Clémence se réveille étonnement facilement ce matin. Il n’est pourtant que 7 heures et ça fait longtemps que nous n’avons pas eu à la réveiller. Mais elle est tout de suite excitée par la perspective de voir l’immense ferry par la fenêtre. Nous logeons à moins de cent mètres du port et l’immense bateau est impossible à rater tellement il est grand. Nous nous rendons aujourd’hui sur l’ile volcanique de Jeju, la plus grande île de Corée et la plus prisée des Coréens. Elle est parfois considérée comme le « Hawaï » de la Corée du Sud. Au cœur de l’île de Jeju se trouve la plus haute montagne du pays, le volcan Hallasan.
A 7h30, nous enfourchons nos vélos pour traverser la route. Heureusement, un employé nous a expliqué la procédure la veille. Nous faisons la queue à un premier guichet mais quand vient notre tour, on nous apprend que c’est le guichet d’à côté. Bon, on refait la queue, on échange notre réservation électronique pour de vrais billets papiers et Stéphane emmène les vélos vers la soute des véhicules. Rien n’est balisé, il suit les voitures à l’instinct et finit par tomber sur un travailleur qui lui dit qu’il est au mauvais endroit et qu’il doit retourner au terminal.

Comme la barrière de la langue est trop forte, l’homme renonce et indique à Stéphane de monter dans la soute et de caler les vélos contre un des murs. C’est un peu précaire mais au moins, ils sont bien à bord. Après une demi-heure d’attente, on embarque enfin tous les trois. Nous sommes complètement déçus par l’aménagement intérieur car il n’y a presque pas d’endroits sympathiques où s’installer. Il y a un petit bar, un grand canapé d’angle, quelques tables et c’est tout. Le reste se trouve le long d’un couloir et n’est composé que de grandes pièces où l’on s’assoit à même le sol.
On fait le tour du bateau, on se promène sur le pont et on occupe le temps comme on peut. La traversée pour Jeju prend quasiment 4 heures et cela semble long. On joue à des jeux de société, on occupe nos esprits. Clémence gère encore très bien et elle ne rend pas ce voyage plus difficile. A l’arrivée au port de destination se pose encore la question de comment faire pour récupérer les vélos. On demande à l’homme qui se tient au guichet des informations. Heureusement, car la procédure n’est pas si claire. Stéphane descend par l’ascenseur mais il se retrouve à un étage entouré de camions et de voitures dans une chaleur suffocante.





Il faut attendre que les grandes rampes se baissent, que la lumière jaillisse enfin pour qu’il y voit plus clair. De l’autre côté, Clémence et Cassandre sont là. Cela revenait visiblement au même de descendre avec les passagers. Nous rattachons la remorque, montons sur nos vélos et nous attendons notre tour entre deux camions. Une fois sortis du port, on va vite manger car nous sommes affamés. Et heureusement que nous reprenons des forces car la route qu’il nous reste à faire n’est pas de tout repos.
La piste cyclable qui fait le tour de Jeju s’appelle le « Jeju Fantasy Trail ». Un nom qui sonne bien, qui envoie du rêve mais la réalité est toute autre. On ne peut pas dire que nous ne sommes pas habitués. Tous les endroits aiment se donner une étiquette de paradis du vélo à grands coups de marketing. Jeju n’échappe pas à la règle car la sortie de Jeju City est vraiment affreuse. La véloroute se trouve le long d’une nationale à trois voies et sur le trottoir, en prime. Elle finit par bifurquer sur des petites routes mais l’affluence de touristes sur l’île crée logiquement un trafic constant.
https://strava-embeds.com/embed.jsNous ne sommes pas mécontents de terminer la micro-étape de 22 kilomètres à 15 heures. Pour l’anniversaire de Stéphane, Cassandre a réservé un hôtel d’un bien meilleur standing que ce dont on a l’habitude en Corée. L’immeuble est magnifique et il a en plus une piscine sur le toit. Il ne nous faut pas beaucoup de temps pour être en maillot de bain et pour sauter dans l’eau. Clémence est ravie, au comble de la joie et nous avons du mal à la faire sortir plus de deux heures après.

Cassandre profite de la côte et elle va courir pendant que Clémence et Stéphane prennent un bain dans la gigantesque baignoire. Ils sortent ensuite manger un morceau à la superette puis ils se promènent sur la jetée pour admirer le coucher de soleil. Il n’est pas terrible car le ciel est plein de nuages mais nous avons une compensation de taille. Dans la petite baie à l’eau calme, des poissons-chats sautent hors de l’eau et cela nous amuse beaucoup.
Après un réveil très matinal et pas de sieste, Clémence s’endort vers 20 heures pour le plus grand plaisir de ses parents. Après une bière à la terrasse de la chambre, nous allons manger au restaurant qui est au bout de notre étage. Le repas est très bon et la soirée formidable. Une bonne manière de fêter l’entrée dans une nouvelle année !

