A l’Ouest, que du nouveau.

L’aventure, c’est le stress et l’inconfort camouflés dans la tranquillité des souvenirs. Après des années de voyage, on a bien compris que les événements qui marquent le plus longtemps sont rarement de tout repos. Et on sait d’avance que cette journée sera tout sauf confortable.

Puisque nous sommes sur la pointe nord-est du pays, nous n’avons pas mille solutions pour rejoindre le sud-ouest où se poursuit le périple. Il nous faut prendre le bus. On hésite grandement entre le bus direct qui met 6h30 avec les pauses ou faire une correspondance à Séoul pour ne faire « que » 5 heures de bus avec une pause au milieu. On opte pour la deuxième option. Elle nous permet de passer toute la matinée à l’aire de jeux près de l’hôtel afin que Clémence puisse se dépenser avant cette journée de transit. Après avoir bien joué et profité de ce « temps mort » pour laver et graisser nos transmissions, on se met en direction du terminal de bus de Sokcho, à 3 kilomètres de là. On traverse la ville, qui s’avère fort agréable à vélo, et on arrive dans la petite gare routière.

Une jeune fille assise dans un bus, portant un bonnet sur la tête, avec un air joyeux et étonné, dans un environnement de sièges rouges et rideaux.

Clémence a gardé comme repère les rideaux des bus. Si les bus n’en ont pas, c’est de la courte distance. S’ils en sont équipés, on part pour un long moment. Dans le terminal des bus à rideaux, on découvre que les bus pour Séoul sont globalement bien pleins. Il y en a un toutes les 30 minutes, on visait celui de 13h mais il ne reste que 2 places, on ne peut donc pas prendre celui-là. On doit donc soit prendre celui qui part à 12h30, dans 15 minutes, soit attendre près d’une heure et demie. Ni une ni deux, on achète nos tickets pour le bus qui part le premier et dans lequel il reste quatre places sans savoir si nos vélos, nos sacoches et la remorque vont entrer dans la soute. Ça passe de justesse, on est obligés d’empiler la poussette sur l’une des bicyclettes. Ce n’est pas génial pour la mécanique des vélos mais nous n’avons pas trop le choix.

Le bus est effectivement très confortable, comme à chaque fois. Clémence est contente et sage et elle écoute Stéphane lui lire le Petit Prince qu’il a téléchargé sur sa tablette pour lui faire découvrir. Le héros est tellement représenté partout en Corée que cela a suscité sa curiosité. La distance passe rapidement, sauf à l’entrée d’une Séoul bouchée peu importe l’heure de la journée. Le trajet devait durer 2h10, il aura duré 2h40 et on se retrouve avec une correspondance raccourcie d’une heure à 25 minutes. On sait donc que ce sera speed étant donné qu’il faut qu’on arrive à se repérer dans le terminal pour aller acheter les tickets, se rendre au bon quai, et tout ça avec 2 vélos chargés, une cariole et une enfant de 3 ans. Arrivés à la gare routière de Séoul Est, on est un peu perdus par la signalétique. Dans ce cas de figure, on vous conseille de faire comme nous : l’un des deux reste avec les bagages et l’enfant pendant que l’autre part en éclaireur. Cela évite d’ajouter du stress à une situation qui fait déjà monter la tension et évite de se trimballer tout le paquetage inutilement.

Intérieur d'un bus confortable avec des sièges en cuir marron, panneaux de séparation et rideaux, montrant l'espace et la configuration des places assises.

Cassandre part en courant à l’aveugle acheter les tickets et revient 5 minutes après avec le sésame et le numéro de la plate-forme. Rebelote, on remet tout dans la soute. Cette fois le bus est beaucoup moins plein, on se réinstalle à l’arrière et c’est reparti pour 2h30. Clémence ne s’ennuie pas, elle commente tout ce qu’elle voit, on discute de ce qu’on observe, on joue avec sa peluche. Les voyages sont formateurs pour les petits enfants car ils découvrent l’autonomie et ils voient leurs parents parfois en difficulté. Dans ces moments-là, Clémence devient très obéissante, elle cherche à aider comme elle peut et ne se met pas à courir partout, ce qui est appréciable. On profite de la pause de quinze minutes à mi-chemin pour nous dégourdir les jambes dans la station-service. Elles ne sont pas vraiment différentes de chez nous puisqu’elles servent le même objectif. Nous sommes dépaysés quand même car tout est écrit différemment. Au fur et à mesure de notre avancée depuis Sokcho, la météo a bien changé. Nous étions partis sous un ciel bleu laiteux et à la sortie du bus sur l’aire d’autoroute, on se prend des seaux d’eau sur la tête alors que nous sommes en short et t-shirt. Peu avant 19h et après 3h de trajet, nous arrivons au terminal des bus à rideaux de Jeonju. L’hôtel se trouve à deux pas, on se lave et se change et on sort manger.

