sacs de vêtements sales qu’on avait mis dedans et on le repèse : 24 kilos. Ouf, le monsieur nous dit que ça passe. La remorque-poussette part aussi en soute avec les deux cartons et il ne nous reste plus qu’à tuer le temps. On cherche des couches pour Clémence, elle est propre en journée depuis quelques jours mais il nous en faut quand même pour la nuit. L’aéroport de Jeju est étonnamment grand et bondé mais c’est logique finalement. La ligne Jeju-Séoul est la plus fréquentée du monde avec 13 millions de passagers par an.

Nous passons la sécurité sans encombre et nous mangeons dans un restaurant quelconque du terminal mais à un prix bien modeste pour un aéroport. Notre vol est à l’heure, nous embarquons les premiers car nous avons un jeune enfant et après quarante minutes de vol chrono, nous voilà à Busan. Ce trajet nous aurait probablement pris un jour et demi en combinant le ferry et le bus. Nous n’avons que deux heures de correspondance à Busan mais l’aéroport est si bien fait que nous sommes déjà à attendre au bout de trente minutes.

Un pick-up stationné devant un magasin de vélos avec des cartons de vélos attachés à l'arrière, accompagnés de quelques sacs de transport.

Nous recevons des notifications qui nous informent de l’avancée de nos bagages, ce qui est très rassurant. Ils sont bien chargés dans le nouvel avion où l’on monte aussi en tout premier, privilège d’avoir un enfant en bas âge. De la même manière, le vol ne dure que quarante minutes et nous voilà donc au Japon ! Nous sommes à peine arrivés au carrousel des bagages que nos cartons et la poussette nous attendent déjà. Cette efficacité est salutaire car il nous faut encore remonter les vélos pour rejoindre l’hôtel.

On embarque le tout sur des chariots, on se met dans un coin tranquille à l’extérieur et on remonte les vélos aussi rapidement que l’on peut. Bon, les pédales du Kona sont inversées et le disque de la roue avant frotte mais ça fera l’affaire pour les deux kilomètres jusqu’à l’hôtel. On a mis en tout à peine quarante minutes mais il faut qu’on parte vite. En effet, la nuit est tombée et nos lumières ne sont pas chargées. Cette grossière erreur nous pousse à rouler sur le trottoir et à prendre mille précautions.

Un homme debout à un comptoir d'enregistrement d'aéroport, posant avec deux grands cartons de vélo prêts à être enregistrés.

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises car il n’y a pas de réception à l’hôtel. Nous appelons un numéro où un homme à l’anglais précaire peine à trouver notre réservation et à nous donner le mot de passe pour entrer. Une fois cela fait, il faut encore s’enregistrer sur une tablette en donnant beaucoup d’informations. C »était plus simple en Corée du Sud et il y a d’ailleurs des coréens juste derrière nous qui ne comprennent pas plus le système. Quoi qu’il en soit, nous sommes enfin au Japon et la deuxième partie du voyage peut commencer !


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