Les jambes commencent à être lourdes. On ne tient pas les comptes mais on a probablement déjà passé les 1000 kilomètres de vélos depuis notre arrivée en Corée du Sud. Nous sommes devenus plus mesurés avec l’âge et la présence d’un enfant est de toute façon un ralentisseur. C’est pourquoi on ne pédale pas ce matin. La plage jouxtant la pension est trop belle pour ne pas en profiter une matinée de plus. On mange un petit-déjeuner rapide dans la chambre et on saute directement dans l’eau.




La côte Est coréenne est véritablement sublime. On atterrit parfois sur des plages de toute beauté avec des eaux turquoises. Elles sont néanmoins désertes car les coréens ont peur de l’eau et ils s’exposent très peu au soleil. Quand ils le font, ils sont couverts pratiquement des pieds à la tête. Après le barbotage, nous repassons à la pension pour dire au revoir à Song, notre hôte très sympathique du jour. On ne peut pas l’empêcher d’offrir encore à manger à Clémence, ce qu’elle accepte bien volontiers.

Elle dévore un énorme cookie au chocolat maison pendant que nous roulons. Le temps est ensoleillé, le ciel est d’un bleu immaculé et le vent est chaud. Peut-être même trop chaud car la moindre montée nous fait transpirer des litres. Heureusement, l’étape du jour est plutôt « facile » malgré quelques côtes et nous avons déjà presque terminé à 15 heures. C’est l’occasion de profiter à nouveau d’une plage. Nous avons tellement subi de mauvais temps que nous étirons le temps sur le sable brûlant.
On entre dans Donghae en début de soirée et c’est un choc de retrouver les hauts immeubles et la circulation dense automobile. On est même bloqués dans des bouchons avant d’arriver. Notre hôtel est en haut d’une ultime côte qui nous casse les jambes. Nous profitons d’être en ville pour faire des emplettes dans un très grand hypermarché pour le petit-déjeuner et le déjeuner du lendemain car on aime bien profiter du beau temps pour pique-niquer le midi.
Donghae (동해시), située sur la côte est de la province du Gangwon, est une ville portuaire d’environ 90 000 habitants. Elle regroupe deux ports majeurs, Donghae Harbor et Mukho Harbor, essentiels pour le commerce de charbon, ciment et produits de la mer, et accueille également des navires de croisière. Entourée de montagnes et de plages comme Mangsang, c’est un mélange dynamique d’activité portuaire, tourisme naturel et culture maritime.
On achète également de nouvelles claquettes pour Clémence car, en voyage on perd forcément des choses, et nous avons oublié les crocs de Clémence sur une plage il y a 2 jours ! Pas pratique les arrêts plage quand il faut remettre des chaussettes et des baskets à une enfant de 3 ans qui ne tient pas en place. Dans le rayon des sandales pour enfants, Clémence flashe sur des claquettes jaunes Pikachu, un poil trop grandes mais c’est peine perdue, elle n’en démord pas, ce sera Pikachu point barre. Au moins, on sait d’avance comment sera chaussée madame pour les jours qui viennent…
https://strava-embeds.com/embed.jsJeudi 19 Juin
L’été approche à grand pas mais il est déjà bien là dans le nord-est de la Corée. Il fait déjà une chaleur désertique à 9h du matin quand nous déjeunons dans notre chambre. Nous ne sommes plus qu’à deux jours de vélo de Sokcho, notre destination et la fin de la véloroute de l’Est. Au nord de cette ville de 80 000 habitants ne se trouve plus qu’un village avant la frontière avec l’ennemi de Corée du Nord. On vous mentirait si on disait qu’on sent la tension dans le pays. La menace est sûrement toujours sous-jacente pour les habitants mais elle n’est pas du tout palpable.
On laisse Donghae derrière nous sans regret mais la ville s’étire en longueur et on met un certain temps à quitter l’urbanisation et à retrouver la côte sauvage qu’on apprécie tant. La véloroute longe la côte pendant un moment, on pourrait s’arrêter à chaque virage pour prendre une photo tellement c’est beau. Après le passage d’un énième col (pentu mais court) qui nous donne une bonne suée, on redescend sur le petit village de Jeongdongjin qui abrite un musée sur le thème du temps et un gigantesque sablier. La gare de Jeongdongjin est aussi connue pour sa mention dans le Guinness des records comme étant la gare la plus proche de la mer : 50 mètres ! Clémence est plus passionnée par la construction de murailles et de collines dans le sable que par la culture, alors on s’installe au bord du tout petit fleuve qui se jette dans la mer. Là encore, la plage est très belle avec un sable fin et des eaux cristallines. L’eau est chaude et on ne voit pas le temps passer.