Dans un restaurant où l’on entre par la cuisine, l’ambiance semble conviviale. Les têtes se lèvent à notre arrivée, la surprise se lit dans les yeux. Jeonju est une ville touristique mais seulement autour du village hanok traditionnel (le plus grand de Corée), pas dans les autres quartiers. On s’installe dans notre coin en savourant notre repas quand un homme s’approche de nous avec un sac. Il nous présente des jeux traditionnels coréens pour enfants mais on ne sait pas trop s’il cherche à nous les vendre. Notre naturel de français méfiants revient au galop. On croit comprendre qu’il demande à Clémence d’en choisir un mais non, il lui donne le sac de jouets entier ! On ne sait même plus comment exprimer notre gratitude et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Dans les 5 minutes qui suivent, le cuisinier/patron du restaurant nous apporte un plat supplémentaire gratuit pour nous remercier d’être venu visiter son restaurant. Il est très content de recevoir des touristes étrangers à sa table. Après d’interminables remerciements, nous reprenons le chemin de l’hôtel.

Peu avant notre arrivée, on repère une carte bancaire par terre. On la ramasse sans trop savoir quoi en faire. Juste en face se trouve une petite échoppe dont on a du mal à définir si c’est une épicerie, un restaurant ou un atelier de couture. On toque et on montre la carte. Une petite dame très âgée la prend en nous remerciant, on croit comprendre que c’est la sienne. Quoiqu’il en soit, elle nous parle pendant 2 minutes et on ne comprend rien. Peut-être qu’elle pense qu’on lui en fait cadeau? En tout cas, elle est très contente. Elle nous demande de patienter et elle revient avec un kilo de raisin et deux bières. Ce peuple est vraiment hors du commun.

Mercredi 25 Juin

Le mauvais temps est de retour. On avait réussi à lui faire faux bond à l’est mais nous nous sommes jetés dans la gueule du loup climatique. Il semble qu’il ait beaucoup plu dans cette partie du pays quand on profitait du soleil à Sokcho. Plusieurs icônes annonçant des inondations s’affichent sur la carte de Google Maps aux endroits concernés. Après un bon petit déjeuner et quelques jeux à l’hôtel, on sort affronter la pluie fine. Elle ne dure pas bien longtemps et nous arrivons dans le centre historique de Jeonju après 10 petites minutes de vélo. Jeonju est une ville historique de résistants à l’envahisseur japonais et la ville du fameux bibimbap. C’est LA destination gastronomique de Corée du Sud.

Comme toutes les villes chargées d’histoire, elle possède son palais royal qui se visite paisiblement. Les petits bâtiments sont entourés de verdure et il y règne un calme à peine dérangé par les touristes en hanbok. On flâne dans les allées puis on descend dans les entraves du musée des portraits royaux. Les coréens sont très douées pour intéresser les enfants, toute une pièce leur est dédiée. Sur des tablettes, ils peuvent colorier des personnages historiques. Une fois validés, ils s’affichent ensuite sur une fresque animée géante en face de nous. C’est très ludique et Clémence a du mal à s’arrêter.

Une personne assise à un bureau dans un musée interactif, utilisant un écran tactile, tandis qu'un enfant se tient debout à un autre bureau, regardant des animations projetées sur les murs.

On lui promet de revenir plus tard et on file manger dans l’un des plus vieux restaurants de la ville. Il profite de sa situation pour être trop cher en étant quelconque. Clémence nous réclame depuis un moment de se déguiser comme tous les touristes et nous ne pouvons plus résister. On s’arrête chez un loueur et pour une somme modique, elle ressort dans un superbe habit traditionnel, un hanbok, dont elle est très fière. Elle nous épate même car vêtue ainsi, elle calme son hyperactivité légendaire pour prendre bien soin du vêtement. Pendant 1h30, elle ne court pas et marche sagement. Fait rarissime quand on sait que cet enfant ne se déplace quasiment qu’en courant. On se promène dans les rues où elle déclenche des sourires et une salve de « ippeoyo », littéralement « trop belle ».

Est-ce qu’on est tombé dans le piège du parfait touriste ? Probablement. Mais est-ce qu’on aurait regretté de ne pas avoir tenté l’expérience ? Sûrement aussi. Alors que notre hôtel de la veille coûtait à peine 25€ pour deux lits et une immense chambre, nous avons réservé une nuit dans un hanok car, quitte à être à Jeonju, autant vivre l’expérience jusqu’au bout. Les hanoks sont des petites maisons traditionnelles coréennes et on y dort à même le sol sur des matelas très fins. Un occidental appellerait ça tout bonnement une couette, on dormirait sur un matelas de yoga ce serait pareil (on est loin du futon japonais). En arrivant sur les lieux autour de 16 heures, on réalise que la chambre est minuscule et que les matelas n’ont pas l’air très confortables. Alors que toutes les chambres d’hôtel débordent de confort et de petits à-côté gratuits (lotions pour le visage, crèmes, gels douche, shampoings, chaussons, café, eau minérale…), celle-ci est tout simplement composée de matelas, d’une télé et d’un frigo (vide). L’incongruité de la situation nous fait rire. Qui paie plus cher pour moins de confort à part des touristes ?

Vue d'une maison traditionnelle coréenne avec jardin, où sont stationnés deux vélos avec des sacs de voyage.