Vendredi 4 Juillet
Comme tous les bons hôtels un peu huppés, celui-ci propose un petit-déjeuner buffet. Clémence se réveille étrangement tôt alors nous sommes déjà attablés à 8h30 avec l’objectif avoué de manger assez pour n’avoir pas faim avant le soir. L’objectif est presque atteint car nous sommes repus quand nous remontons pour aller profiter encore de la piscine. Clémence est heureuse de pouvoir aller barboter dans l’eau à nouveau. Elle en a d’ailleurs de moins en moins peur et elle met même la tête sous l’eau !
Malheureusement, nous devons quitter les lieux à 11 heures pour reprendre la route. Aujourd’hui, ce sont 42 kilomètres qui nous attendent et on sait dès les premiers kilomètres qu’ils ne vont pas être amusants. Le trafic est dense en raison de la beauté de la côte qui attire de nombreux touristes, la route n’est pas agréable et nous avons en plus un violent vent de face. Les cyclotouristes ont quelques ennemis, notamment les voitures, le vent et les mauvais aménagements. Et quand ils sont réunis, c’est vraiment le pire scénario.

Nous roulons à un pénible 15 km/h en appuyant avec ardeur sur nos pédales, bien loin de notre rythme de croisière habituel. Nous sommes déjà épuisés en arrivant à notre premier arrêt du jour, la plage de Geumneung. Notre fatigue est vite oubliée car elle est splendide. On dirait un lagon grec, la baie est remplie de petites piscines d’eau turquoise idéales pour les enfants et l’eau avoisine les 30 degrés. Nous avons encore pied à plus de cent mètres du rivage et c’est un régal de s’y amuser avec Clémence.




Nous constatons qu’il y a plus d’étrangers ici car les corps sont un petit plus dévêtus qu’ailleurs. Les coréens sont néanmoins toujours couverts des pieds à la tête. La journée est magnifique, le soleil éclatant. Nous faisons un pique-nique sur le sable avec quelques produits de la supérette du coin avant de reprendre la route. A peine quelques kilomètres plus loin, Clémence dort déjà dans la remorque. Il faut dire que jouer dans l’eau fatigue les tout petits. Elle ne se réveille même pas quand on doit changer le pneu de sa remorque. Nous avions laissé un des pneus abimés en attendant qu’il lâche et c’est chose faite. Heureusement, nous avons tous les outils nécessaires et nous repartons peu de temps après. C’est tout de même notre cinquième crevaison.
Nous réveillons Clémence pour qu’elle admire avec nous un sentier piéton qui a été aménagé sur l’eau et qui relie plusieurs éoliennes. Depuis que nous roulons sur Jeju, on constate qu’il y a beaucoup de parcs éoliens offshore (= en mer) à quelques encablures de la côte. On voyait très peu d’éoliennes en Corée jusqu’ici, il faut croire qu’elles sont toutes implantées ici. En même temps, avec un vent puissant et constant comme ici, ce serait dommage de s’en priver. Quoiqu’il en soit, c’est très impressionnant de voir ces monstres d’acier de si près, on passe vraiment au pied de celles-ci. On se promène tranquillement quand on aperçoit un drone qui nous filme, qui se rapproche et qui manque de frapper Stéphane à la tête. Il a juste le temps de se baisser pour l’éviter. On a beau chercher autour de nous, on ne voit pas le pilote. Il vient à nous quelques minutes plus tard. C’est un jeune coréen avec un ami, ils s’excusent platement et ils expliquent avoir perdu le contrôle à cause du vent. En contrepartie, il propose de nous prendre en photo avec son appareil de professionnel et nous acceptons bien volontiers.





La dernière partie du trajet est moins dense et plus agréable en terme d’aménagement car elle longe la côte presque tout le long. Par contre, le vent ne se lasse jamais de nous souffler dans les visages et nous n’en pouvons plus en arrivant à l’hôtel du jour. Pour 25€, nous avons une chambre très spacieuse avec une immense baie vitrée et une terrasse en bord de mer. La côte ouest de Jeju est très sauvage et très peu peuplée. Il y a juste quelques hôtels, fermes et habitations qui s’égrènent le long de la route. Le paysage change aussi. Alors que jusqu’ici le littoral était principalement constitué de roches volcaniques noires et ponctué de plages de sable fin, on serpente désormais à travers de grande collines herbeuses balayées par le vent qui font plus penser à l’Ecosse qu’à une ile tropicale.




