Un été à Sokcho

Nous avons oublié de célébrer deux événements en arrivant à Sokcho. Tout d’abord, nous avons terminé notre deuxième véloroute officielle de Corée du Sud ! Ce n’est pas un mince exploit avec un enfant de trois ans et on a du mal à réaliser ce qu’on a déjà accompli ! Nous avons traversé le pays en diagonale du nord au sud, puis nous avons remonté toute sa côte Est. Et secondement : l’été démarre officiellement aujourd’hui ! On s’octroie donc deux jours de repos à Sokcho, une ville balnéaire encastrée entre la mer du Japon et les montagnes du Seoraksan, l’un des plus beaux parcs nationaux du pays. Pour la petite anecdote, Sokcho faisait partie de la Corée du Nord de 1945 jusqu’à la fin de la guerre en 1953, date à laquelle la frontière fut officiellement déplacée. En conséquence, de nombreux habitants ont de la famille dans le Nord, familles qui a l’époque ont été brutalement séparées.

On profite de la première journée pour s’occuper de nos vêtements. Cela fait presque six jours que nous n’avons pas fait une machine et le besoin commence à se faire cruellement ressentir. Heureusement, on trouve une laverie juste à côté de la plage de Sokcho, où nous avons prévu de passer toute la journée. Les coréens se découvrent peu à la plage, il n’est pas rare de voir des gens se baigner tout habillés. Parfois, ils sont couverts jusqu’au visage, avec uniquement les yeux qui dépassent, de quoi donner des sueurs froides à la droite française. Ici ça ne dérange personne et on se sent un peu mal à l’aise en maillot de bain même si nous ne sommes quand même pas les seuls.

Sokcho a le charme des villes balnéaires. C’est un privilège immense que d’avoir un lieu défini où tout le monde vient dans l’unique optique de se détendre. C’est ce qui rend les fronts de mer souvent si agréables. On ajoute ici des installations propres et bien pensées, une promenade en caillebotis, une grande roue appelée l’œil de Sokcho et une eau superbe. Les heures défilent lentement, elles nous laissent le temps d’observer les interactions entre les gens d’ici.

Comme partout où nous sommes passés, l’ambiance est détendue. On ne sent jamais la moindre once de début de conflit. Ils n’en ont qu’après le soleil dont on apprend aussi à se méfier. Pour laisser la peau de Clémence respirer, on s’infiltre dans un restaurant à l’aspect simple mais dont les employés sont adorables. On se nourrit de galette de pommes de terre et de raviolis royaux (appelés ici « mandu ») pour un prix plus qu’abordable dans un environnement vraiment bienveillant envers les enfants. Les plats et les couverts sont adaptés, le personnel aux petits soins avec tous les petits qui ont tous droit à une petite brique de jus de pommes. On finit la journée à la plage puis on change d’hôtel pour un endroit adjacent mais bien moins cher. Le budget est serré alors toutes les économies sont les bienvenues.

Le lendemain, on se lève un peu plus tôt pour aller randonner dans le Seoraksan National Park, la plus haute chaine montagneuse de l’est du pays. L’un de ses monts culmine à 1700 mètres d’altitude, ce qui en fait la 3e plus haute montagne de Corée. Le pays est en plein dans la K-Fashion, le terme employé ici pour définir l’attrait mondial soudain pour tout ce qui touche aux produits culturels coréens. La planète entière s’est emballée pour les BTS, Squid Games ou encore le film de Bong Joon-ho, Parasite. Mais la petite péninsule est aussi en train de devenir un paradis du randonneur. En effet, de plus en plus de touristes viennent affronter les 80% de montagnes dont le pays est couvert.

Après 30 minutes de bus, on est déjà en train de marcher. Comme toujours, les installations sont parfaites, les plans très clairs et cela nous permet de visualiser l’endroit qu’on vise. Notre circuit ne fait que 7.5 kilomètres aller-retour mais avec 350 mètres de dénivelé sur les 600 derniers mètres. Autant dire à pic. À flanc de falaise. Clémence a bien marché sur une bonne partie mais elle doit s’avouer vaincue, elle grimpe dans le sac à dos que porte Stéphane et ils affrontent ensemble la dernière volée de marches.

Heureusement, la récompense est spectaculaire. Dans une petite grotte, un lieu de prière a été installé et la vue est absolument époustouflante. Clémence s’amuse à répéter le mot parce que Stéphane l’a dit au moins dix fois. On mange nos frugaux casse-croutes composés de pain de mie et de Vache qui rit (oui ça s’exporte partout ce truc) assis dans ce lieu hors du temps, l’air de passagers clandestins de la montagne. La descente n’en finit pas. Clémence insiste pour descendre en marchant donc on avance en redoublant de vigilance pour qu’elle ne tombe pas. Nous avions repéré un chouette endroit pour faire trempette à l’aller donc on s’y arrête une fois en bas.

L’eau y est splendide, les immenses rochers créent des piscines partout. Et encore une fois, pas un chat dans l’eau ni même au bord. On se demande toujours pourquoi les coréens n’en profitent pas plus, des lieux pareils seraient bondés de baigneurs en France. Il y a quand même deux mamies qui s’installent pas loin de nous en faisant coucou mais qui trempent juste timidement les pieds en prenant garde de bien rester à l’ombre. Cela nous donne la confirmation que ce n’est pas interdit car on en vient à se demander si la baignade est autorisée. Une chèvre sauvage fait son apparition pour venir boire dans le lit de la rivière, à 30 mètres de nous. Elle a l’air d’avoir l’habitude et n’est pas effrayée. Elle ne fait même pas du tout attention aux humains autour d’elle. Il fait chaud mais la majestueuse forêt procure assez d’ombre pour que ce soit tout à fait supportable.

Dans le bus du retour, on décide de retourner à l’hôtel déposer les affaires, sauter sur les vélos et aller profiter de la plage une dernière fois. On avait envisagé de rester un jour de plus à Sokcho mais le temps annoncé est mauvais alors à quoi bon ? En arrivant à Sokcho Beach, Clémence nous demande si on peut monter dans la grande roue. Elle avait refusé la veille alors on accepte volontiers. Malheureusement, la dame au guichet refuse de lui accorder la gratuité des enfants de quatre ans et moins sans voir son passeport. On essaie de négocier, c’est évident qu’elle n’a pas cinq ans mais elle est intransigeante. Refroidis à l’idée de dépenser 25€ à 3 pour la grande roue de Sokcho, Clémence ne montera finalement qu’avec Stéphane pour faire son tour de cadran. La vue d’en haut est impressionnante, on voit clairement la proximité de ces immenses montagnes qui tomberaient presque dans la mer. D’ailleurs, le soleil passe déjà presque derrière les sommets et on retourne manger au restaurant de la veille. L’accueil y est encore génial et la nourriture délicieuse. Si on vivait ici, cet endroit aurait tout de la cantine parfaite.


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