On s’en contentera quand même très bien car la maison est néanmoins très jolie et le prix reste raisonnable (35€). Clémence souhaitait à tout prix retourner au musée jouer à colorier les bonhommes animés sur la fresque donc après avoir fait un petit tour dans le village hanok et au village adjacent de Jaman qui est tout plein de jolies fresques murales colorées, on retourne au musée. Malheureusement, l’expérience sera de courte durée car l’animation ferme à 17h30. Clémence est un peu déçue mais elle a au moins eu le temps d’en profiter à nouveau.

Après la douche, nous sortons manger dans un restaurant de recettes hawaïennes. Etonnant non ? On apprécie parfois de manger autre chose que de la nourriture coréenne, il faut l’avouer. En sortant, on se promène dans les rues nocturnes. Comme prévu, les touristes ne sont plus là car Jeonju est une destination de voyages à la journée depuis Séoul ou Busan. Tout est calme et la lumière orangée des réverbères ajoutent à l’atmosphère paisible. Sur un pont, dans une sorte de petit temple sans mur et tout en longueur, une bibliothèque en libre service a été aménagée. On peut s’y installer pour lire, discuter ou tout simplement ne rien faire et regarder la rivière s’écouler en dessous. On se dit que si l’on proposait le même genre d’infrastructure dans une grande ville française, elle ne ferait sûrement pas long feu. Clémence choisit des livres et Stéphane arrive à lui en raconter l’histoire en s’aidant des images car bien évidemment ceux-ci sont en coréen. Après quelques histoires, il est temps de rejoindre notre petite chambrette. La ville s’endort et nous la rejoignons.

Jeudi 26 Juin

On s’échappe de Jeonju en roulant cinq kilomètres en ville. Sur le chemin, on croise deux magasins de vélos mais y gonfler nos roues est toujours difficile. Bizarrement, on a développé un théorème qui se vérifie à chaque fois : tous les gens désagréables de Corée bossent dans les magasins de vélo. A chaque fois qu’on s’y arrête, la personne est soit frontalement désagréable soit ennuyée par notre présence. Dans le premier magasin où l’on s’arrête, le monsieur a bien du mal à se lever de son fauteuil devant la télé pour venir nous donner un coup de main avec le compresseur. Dans le deuxième, on demande une simple pompe mais comme à chaque fois, l’employé veut le faire lui-même. Il tâte nos roues, ne les gonfle pas et lève son pouce pour nous dire que c’est bon.

Leurs pompes n’ont jamais de jauge pour vérifier la pression exacte, ce qui n’est pas pratique du tout quand on roule très chargés. On ne veut pas insister alors on repart déçus. Pour rejoindre la plus belle véloroute de Corée depuis Jeonju, il faut rouler une trentaine de kilomètres sur des routes de campagne. En traversant cet arrière-pays, on ne peut que constater qu’ici comme chez nous l’exode rural n’est pas qu’une expression mais bien une réalité. On ne croise pas grand monde, très peu de voitures et l’avancée est fort agréable. On serpente autour de l’immense lac artificiel d’Okjeongho et les vues sont somptueuses. Après une trentaine de kilomètres, on rejoint l’entrée de la véloroute Seomjingang qui suit la rivière Seomjin (d’où le nom) à travers la très bucolique région du centre sud coréen. On s’arrête dans une petite supérette pour acheter de quoi manger ce soir et demain matin car il n’y a rien autour de la guesthouse où nous allons dormir ce soir. A peine entrés dans le magasin, le caissier nous offre gentiment 3 glaces.

Il est déjà 14h quand on décide de faire la pause repas à l’abri d’un square. Un chauffeur routier qui passe par là s’arrête à notre hauteur, descend de son camion et nous tend des boissons. Il est très impressionné de nous voir voyager à vélo avec Clémence. On ne sait vraiment plus comment exprimer notre gratitude envers ces gens, tous plus adorables les uns que les autres (sauf les réparateurs de vélo, évidemment). Nous sommes à l’entrée de la véloroute et on se laisse glisser le long du fleuve. Son niveau est dangereusement haut car les vannes du barrage en amont ont été ouvertes pour écouler l’eau des pluies abondantes qui ont eu lieu dans la région ces derniers jours. La piste cyclable rase parfois le lit du fleuve à dix centimètres et les passages à gué sont tous inondés. Heureusement, les itinéraires de détours ne rallongent pas la route et nous arrivons à la pension pour le goûter.

Le propriétaire nous y attend, il nous laisse le choix entre deux petites maisons. Ici aussi, nous allons dormir sur des matelas fins à même le sol dans le plus pur style coréen. Nous sommes aussi heureux car nous allons pouvoir cuisiner pour la première fois depuis des lustres. Notre repas n’a rien d’excitant, des nouilles et des saucisses, mais c’est un plaisir quand même. La maison a une petite terrasse qui donne sur la rivière en contrebas qui coule à flot et les montagnes environnantes. On n’entend que le bruit de l’eau et des criquets. La nuit sera certainement très bonne.

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