Cette partie de l’île abrite une grande population de dauphins et il est apparemment très facile d’en apercevoir depuis le rivage à n’importe quelle heure de la journée donc on tente d’aller en observer au coucher du soleil à un point de vue qui se situe à quelques minutes à pied de notre logement. Nous n’en verrons malheureusement pas mais le coucher de soleil valait quand même le détour. Peut-être aurons-nous plus de chance demain?
https://strava-embeds.com/embed.jsSamedi 5 Juillet
Le réveil est doux ce matin. La vue depuis le balcon est imprenable sur la mer, le soleil est déjà haut dans le ciel. On prend notre temps et le petit-déjeuner dans la chambre à un rythme très tranquille. On s’active autour de 10 heures, les sacoches sont prêtes en un rien de temps et les pneus regonflés à bloc. La véloroute passe juste devant la pension et nous sommes soulagés de constater que le vent est moins intense qu’hier. Peut-être est-ce lié au fait que nous contournons déjà la face ouest de l’île ? Il fait déjà très chaud, on sait d’avance qu’on va cuire aujourd’hui car une étape de près de 50 km nous attend.

Comme nous sommes partis tard, on enquille 14 kilomètres d’un coup pour arriver au Songaksan Trail. C’est une promenade côtière qui fait le tour du volcan éteint éponyme en offrant des vues à couper le souffle sur la mer et les falaises environnantes. Nous n’en faisons qu’une partie car la chaleur est encore suffocante malgré la brise (qui souffle peu aujourd’hui) et ce n’est pas très prudent avec Clémence. La côte est incroyablement belle notamment grâce au sommet montagneux nommé Sanbangsan qui se dresse droit devant nous de l’autre côté de la baie. Haut de 400 mètres, il semble être posé sur la plaine. Les paysages rappellent la Nouvelle-Zélande ou l’Ecosse, il est difficile de croire qu’on est en Corée du Sud.
Nous en prenons déjà plein les yeux mais des dauphins viennent s’ajouter à la carte postale ! Une petite bande d’une dizaine de dauphins nage paisiblement sous nos yeux. Difficile de dire qui est le plus content de nous trois mais Clémence ne boude pas son plaisir. C’est évidemment la première fois qu’elle en voit. Des étoiles plein les yeux, nous redescendons au village pour manger un morceau dans un restaurant. Au moment de payer l’addition, on apprend qu’on bénéficie de 10% de réduction car nous sommes à vélo.





Cela nous met du baume au cœur pour attaquer la difficulté de la journée, une montée de 8 kilomètres. Malheureusement, la piste cyclable est lamentable et la chaleur affreuse. Les deux combinés rendent la progression très difficile et nous sommes obligés de faire une pause à l’ombre quand nous sommes enfin arrivés en haut, pour nous essuyer les yeux plein de sueur et s’abriter un peu du soleil. Nos réserves d’eau sont presque vides alors Stéphane va demander de les remplir dans un restaurant.
On se maudit d’avoir prévu une étape si longue mais on ne pouvait pas savoir qu’il ferait si chaud. Pour couper l’effort, on s’arrête pour voir la falaise de Jusangjeollidae connue pour ses formations rocheuses noires assez étonnantes qui forment un escalier polygonal composé de plusieurs piliers créés par la condensation subite de la lave en fusion s’écoulant dans la mer. Mais c’est là aussi en plein soleil alors on choisit la fuite en avant. On tente de faire une pause à l’abri d’un parc arboré mais rien n’y fait, il fait trop lourd et on transpire sans bouger. On part pour avaler les 15 derniers kilomètres d’un coup mais en passant sur un pont, on entend des bruits d’enfants qui jouent dans l’eau.


C’est une première depuis notre arrivée au pays du matin calme : les coréens se baignent dans une rivière ! L’eau arrive à peine aux genoux mais les enfants ont tous des gilets de sauvetage. Des panneaux alertent à l’entrée « Attention eau profonde, danger ! », ce qui nous fait bien rire. On se cale à l’ombre du pont et on profite de l’eau froide pour barboter et se rafraichir. Cela nous fait un bien immense et on reste assis là jusqu’à ce qu’on aperçoive une grosse masse de nuages qui arrivent. C’est le moment parfait pour redécoller avant qu’il ne refasse trop chaud et après une dizaine de kilomètres sur une route très passante et sans intérêt, nous arrivons enfin à l’hôtel dans la ville de Seogwipo. Rarement une journée de cyclotourisme ne nous aura épuisé autant.
https://strava-embeds.com/embed.jsOn finit la soirée par un restaurant de barbecue. Les coréens en raffolent et nous n’en avions encore pas testé. Le concept est particulier, la serveuse reste à nos côtés pratiquement tout le repas pour faire cuire la viande elle-même. Il faut signaler que la qualité de la viande est particulièrement excellente en Corée du Sud et on se surprend souvent à la trouver largement meilleure qu’en France. Demain nous restons dans le coin car la ville de Seogwipo, bien que quelconque en elle-même, abrite des paysages remarquablement beau que nous avons prévu de prendre le temps d’explorer tranquillement après cette journée épuisante.


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