Après 2h de farniente, il est temps de se remettre en selle car on a encore une vingtaine de bornes à parcourir. Cette section est moins roulante que la précédente, on enchaine les montées et les descentes et on a du mal à trouver un rythme. Une bonne moitié de la section nous fait passer à travers champs et rizières, paysages que l’on avait l’habitude de traverser entre Séoul et Busan mais qui se font rares sur la côte. Après 20 bornes, on arrive enfin sur les quartiers sud de Gangneung, deuxième plus grande ville de la côte qui a accueilli une partie des JO d’hiver de 2018 et station balnéaire très appréciée des coréens. Ce coin de la côte est plus prisé, les routes sont plus denses et les voitures plus luxueuses. Finis les villages de pêcheurs et les gens à l’allure simple. On retrouve aussi une conduite plus agressive, comme si le niveau de vie impactait parfois le respect aux autres usagers.
Gangneung (강릉시), sur la côte est de la Corée du Sud, compte environ 212 000 habitants. Réputée pour ses plages (Gyeongpo, Anmok), ses cafés en bord de mer et son festival traditionnel Danoje inscrit à l’UNESCO, elle mêle nature, culture et héritage olympique.
A 3 kilomètres de l’arrivée à l’hôtel, un vilain bruit de sifflement s’échappe du vélo conduit par Cassandre. La roue arrière est crevée. Pourtant, elle est équipée d’un pneu Marathon de chez Schwalbe et ils sont réputés increvables. La preuve en est : il n’avait jamais crevé une seule fois en 3 ans. En démontant la chambre à air, on découvre un bout de verre savamment planté dans le pneu. C’est notre troisième crevaison en trois semaines, une pour chaque élément de notre attelage. En effet, la roue avant du gravel a lâché 2 jours après notre départ de Séoul, l’une des roues de la remorque avant l’arrivée sur Busan et maintenant celle-ci ! Nous n’avions jusqu’ici crevé qu’une seule fois en cyclotourisme. La chance n’est visiblement pas avec nous mais heureusement, nous avons tout le matériel pour réparer et nous sommes repartis dix minutes après.
Cela ne perturbe même pas notre plan initial d’aller à la plage avant de s’enregistrer à l’hôtel. On profite au maximum du soleil car on ne sait pas de quoi sera fait le ciel de demain.
https://strava-embeds.com/embed.jsVendredi 20 Juin
Le cyclotourisme est fait d’imprévu. C’est par essence une pratique où il faut apprendre à lâcher prise. Nous n’avons pas d’abri et nous n’avançons qu’à la force de nos jambes. Alors quand la météo annonce un jour de pluie, il vaut mieux capituler et apprendre à rester immobile. En Corée du Sud, on reçoit fréquemment des alertes qui recouvrent tout l’écran de notre téléphone pour nous signaler un individu dangereux, une disparation ou des phénomènes climatiques violents. Aujourd’hui, c’est de la pluie qu’on nous prévient.




On décide d’opter pour la sagesse, on réserve un hôtel beaucoup moins cher que le précédent à quelques rues et on part à la visite de la ville de Gangneug. On s’arrête d’abord visiter un temple historique puis on s’engage dans le cœur de ville où nous avons repéré l’endroit parfait pour Clémence : un kid’s café. Bébé a bien grandi et on ne peut plus rien lui cacher, elle est à l’affût de la moindre de nos conversations. Elle sait donc qu’on y va mais quelle déception quand on arrive et qu’on trouve porte close. C’est pourtant censé être ouvert, elle retient ses larmes parce qu’elle voit qu’on est aussi surpris qu’elle. Heureusement, il y a une aire de jeux juste en face et elle commence à y jouer mollement quand une voiture se gare. Une dame en sort et vient ouvrir le café ! Ouf, on fonce et on entre dans le paradis des enfants.

C’est un endroit de taille raisonnable mais bien agencé, avec plusieurs ambiances. Clémence s’amuse pendant presque deux heures et il faut presque l’arracher pour aller manger. Après le repas, Cassandre l’emmène au musée des Jeux Olympiques pendant que Stéphane cherche des produits pour nettoyer les vélos. Mais contrairement à la France, il n’y a pas de magasins de sport en Corée et les magasins de vélo n’ont quasiment jamais de produits à vendre, hormis des vélos complets. C’est très frustrant car on ne sait jamais où chercher ce dont on a besoin. On finit dans une sorte de Gifi pour trouver de quoi laver nos chaînes.



Le temps est maussade, les nuages sont bas et d’un gris qui vire au noir mais le ciel ne nous gratifie que d’un vulgaire crachin passager. Nous aurions finalement pu rouler mais nous avons appris à ne jamais regretter une décision prise sous l’égide de la prudence. Nous rejoignons le nouvel hôtel et surprise le sous-sol est aménagé en salle de jeux ! Il y a des tables de ping-pong et plein de jeux de société. Nous découvrons à Clémence un intérêt pour les jeux de table, elle veut tout essayer et comprend très vite les règles. Elle joue avec maman pendant que Papa va courir autour du lac puis inversement, ce qui fait oublier le temps qui passe.
Il fait déjà nuit quand nous sortons de l’hôtel mais heureusement, une petite supérette en libre service où on se sert et où on paye à une machine est à disposition. Nous la faisons manger rapidement avant d’aller la coucher. Elle ne demande pas son reste et s’endort rapidement.
Samedi 21 Juin
Erreur de débutants. Hier, nous avions repéré des hôtels vraiment pas chers à Sokcho pour les quelques nuits où nous voulons y rester. Mais comme les voyageurs romantiques que nous sommes, adeptes de la dernière minute, nous avons décidé d’attendre le jour même pour réserver, histoire de voir si on arriverait bien à notre destination le soir.
Grossière erreur ! Sokcho est une destination très prisée des Séoulites et comme nous arrivons un samedi, les chambres disponibles hier ne le sont plus aujourd’hui. Bien que Sokcho se trouve littéralement de l’autre côté de la Corée par rapport à Séoul, le pays est finalement assez petit donc le trajet en voiture se fait vite : moins de 2h. On roule à vive allure sur la première partie du trajet et à 11 heures, on a déjà avalé 25 kilomètres sur les 60 du jour. Juste avant notre premier arrêt café, on rattrape deux cyclotouristes au look européen. On a juste le temps de se dire bonjour, le monsieur est français, avant de s’arrêter. Comme d’habitude, le café est immense avec de hauts plafonds et de grandes baies vitrées disposant de somptueuses vues mer.

On les rattrape finalement juste avant la pause midi le long de la plage de Hajodae, une des nombreuses plages dédiées au surf le long de cette partie de la côte est. C’est là qu’on se rend compte que malgré notre équipement assez lourd, nous roulons quand même bien. Cette fois-ci, nous avons le temps de discuter un peu. Le monsieur vient du Limousin, sa compagne est néerlandaise et il fait le même constat que nous : la Corée est un super pays pour le voyage à vélo. Il a pourtant bourlingué dans des pays propices à la bicyclette mais il nous avoue avoir rarement vu des conducteurs aussi respectueux et des aménagements aussi bien faits. C’est notre ressenti aussi et on réalise même maintenant que les automobilistes français sont des terroristes sur la route. En pédalant en France, on a intériorisé le fait d’être mis en danger constamment. Ici, personne ne nous frôle jamais et ils patientent toujours s’ils ne peuvent pas doubler. Comme si la vie humaine avait ici une valeur différente de chez nous.





Cette partie de la côte est une grosse zone de surf, on y vient de très loin et c’est donc logique que les plages dégagent une ambiance plus détendue. On s’arrête manger dans un surf bar où tout coûte trois fois le prix habituel mais nous n’avons pas d’autres options. Cela nous permet de faire un petit arrêt plage où nous pouvons enfouir nos pieds sous le sable. Heureusement qu’on se restaure car la dernière partie du trajet n’est pas drôle avec ses pentes à 15%, ses zig-zags sur des trottoirs pour éviter la route et la pluie fine qui nous accompagne. De plus, la voie verte n’a plus rien de scénique. Nous sommes constamment encastrés entre la route des voitures et une forêt de pins toute en longueur qui nous sépare des plages et de la mer. Aucun horizon, aucun point de vue. On avance tête dans le guidon (c’est le cas de le dire).

On fait un arrêt dans un énième temple mais le cœur n’y est pas, nous avons juste envie d’arriver enfin à Sokcho. C’est chose faite à 17 heures où nous posons les bagages à l’hôtel que nous avons finalement trouvé (beaucoup trop cher). On saute dans la douche, dans des habits propres et on renfourche les vélos pour aller dans un nouveau kid’s café. Clémence est aux anges mais elle l’a bien mérité. On sort de là pour aller prendre un rapide repas avant de rentrer la coucher. Ce fut une longue journée pour tous les trois.
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